Farayand chez Arkab : l’ingénierie iranienne forgée sous sanctions veut travailler en Algérie

Reçue par Mohamed Arkab, la société iranienne Farayand Co. a présenté ses capacités en ingénierie pétrochimique, une expertise développée sous sanctions, que Sonatrach pourrait mobiliser pour ses projets de raffinage et de polypropylène.

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Vue d'un complexe pétrochimique de Farayand Co. © Farayand Co

Parmi les délégations reçues en juin au ministère des Hydrocarbures figurait, dimanche, une société iranienne dont la plupart des ingénieurs ont appris leur métier faute de pouvoir acheter les équipements ailleurs. Faramarz Ekhteraei, président de Industrial Pioneers Farayand Co. (IPF), et son directeur exécutif étaient reçus par Mohamed Arkab, en présence d’Amine Remini, président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH), et de cadres du secteur. Une réunion de travail sans signature de contrat, encore au stade exploratoire.

Le nom Farayand ne figure pas dans le registre des grandes firmes d’ingénierie pétrolière internationales. Basée à Téhéran, cette société est un contractant EPC (Engineering, Procurement, Construction) spécialisé dans les unités de traitement industriel pour le pétrole, le gaz et la pétrochimie, notamment dans la fabrication d’échangeurs de chaleur, de réacteurs haute pression et de packages d’injection chimique. La maison mère IPF coiffe également trois filiales pharmaceutiques productrices de principes actifs, ainsi qu’une unité de fabrication de cuves en verre fritté. Une PME de niche, pas un géant comme Technip ou SAIPEM. Mais c’est précisément ce profil qui intéresse Alger.

L’Iran, laboratoire de la débrouillardise industrielle

La singularité iranienne dans le secteur pétrolier tient à une contrainte devenue compétence. Sous quatre décennies de sanctions occidentales, Téhéran n’a pas pu importer librement les équipements nécessaires à son industrie. La réponse a été de les fabriquer. La compagnie nationale iranienne NIOC produit aujourd’hui entre 60 et 70 % de ses équipements industriels localement, des tours de distillation aux turbines, en passant par des plateformes offshore, des vannes, des pipelines et des instruments d’exploration. En 2019, l’Iran fabriquait quelque 12 000 composants et équipements complexes du secteur pétrolier.

Cette dynamique a surtout profité à la pétrochimie. L’industrie pétrochimique iranienne a évolué de la simple production vers la création de valeur et le développement technologique, avec une capacité réelle atteignant 100 millions de tonnes, et un objectif affiché de 130 millions de tonnes dans le cadre du septième plan national de développement. Le polypropylène, cité explicitement dans les discussions entre Arkab et Ekhteraei, est l’un des produits phares de cette montée en gamme. L’Iran est devenu un fournisseur de premier plan pour ce dérivé chimique, dont sa capacité de production alimente une part du marché chinois des matières plastiques.

Les équipements et machines nécessaires à la production restent toutefois en partie dépendants de stocks de capital européen qui doivent être maintenus en état de marche, une limite que Téhéran cherche à réduire, et que ses contractants EPC comme Farayand contribuent à repousser par l’ingénierie locale.

Une précision s’impose sur l’offshore

L’Iran est le seul pays du Moyen-Orient à disposer de ses propres capacités nationales intégrées de forage offshore. La compagnie iranienne de pétrole offshore (IOOC), filiale de NIOC, opère depuis plus d’un demi-siècle dans le Golfe persique et la mer d’Oman, avec une capacité de production supérieure à 640 000 barils par jour, assurant un tiers des exportations pétrolières du pays. En 2025, après une pause de cinq ans, la NIOC a repris les forages d’exploration offshore, en signant un accord de coopération avec l’IOOC couvrant le forage, les études sismiques et les relevés géophysiques.

Farayand n’appartient pas à cet univers. Son domaine est terrestre et industriel, couvrant le traitement, la conversion et la pétrochimie, pas le forage en mer. Ce que cette société propose à Sonatrach n’est pas une expertise de plateforme offshore mais une ingénierie de process : concevoir et construire des unités de transformation capables de produire des matériaux à haute valeur ajoutée comme le polypropylène et ses dérivés, traiter les eaux industrielles, améliorer le rendement des unités existantes.

Deux producteurs sous pression cherchent des alliés hors de l’Occident

La rencontre du 28 juin s’inscrit dans une séquence plus large. Avec les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les prix des hydrocarbures et la trêve précaire entre l’Iran et les États-Unis, l’Algérie a multiplié les signaux de sa position de «destination fiable pour l’investissement énergétique», lançant en parallèle son appel d’offres Algeria Bid 2026. Téhéran, de son côté, cherche à valoriser à l’export une ingénierie industrielle développée dans l’isolement.

Le communiqué officiel du ministère cite le transfert de technologie, la formation des compétences nationales et le contenu local. Un partenaire iranien présente un avantage précis sur ce terrain : ses technologies ne viennent pas avec des clauses de réexportation imposées par Washington ou Bruxelles. Le directeur général de Farayand a indiqué vouloir «explorer de nouvelles opportunités de coopération en Algérie dans le cadre de partenariats fondés sur le bénéfice mutuel et le transfert de connaissance».

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