FMIA 2026 : l’IA, nouveau terrain de coopération entre les deux rives de la Méditerranée

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Forum méditerranéen de l’IA (FMIA) 2026 au Palais du Pharo, Marseille le 5/11/2026 ©Maghreb Emergent
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Face à l’accélération mondiale des technologies de rupture et au milieu d’une dualité sino-américaine, le bassin méditerranéen refuse désormais de se cantonner à de simples rôles de marché consommateur ou de réservoir de données brutes.

Réunis jeudi 5 novembre au Palais du Pharo, à Marseille, à l’occasion de la troisième édition du Forum Méditerranéen de l’Intelligence Artificielle (FMIA), après Marseille en 2024 et Tunis en 2025, diplomates, chercheurs et entrepreneurs de l’ensemble de la région ont réaffirmé une ambition stratégique commune : faire de l’IA un levier central de co-innovation, d’inclusion et de développement durable fondé sur une synergie régionale équilibrée entre les rives Nord et Sud.

Une « troisième voie » éthique et souveraine portée par la région

Dans son discours d’ouverture, Nadia Hai, ambassadrice et déléguée interministérielle à la Méditerranée, a appelé l’ensemble des pays du bassin à construire collectivement leur propre voie souveraine et régulée. Face au modèle commercial axé sur la captation massive de données personnelles, d’un côté, et au modèle de puissance étatique centré sur le contrôle, de l’autre, la Méditerranée propose une alternative profondément humaniste.

Cette « troisième voie » place la dignité humaine avant la seule performance technique, valorise la diversité culturelle et multilingue et promeut des modèles d’IA partagés en open source.

Rappelant le patrimoine intellectuel exceptionnel de la région — de la création de l’alphabet à Byblos jusqu’au terme « algorithme », issu des travaux majeurs du savant Al-Khwarizmi, Nadia Hai s’est appuyée sur le récit fondateur de la princesse Gyptis à Marseille pour prôner des alliances fondées sur la coopération et le respect mutuel plutôt que sur des rapports de domination. L’enjeu est d’éviter une résurgence de la fracture numérique où le Sud fournirait ses données et ses talents tout en consommant des applications conçues ailleurs. L’IA méditerranéenne doit ainsi décupler l’intelligence collective en reliant les connaissances des chercheurs, des médecins et des agriculteurs pour répondre aux défis sociétaux et environnementaux communs.

Entre capitaux humains et engagements politiques

La construction d’un tel écosystème repose directement sur la complémentarité des compétences et sur la volonté politique affichée par les États de la rive sud. Dhia Khaled, ambassadeur de Tunisie en France, a mis en lumière les atouts stratégiques de son pays, fort d’un capital humain hautement qualifié, d’une communauté scientifique très dynamique et d’un réseau étendu de start-ups opérant des deux côtés de la Méditerranée.

Évoquant le succès de la deuxième édition du FMIA, organisée à Tunis et réunissant 3 000 participants, il a rappelé que la mobilité technologique des chercheurs et des entrepreneurs constitue la condition indispensable à la co-innovation. Pour la Tunisie, l’intelligence artificielle doit être souveraine, éthique et créatrice d’opportunités concrètes pour l’avenir de la jeunesse.

De son côté, Mohamed Hamouda, chargé d’affaires de la Libye en France, a présenté la démarche institutionnelle volontariste entreprise par son pays. La Libye a adopté une charte nationale d’éthique de l’intelligence artificielle et lancé sa stratégie nationale 2026-2030. Soucieux de transformer les échanges régionaux en bénéfices tangibles pour le quotidien des citoyens, il a proposé le déploiement de projets pilotes transfrontaliers mesurables dans des domaines prioritaires tels que les soins de santé, la gestion rationnelle de l’eau et la formation des jeunes, en s’appuyant sur la confiance et la protection des données.

L’initiative Sila et les projets pilotes : concrétiser l’intelligence collective

Pour matérialiser cette volonté d’action conjointe, la synergie régionale s’incarne dans des dispositifs structurants tels que l’initiative Sila (Initiative France-Méditerranée pour l’intelligence artificielle). Doté d’un fonds de 2 millions d’euros géré par Expertise France, ce programme réunit la France et cinq pays partenaires -la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et le Liban- afin de fédérer incubateurs, chercheurs et investisseurs, tout en accompagnant directement 10 jeunes entreprises innovantes de la région pendant six mois.

Cette coopération débouche déjà sur des solutions technologiques appliquées aux urgences du terrain. Qu’il s’agisse d’entreprises innovantes soutenant les agriculteurs marocains pour optimiser la gestion de l’eau ou de start-ups tunisiennes transformant le crabe bleu – espèce invasive des côtes – en matériaux biosourcés, l’IA devient un véritable vecteur de durabilité et d’émancipation économique.

Pour l’Algérie, l’un des cinq pays partenaires, cette dynamique prend une forme concrète : deux de ses jeunes pousses, EdgeOrbit AI et Gardens of Babylon, figurent parmi les dix entreprises retenues, à raison de deux par pays. Elles bénéficieront, à partir de ce mois de novembre, d’un accompagnement de six mois, représentant entre 10 000 et 30 000 euros en services spécialisés par entreprise.

En s’appuyant sur des partenariats d’égal à égal et un transfert continu de connaissances, les pays du bassin méditerranéen veulent démontrer qu’une intelligence partagée est la clé d’un avenir prospère et solidaire.

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