Les chiffres de la campagne 2025 illustrent déjà ce basculement. Selon les données du commerce extérieur espagnol relayées par la revue spécialisée Interempresas, l’Algérie avait absorbé à elle seule 82 % des exportations espagnoles de moutons vivants durant le mois de mai 2025, période précédant l’Aïd al-Adha. Sur un total de 10 144 tonnes exportées par l’Espagne ce mois-là, 8 335 tonnes avaient été destinées au marché algérien.
Protectionnisme marocain
Cette réorientation des flux commerciaux s’est accentuée en 2026 dans un contexte marqué par un protectionnisme marocain accru. Rabat a imposé un droit de douane de 200 % sur le mouton espagnol et portugais afin de protéger son propre cheptel, fragilisé par plusieurs années de sécheresse et de tensions sur les prix agricoles. Pour de nombreux exportateurs espagnols, cette mesure a rendu économiquement non viable l’accès au marché marocain.
Face à cette fermeture partielle, l’Algérie est devenue le principal point de chute des exportations espagnoles de bétail ovin, mais également de viande et de carcasses. Les médias spécialisés espagnols évoquent désormais une campagne 2026 « centrée sur l’Algérie », tandis que plusieurs organisations agricoles considèrent que le marché algérien a permis d’éviter une crise majeure dans la filière.
Un débouché vital
L’ouverture officielle du marché algérien aux ovins vivants espagnols, autorisée au printemps 2025 après un accord sanitaire entre Alger et Madrid, avait déjà été saluée par les syndicats agricoles espagnols. Dans plusieurs régions d’élevage, notamment en Aragon, les organisations professionnelles expliquaient que cette ouverture offrait un débouché vital à une filière confrontée à la baisse de la consommation intérieure et à la diminution du cheptel espagnol.
Les tendances observées en 2026 confirment cette dépendance croissante. Les organisations professionnelles espagnoles soulignent que l’Algérie gagne désormais du poids non seulement dans l’importation d’animaux vivants, mais aussi dans les achats de viande ovine transformée, un segment jugé plus rentable pour les producteurs espagnols.
Cette évolution commence toutefois à susciter certaines inquiétudes dans le secteur agricole espagnol. L’organisation Unión de Uniones estime ainsi que la filière risque de « remplacer une dépendance marocaine par une dépendance algérienne », appelant Madrid à diversifier ses marchés d’exportation.
Derrière le dossier du mouton de l’Aïd apparaît ainsi une réalité économique plus large : l’Algérie est redevenue, pour plusieurs secteurs exportateurs espagnols, un partenaire commercial de premier plan en Méditerranée occidentale.


