Dès les premières heures de ce samedi, plusieurs groupes, principalement composés de migrants subsahariens, ont été repérés dans les zones montagneuses aux abords de Fnideq, à proximité de Ceuta. Les forces marocaines les ont dispersés et interceptés avant qu’ils ne puissent atteindre la frontière. Selon des sources de sécurité marocaines citées par EFE, 148 personnes ont été interceptées, dont 128 ressortissants de pays d’Afrique subsaharienne et 20 Marocains. Par ailleurs, 61 personnes ont été arrêtées pour incitation à l’immigration irrégulière, notamment dans le contexte des appels diffusés sur les réseaux sociaux.
Opération « Cage » et verrouillage de Fnideq.
L’opération mise en place par les autorités marocaines a considérablement renforcé le contrôle des accès à Fnideq et à la frontière de Ceuta. La presse espagnole l’a baptisée « Operación Jaula », ou « opération Cage ». Les forces marocaines ont multiplié les contrôles routiers, les patrouilles et la surveillance des zones montagneuses, avec notamment des drones, des véhicules des forces antiémeutes et des moyens destinés à empêcher les groupes de se rapprocher du poste-frontière d’El Tarajal.
Le dispositif a été suffisamment important pour que des journalistes de l’agence EFE et de la télévision publique espagnole TVE, présents à Fnideq pour couvrir les événements, soient sommés par les autorités marocaines de quitter la zone.
Côté espagnol, Ceuta est restée sous un dispositif exceptionnel. Le nombre de policiers nationaux et de gardes civils a été porté à environ 1 600, contre quelque 1 100 auparavant, tandis qu’environ 2 000 militaires ont été déployés dans l’enclave. Des renforts ont également été maintenus à Melilla, considérée elle aussi comme vulnérable à une nouvelle tentative de franchissement.
Un 15 août qui n’a pas reproduit le 30 juillet
La différence avec la crise de la fin juillet est nette. Selon les dernières estimations communiquées par le gouvernement espagnol, environ 80 000 personnes sont entrées à Ceuta les 30 et 31 juillet. Environ 90 % d’entre elles ont depuis quitté l’enclave ou ont été renvoyées au Maroc, mais 7 000 à 9 000 personnes seraient encore présentes à Ceuta.
Le 15 août, les appels lancés sur les réseaux sociaux ont donc bien produit une mobilisation sur le terrain, mais pas la nouvelle vague massive annoncée. Le dispositif marocain a empêché les groupes de parvenir en nombre à la frontière et a ainsi contenu la situation en amont.
Cette séquence montre surtout que l’existence d’une mobilisation virtuelle ne suffit pas, à elle seule, à provoquer un franchissement massif. La capacité à transformer ces appels en mouvement vers Ceuta dépend aussi très directement du contrôle exercé sur les routes et les zones d’accès à la frontière.
Le changement de posture de Rabat apparaît ici comme l’élément déterminant. Alors que les forces marocaines avaient été largement absentes des points critiques lors de l’épisode de juillet, elles ont cette fois installé un dispositif de verrouillage très important autour de Fnideq.
Une crise qui reste ouverte
Ce résultat ne signifie cependant pas que la crise de Ceuta est résolue. L’enjeu s’est simplement déplacé de la frontière vers la gestion des personnes déjà présentes dans l’enclave. Le gouvernement espagnol estime désormais qu’environ 8 000 personnes restent à Ceuta après les arrivées de fin juillet. Parmi elles, environ 2 500 sont des mineurs et 2 500 autres pourraient relever d’une procédure d’asile ou d’accueil, ce qui limite fortement les possibilités de retour immédiat. Le ministère espagnol de l’Intérieur a par ailleurs engagé plusieurs centaines de procédures de protection internationale.
La situation des mineurs constitue ainsi l’un des principaux dossiers de la crise. Leur prise en charge relève du droit espagnol et impose un examen individuel de leur situation. La perspective d’un retour au Maroc ne peut donc pas être assimilée à une simple opération de réadmission des adultes. Ce dossier met directement à l’épreuve les capacités d’accueil de Ceuta et la coopération entre Madrid et Rabat.
À cette pression administrative et sociale s’ajoute le bilan humain particulièrement lourd de la vague de juillet. L’ONG Caminando Fronteras a recensé 141 morts, dont 63 corps retrouvés du côté marocain et 78 à Ceuta, principalement à la suite des tentatives de traversée maritime ou des mouvements de foule. Ce bilan, établi par l’ONG et repris par EFE, reste distinct des chiffres officiels espagnols disponibles à ce stade.
Le 15 août n’a donc pas été le deuxième 30 juillet annoncé sur les réseaux sociaux. Il y a bien eu des tentatives de rapprochement et de franchissement, mais elles ont été contenues avant de provoquer une nouvelle entrée massive.
La frontière a tenu cette fois, mais la crise ouverte fin juillet reste entière : plusieurs milliers de personnes demeurent à Ceuta, la question des mineurs reste largement à régler et le bilan humain de la première vague continue de peser sur les relations entre les deux rives.

