Le prix moyen du gazole s’est établi à 2,371 euros le litre le 17 septembre, avant de grimper à 2,390 euros le lendemain, un plus haut inédit. Cette hausse fait suite à la prise du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis du Yémen, qui s’ajoute au blocage du détroit d’Ormuz en vigueur depuis le 28 février dans le cadre du conflit opposant Israël, les États-Unis et l’Iran. Les deux passages concentrent 42 % des exportations pétrolières mondiales, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.
Le baril de Brent a progressé de près de 9 % en une semaine pour approcher les 105 dollars, tandis que le gaz dépassait 80 dollars le mégawattheure à la mi-septembre. Face à cette pression, Emmanuel Macron a réuni le 18 septembre à l’Élysée les chefs de parti et candidats à la présidentielle de 2027. Il a également annoncé vouloir porter le sujet devant le G7, en vue d’une libération coordonnée de réserves stratégiques.
Dans ce contexte, l’Algérie occupe une position financière favorable, la hausse des cours mondiaux se traduisant mécaniquement par un afflux de recettes d’exportation supplémentaires.
Le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab a réaffirmé la volonté d’Alger d’honorer ses engagements contractuels de long terme via ses deux gazoducs vers l’Europe, Transmed et Medgaz. La production gazière nationale progresse, ce qui soutient les volumes exportés vers le continent, alors que l’Europe vise un record d’importations de GNL en 2026. L’Italie a d’ores et déjà consolidé ce lien. La visite de Giorgia Meloni à Alger a porté sur l’augmentation potentielle des volumes acheminés vers Rome, qui a fait du gaz algérien son principal relais après le gaz russe.
Le verrou diplomatique franco-algérien
La France, elle, reste freinée par un contentieux ouvert depuis l’été 2024, après la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La relation s’est encore durcie en avril, quand l’Algérie a exigé le départ de douze agents de l’ambassade de France sous 48 heures, en réponse à la mise en examen d’un agent consulaire algérien. Paris a répliqué à l’identique.
Depuis, les échanges commerciaux entre les deux pays restent en retrait. L’Algérie fournissait pourtant encore près d’un cinquième du gaz importé sous forme gazeuse par l’Union européenne au premier trimestre 2025. Des tentatives de déblocage ont eu lieu.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est rendu à Alger en février, premier chef de ce portefeuille à effectuer ce déplacement depuis 2022, quelques jours après une visite personnelle de Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie.
Cette dernière a publiquement mis en garde l’exécutif contre le coût de la rupture. Selon elle, la France entretient une brouille coûteuse avec l’un des fournisseurs les plus fiables du continent, au moment précis où l’Europe se bat pour sécuriser son approvisionnement. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, dont le groupe a signé en 2023 et 2025 des contrats de production de GNL en Algérie, a plaidé dans le même sens pour « ne pas politiser les relations économiques entre la France et l’Algérie ».
Ces gestes n’ont toutefois pas produit de normalisation durable. Chaque phase de dégel a jusqu’ici été suivie d’un nouvel incident.
À l’approche de la présidentielle de 2027, la tentation d’une ligne dure sur l’Algérie reste vive dans une partie de la classe politique française, au moment même où la crise énergétique en fait l’option la plus coûteuse pour les ménages.


