Depuis 2019, la France distingue deux grilles de droits universitaires. Les étudiants français, européens et assimilés paient un tarif national, quasi symbolique. Les autres, dits « extracommunautaires », relèvent d’une grille distincte, très supérieure. Les Algériens en font partie, sauf situation particulière (réfugié, résident de longue durée, boursier du gouvernement français).
Jusqu’à cette année, le rapport de force jouait pourtant en faveur des étudiants. La plupart des universités contournaient largement la logique du texte de 2019 en accordant des exonérations à grande échelle, sur des bases générales et non individuelles. À Strasbourg, jusqu’à 97 % des étudiants extracommunautaires en bénéficiaient.
Cette pratique vient d’être stoppée net par un décret du 19 mai 2026, entré en vigueur trois jours plus tard, qui interdit désormais aux établissements d’exonérer des catégories entières d’étudiants sur des critères généraux. Seule reste possible une exonération individuelle, accordée après examen de la situation personnelle du demandeur, essentiellement ses ressources.
Combien ça coûte réellement
Pour l’année en cours, le ministère de l’Enseignement supérieur fixe les droits différenciés à 2 902 euros en licence et 3 950 euros en master. Les doctorants restent exclus du dispositif et paient le tarif national, 398 euros. Ces montants ne sont pas des maximums que chaque université pourrait choisir de réduire à sa guise : ils sont fixés par un arrêté ministériel et s’imposent à tous les établissements publics.
Un couloir d’exonération qui se referme d’année en année
Le décret ne supprime pas l’exonération individuelle, il la rationne. Chaque université peut en accorder, cette année, à un maximum de 30 % de ses étudiants extracommunautaires assujettis. Ce plafond descend à 25 % pour la rentrée 2027, puis à 20 % à partir de 2028, taux qui restera ensuite la norme. Un étudiant déjà exonéré au titre de l’année 2025-2026 garde son ancien statut jusqu’à la fin de son cycle, à condition de ne pas changer d’établissement.
Le ministère revendique un objectif précis : recentrer un dispositif que la pratique avait dénaturé, en réservant les places d’exonération à ceux qui en ont réellement besoin, plutôt qu’à des politiques d’attractivité décidées au niveau des établissements.
Comment déposer une demande
Rien n’est automatique. L’étudiant doit lui-même solliciter son établissement, qui statue au regard de sa situation personnelle. Le texte cite plusieurs circonstances recevables : des ressources insuffisantes, une situation familiale dégradée, la situation du pays d’origine, un handicap, ou toute autre circonstance de nature à justifier une exonération totale ou partielle. Chaque président d’université reste libre de préciser ses propres critères d’instruction, dans ce cadre.
Un point mérite d’être clarifié, car il circule de façon inexacte : l’arrêté du 22 juillet 2026, publié au Journal officiel le 28 juillet, ne porte pas sur cette procédure générale d’exonération. Il fixe uniquement les conditions de réciprocité que doivent remplir les accords de coopération entre établissements français et étrangers pour ouvrir droit, eux, à une exonération spécifique. Pour la démarche individuelle décrite plus haut, c’est le décret du 19 mai qui fait foi.
Pour les candidats passés par la procédure Études en France, un repère à vérifier sur le site du gouvernement : seule une notification écrite et explicite d’exonération reçue avant le 21 mai 2026 permet de conserver l’ancien régime. Une simple notification d’admission ne suffit pas.

