Audiovisuel durant le Ramadan : « hausse de l’audience, recul de la qualité » — analyse d’Ikoufan Chafik

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Chaque mois de Ramadan, les écrans algériens deviennent le centre de la vie familiale. Séries, émissions, divertissements : l’offre explose. Mais en parallèle, les critiques se multiplient. Cette année encore, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) est montée au créneau. Elle a pointé plusieurs dépassements, notamment dans les contenus et les spots publicitaires.

Derrière cette agitation médiatique, une question revient : le paysage audiovisuel algérien est-il réellement encadré ? Et surtout, répond-il aux attentes du public ? Pour y voir plus clair, nous avons interrogé Ikoufan Chafik, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Mouloud Mammeri. Son analyse est directe, sans détour.

Avec l’ouverture du paysage audiovisuel au pluralisme, pourquoi la qualité des programmes peine-t-elle à s’améliorer, notamment durant le mois de Ramadan ?

Depuis l’ouverture au pluralisme audiovisuel en Algérie, beaucoup espéraient une amélioration du contenu. Mais, dans les faits, cette concurrence n’a pas produit les résultats attendus. Le constat est encore plus visible durant le mois de Ramadan. La majorité des chaînes montre ses limites.

On observe une absence de vision stratégique. Il n’y a pas d’études d’audience solides, ni de véritables équipes capables de comprendre les attentes du public. À cela s’ajoute un manque de régulation efficace. Résultat : certains contenus diffusés sont en décalage avec les valeurs de la société et les attentes des téléspectateurs.

Le recours excessif aux influenceurs illustre bien ce problème. Ils sont utilisés pour attirer l’audience, mais souvent sans contenu structuré derrière : pas de ligne éditoriale claire, pas de véritable idée.

Oui, la loi est claire. Le cadre juridique existe et il est précis. La loi organique n° 23-14 encadre strictement les contenus médiatiques. Elle interdit tout ce qui porte atteinte aux bonnes mœurs et sanctionne les contenus qui incitent à la violence, au racisme ou à la haine. Elle protège également la religion, l’identité nationale et l’unité du pays.

Malgré cela, les dépassements persistent. Les interventions de l’autorité de régulation restent limitées face à l’ampleur des dérives observées chaque année.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du paysage médiatique en Algérie ?

Aujourd’hui, il n’existe pas de véritable modèle à suivre. Le paysage audiovisuel souffre d’un manque de référence claire.

On assiste à une tendance inquiétante : la banalisation de la médiocrité. Le contenu perd en qualité, les standards baissent, au détriment des valeurs de l’information et de la création.

Un constat sévère, mais lucide, qui relance une question de fond : celle de la qualité des contenus proposés aux Algériens, notamment durant une période aussi sensible et suivie que le mois de Ramadan.

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