Le dernier rapport du Centro Memorial de las Víctimas del Terrorismo, consacré au bilan du terrorisme en Espagne en 2025, confirme la persistance d’une activité importante des services de sécurité espagnols contre le terrorisme djihadiste. Publié en juillet 2026, le document recense 100 personnes arrêtées au cours de l’année, contre 81 en 2024.
Les nationalités marocaine et espagnole arrivent nettement en tête. Selon le rapport, 36 des personnes interpellées en 2025 étaient de nationalité espagnole et 30 de nationalité marocaine. À eux deux, ces groupes représentent 66 des 100 arrestations, soit exactement les deux tiers du total. Le Pakistan arrive en troisième position avec 12 interpellations, devant l’Algérie avec cinq. Quatre ressortissants de chacun des pays suivants ont également été arrêtés : Tadjikistan, Syrie et Liban. La Belgique, l’Ukraine, le Brésil, la Jordanie et la Bosnie comptent chacun un interpellé.
Une tendance qui se confirme sur onze ans
Sur l’ensemble de la période 2015-2025 étudiée par la Fondation, le Maroc reste le premier pays d’origine des personnes arrêtées pour des activités djihadistes, avec près de 40 % du total. L’Espagne arrive en deuxième position avec 34,5 %, devant le Pakistan avec 7 % et l’Algérie avec 6 %. Les autres nationalités, ainsi que les cas pour lesquels la nationalité n’est pas connue, représentent 12,7 %.
La série statistique montre ainsi une présence durable des ressortissants marocains et espagnols parmi les personnes interpellées. Le rapport ne présente toutefois pas la nationalité comme une explication de la radicalisation, mais comme un élément descriptif des profils recensés dans les opérations antiterroristes.
La Catalogne reste le principal foyer d’arrestations
La répartition géographique confirme, elle aussi, une tendance ancienne. La Catalogne est, pour la sixième année consécutive, la communauté autonome comptant le plus grand nombre d’arrestations liées au terrorisme djihadiste. Sur la période 2015-2025, elle totalise 204 interpellations, soit 29,65 % du total. En 2025 seulement, 35 personnes y ont été arrêtées.
Madrid arrive en deuxième position sur la période avec 100 arrestations, soit 14,53 %. La Communauté valencienne représente 9,44 % du total, devant l’Andalousie avec 9,15 % et Melilla avec 8,86 %. Le rapport souligne que les volumes d’arrestations peuvent être révélateurs de foyers de radicalisation plus importants, même s’ils dépendent également de l’activité et des opérations des forces de sécurité.
La Catalogne occupe également une place particulière dans les opérations menées en 2025. Le rapport relève notamment la présence dans la région de personnes liées au Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), ainsi que plusieurs opérations visant des individus soupçonnés d’activités liées à Daech.
Des profils de plus en plus jeunes
L’un des éléments les plus préoccupants du rapport concerne la jeunesse des personnes interpellées. Quatorze mineurs ont été arrêtés en Espagne en 2025, contre quinze en 2024. Parmi eux figuraient six Espagnols, quatre Marocains et un Syrien, tandis que la nationalité de trois autres n’a pas été précisée. Treize étaient des garçons contre une seule fille.
Le rapport relève notamment plusieurs cas de jeunes de 15 à 17 ans impliqués dans la diffusion de propagande de Daech ou dans des processus de radicalisation en ligne. Dans l’un des cas les plus préoccupants, un jeune Espagnol de 17 ans avait été arrêté pour des préparatifs présumés d’attentat avant d’être interpellé une seconde fois après que les enquêteurs eurent constaté qu’il poursuivait ses projets.
Plus largement, le Centro Memorial souligne le rôle croissant de l’environnement numérique dans les processus de radicalisation, notamment auprès des nouvelles générations. Le rapport relève également qu’en 2025, 41 % des personnes arrêtées avaient été impliquées, selon les informations publiques disponibles, dans des activités considérées comme préparatoires à la réalisation d’attentats. Un tiers étaient impliquées dans la diffusion de propagande ou dans des activités d’apologie du djihadisme.
Le retour des combattants de Syrie reste une priorité
Le rapport accorde également une attention particulière aux personnes revenues de zones de conflit. En 2025, trois personnes de retour de Syrie ont été arrêtées en Espagne. Parmi elles figure Loubna Mohamed Miludi, originaire de Ceuta, qui s’était rendue en Syrie en 2014 pour épouser un djihadiste, mort par la suite. Elle et son fils ont passé neuf ans dans des camps de détention contrôlés par les forces kurdes avant de revenir en Espagne. À son retour, elle a été placée en liberté provisoire par le juge.
Deux autres personnes arrêtées en 2025 avaient combattu en Syrie dans les rangs de l’État islamique. Il s’agissait d’un ressortissant marocain interpellé à Guadalajara, qui faisait également l’objet de recherches par les autorités marocaines, et d’un ressortissant belge arrêté à Pals, en Catalogne, recherché par la justice russe.
Ces profils constituent, selon le rapport, une priorité pour les services de sécurité européens en raison de l’expérience acquise dans les zones de conflit et de la formation éventuelle au maniement des armes et aux techniques de combat.
Six femmes arrêtées en 2025
La présence des femmes demeure minoritaire mais persistante. Six femmes ont été arrêtées en Espagne pour des activités liées au djihadisme en 2025, contre huit en 2024. Depuis 2015, le Centro Memorial recense 58 femmes arrêtées pour ce type d’activités.
Le rapport décrit ainsi une menace dont les profils se diversifient : aux côtés des réseaux et des individus déjà radicalisés apparaissent des jeunes et des mineurs fortement exposés à la propagande en ligne, tandis que les services de sécurité restent attentifs au retour d’anciens combattants des zones de conflit.
Le bilan du Centro Memorial confirme ainsi une double réalité : l’Espagne maintient une activité antiterroriste soutenue, avec 100 interpellations en 2025, mais la menace évolue vers des formes plus décentralisées et davantage ancrées dans les processus de radicalisation individuels, notamment sur internet. Le rapport souligne d’ailleurs que le terrorisme djihadiste demeure la principale menace terroriste pour l’Espagne et son environnement.

