Exportations de l’acier vers l’Europe : ce que peut obtenir l’Algérie

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Dans son entretien télévisé de mardi dernier, le président Tebboune a rouvert le dossier de la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne, pointant du doigt le contingentement par quotas des exportations algériennes hors hydrocarbures — ciment, produits agricoles, et surtout le rond à béton. «On sortait de la décennie noire, on exportait rien en dehors du pétrole et du gaz. Ce n’est plus le cas maintenant », a-t-il rappelé, plaidant pour un rééquilibrage. Or sur ce dossier précis de l’acier, les lignes viennent justement de bouger à Bruxelles. La réforme du régime de sauvegarde européen, entrée en vigueur le 1er juillet, pourrait offrir à l’Algérie un avantage relatif — à condition d’en négocier les termes.

Une mesure qui n’aurait jamais dû viser Alger

Le contingentement de l’acier remonte à 2019. Il s’agissait d’une clause de sauvegarde de l’OMC, déclenchée par le détournement massif de flux d’acier chinois, turc, indien et coréen vers l’Europe après que les tarifs américains de la Section 232 leur ont fermé le marché américain. L’Algérie, exportatrice marginale de rond à béton vers l’UE, n’a jamais été à l’origine de cette saturation. Sur le fond, Abdelmadjid Tebboune a raison : un mécanisme conçu pour contenir des surcapacités chinoises ou turques de plusieurs millions de tonnes n’avait aucune justification à s’appliquer avec la même rigueur à un flux algérien marginal, structurellement incapable de perturber le marché européen.

Ce que change le règlement de juillet 2026

Le nouveau texte — règlement (UE) 2026/1384, qui remplace le dispositif expiré fin juin — durcit pourtant l’ensemble du régime : quota global ramené à 18,3 millions de tonnes par an (-47%), droit hors quota doublé à 50%, traçabilité renforcée par la règle du « melt and pour » (fusion et mélange). Mais c’est précisément dans ce durcissement général que se loge l’opportunité algérienne. Le texte prévoit un traitement différencié pour les pays en développement et pour les partenaires liés à l’UE par un accord de libre-échange : plusieurs analyses sectorielles anticipent que l’Algérie, comme le Brésil ou l’Indonésie, pourrait être exemptée au titre de ces dispositions, avec un accès en franchise de droits pour ses volumes. La répartition précise par pays restait toutefois, à la publication du règlement, encore en négociation à Bruxelles — un acte d’exécution séparé doit la fixer. C’est là que se joue, dans les prochaines semaines, la capacité de la diplomatie algérienne à faire valoir son statut de partenaire associé pour écouler son excédent de rond à béton sans contingent et en franchise de droits, conformément à l’esprit de l’accord de 2003.

Le poids du passif protectionniste algérien

Reste un bémol de taille. Bruxelles négocie rarement à sens unique, et l’Algérie arrive à cette table avec un passif qui complique sa position. Ses propres mesures de restriction aux importations — du programme PPI porté par Kamel Rezzig aux multiples interdictions ponctuelles d’importer — ne s’inscrivent dans aucune des trois exceptions que l’accord d’association s’inspirant de la doctrine OMC – autorise pour déroger temporairement au libre-échange. Bruxelles l’a déjà fait savoir par les faits : une procédure d’arbitrage international a été engagée contre une première vague de mesures protectionnistes algériennes remontant à 2016-2017. Le contentieux n’est donc pas soldé, et il pèsera sur toute discussion sectorielle, y compris celle de l’acier. À noter, sans qu’il faille y voir un lien direct avec le dossier européen : les États-Unis ont de leur côté frappé début juillet le rond à béton algérien de droits antidumping et compensateurs cumulés dépassant 200%.

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