Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a rendu publics, ce samedi 5 septembre, des chiffres qui posent, à eux seuls, la question de la cohérence entre la taille réelle de certaines entreprises et l’ampleur de leurs demandes d’importation. Sur la plateforme numérique dédiée aux programmes prévisionnels d’importation (PPI) de matières premières et d’intrants de production, 3 961 opérateurs économiques employant entre zéro et cinq travailleurs ont déposé des demandes totalisant 130,32 milliards de dollars pour le second semestre 2026.
Le détail par tranche d’effectif révèle des écarts qui ne s’expliquent pas mécaniquement par le nombre de dossiers déposés. Les 149 entreprises sans aucun salarié déclaré ont sollicité 484,58 millions de dollars, soit une moyenne de 3,25 millions de dollars par structure. Les 949 entreprises à un seul employé totalisent 21,84 milliards de dollars, soit environ 23 millions de dollars chacune.
Mais c’est la tranche des deux employés qui concentre l’essentiel de la valeur : 851 entreprises y demandent à elles seules 76,88 milliards de dollars, soit près de 59 % du montant global des six tranches, pour une moyenne de plus de 90 millions de dollars par entreprise.
À titre de comparaison, les 722 entreprises à trois employés (15,52 milliards de dollars, environ 21,5 millions chacune) et les 649 entreprises à cinq employés (13,84 milliards de dollars, environ 21,3 millions chacune) affichent des ratios quatre fois inférieurs. Le creux se situe à quatre employés : 641 entreprises n’y demandent que 1,74 milliard de dollars au total, soit à peine 2,7 millions de dollars chacune.
Cette absence de progression linéaire entre l’effectif déclaré et le volume d’importation sollicité a conduit le ministère à ouvrir une enquête, en coordination avec les secteurs ministériels concernés. L’objectif affiché pour le département de Kamel Rezig est de confronter les quantités et les valeurs importées à la nature de l’activité déclarée, aux capacités de production réelles, à l’effectif déclaré et au volume d’activité économique effectif des entreprises concernées, pour le premier semestre 2026 et les années antérieures.
Des ratios qui ne suivent pas l’effectif
Le second volet du communiqué est plus troublant encore. La plateforme, appuyée sur des outils d’intelligence artificielle, a détecté des séquences de déclarations d’emploi auprès de la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) qui coïncident, dans le temps, avec les phases d’ouverture et de dépôt des PPI.
Un nombre d’entreprises a déclaré des travailleurs entre janvier et le 31 mars 2026, cessé toute déclaration d’avril à juin, avant d’enregistrer de nouvelles déclarations entre le 1er juillet et le 30 septembre 2026 — période qui correspond exactement au dépôt et à l’instruction des programmes prévisionnels. Ce calendrier suggère, sous réserve des conclusions de l’enquête annoncée, un ajustement de l’effectif déclaré au moment précis où il conditionne l’accès à la plateforme d’importation.
En parallèle de ces dossiers sous surveillance, des entreprises dont l’effectif se compte en dizaines, voire en centaines de salariés, expriment leur désarroi, notamment sur les réseaux sociaux, et “attendent toujours la validation de leur propre PPI depuis la réouverture de la plateforme pour le second semestre 2026”. Si cette situation, non mise en lumière, se confirme, elle dessinerait un contraste net avec les objectifs tracés par les autorités à travers la numérisation de tout le processus d’importation.


