Assemblées de la BAD : trois chefs d’État réclament plus de financements verts et énergétiques

À Brazzaville, lors du Dialogue présidentiel des Assemblées annuelles 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), les chefs d'État du Gabon, du Congo et de Centrafrique ont plaidé pour un financement massif des infrastructures, de l'énergie et de la biodiversité. Sidi Ould Tah a mis en avant quatre mille milliards de dollars de capitaux africains inexploités.

6 min de lecture
Le président congolais Denis Sassou N'Guesso (à gauche) et le Dr Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement, lors du Dialogue présidentiel qui a ouvert les Assemblées annuelles 2026 au Centre international de conférences de Kintélé, à Brazzaville, le 27 mai 2026. © AfDB

C’est une scène presque rituelle, mais le contexte, lui, a changé. Mardi matin au Centre international de conférences de Kintélé, à Brazzaville, trois chefs d’État africains ont pris place devant un parterre de gouverneurs, de banquiers et de responsables gouvernementaux pour exposer leurs projets et formuler, chacun à leur manière, la même requête fondamentale : davantage de capitaux, et vite.

La 61ᵉ session du Conseil des gouverneurs du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), qui réunit jusqu’au 29 mai la République du Congo en pays hôte, s’est ouverte sous un thème qui tient autant du programme que de l’aveu : “Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté”. Un monde où, comme le rappelait la Banque dans son propre dossier de presse, le déficit annuel de financement de la transformation structurelle du continent frôle les 402 milliards de dollars.

«Développer nos forêts tout en préservant la nature»

Le Gabonais Brice Oligui Nguema a ouvert le dialogue en plaçant d’emblée son pays sous le signe d’une économie verte au sens littéral du terme. Le Gabon, a-t-il rappelé, dispose d’un patrimoine forestier et de biodiversité qu’il entend désormais monétiser, via un cadre national de crédits carbone et une agence spécialisée chargée de commercialiser ces crédits à l’international. “Nous souhaitons développer nos forêts tout en préservant la nature”, a-t-il résumé, appelant à une compensation internationale plus substantielle pour les pays du bassin du Congo qui assurent, de facto, une fonction de régulation climatique mondiale.

Le financement vert en Afrique reste, sur ce point, très inégalement réparti. La plus grande richesse du continent, a insisté le président gabonais devant une salle attentive, “ce ne sont pas ses ressources minières, mais sa jeunesse, son capital humain. Nous devons investir sur cette jeunesse, par le biais de l’éducation, de l’ingénierie et de la formation technique.”

L’engrais comme alternative au pétrole

Denis Sassou N’Guesso, qui recevait ses pairs dans la capitale congolaise, a choisi un registre plus industriel. Tout en reconnaissant que le pétrole et le gaz continuent de représenter la colonne vertébrale des recettes nationales, il a présenté une stratégie de diversification appuyée sur les importantes réserves de potasse, de phosphate et de gaz naturel du Congo, avec l’ambition d’en faire un fournisseur d’engrais pour les marchés agricoles africains et mondiaux. “Il est impossible de parvenir au développement sans énergie”, a-t-il posé comme axiome, avant de citer le potentiel hydroélectrique du bassin du fleuve Congo, dont la coopération avec la BAD sur des projets régionaux d’électricité est “en cours”.

La question de l’accès à l’électricité sur le continent reste en effet vertigineuse. Quelque 600 millions d’Africains en sont encore privés selon les derniers chiffres disponibles, soit près de la moitié de la population du continent.

La Centrafrique mise sur la paix comme argument d’investissement

Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine, a parlé depuis une position différente. Pays enclavé, longtemps marqué par l’instabilité, la Centrafrique plaide pour un soutien accru de la Banque sur les routes, l’électricité et la connectivité régionale. “Nous avons un potentiel énorme”, a-t-il affirmé. “Aujourd’hui, la paix règne, et plusieurs secteurs sont susceptibles d’attirer les investisseurs”. Son gouvernement soutient par ailleurs la Mission 300, l’initiative conjointe de la BAD et du Groupe de la Banque mondiale qui vise à connecter 300 millions d’Africains au réseau électrique d’ici 2030.

Quatre mille milliards de dollars qui dorment

Face à ces demandes convergentes, le Dr Sidi Ould Tah, à la tête de la BAD depuis septembre 2025, a répondu non pas avec des promesses de guichet supplémentaire, mais avec un argument de fond. L’Afrique, a-t-il soutenu, dispose d’environ quatre mille milliards de dollars de ressources financières détenues par des Africains, un capital domestique largement inexploité qui pourrait, s’il était correctement orienté, financer une part significative des besoins du continent. “Le rôle du Groupe de la Banque est de collaborer avec les États et les institutions financières pour concevoir des projets bancables et mobiliser les financements nécessaires”, a-t-il détaillé, ajoutant que la Banque s’attacherait à améliorer les conditions d’investissement et à protéger les investisseurs pour attirer davantage de capitaux privés étrangers. “Nous devons créer les conditions permettant à nos partenaires de réaliser également des profits.”

Le Mauritanien, élu en mai 2025 avec 76,18 % des voix lors de sa première Assemblée à Abidjan, préside à Brazzaville sa première session en tant que chef de l’institution. Son agenda conjugue la réduction d’un déficit de financement béant et la nécessité de compenser le recul de plusieurs bailleurs occidentaux, dont les États-Unis ont amputé de 555 millions de dollars leur contribution au Fonds africain de développement (FAD). Les sessions de gouverneurs se poursuivent jusqu’au 29 mai.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article