PPI : huit textes en huit mois, l’Algérie ajuste sans cesse ses règles

Huit décisions en huit mois, et toujours pas de cadre stabilisé. Depuis janvier, le Programme prévisionnel d'importation a été retouché, étendu, prorogé et réécrit au fil des notes ministérielles, laissant les entreprises composer avec une réglementation qui bouge presque chaque mois.

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Le port d'Alger, point de passage obligatoire pour les marchandises soumises au programme prévisionnel d'importation. (dr)

Depuis son entrée en vigueur en juillet 2025, le Programme prévisionnel d’importation (PPI) est devenu un passage obligé pour de nombreuses entreprises. Sur le papier, le dispositif doit mieux encadrer les importations. Sur le terrain, des industriels décrivent un autre problème : des règles qui évoluent, des délais qui se déplacent et des dossiers qui doivent parfois repartir de zéro.

Entre les directives du ministère, les exigences bancaires et les ouvertures successives des plateformes, les opérateurs disent surtout souffrir d’un manque de visibilité.

Le PPI a été instauré pour contrôler davantage les opérations d’importation. Il a ensuite été reconduit pour 2026. Mais depuis sa mise en place, les entreprises ont dû s’adapter à une succession de notes, de communiqués et de nouvelles échéances.

PPI : des décisions qui changent au fil des mois

Le dispositif a commencé à produire ses premiers effets au second semestre 2025. Les entreprises devaient déposer leurs prévisions d’importation avant de pouvoir avancer dans les procédures bancaires. Puis les règles ont évolué. En août 2025, une nouvelle directive a notamment précisé que le PPI devait être enregistré auprès d’une seule banque. En septembre, de nouvelles précisions ont été apportées sur les délais et la révision des programmes.

Le début de l’année 2026 a apporté d’autres ajustements. Le ministère a fixé un nouveau délai pour le dépôt du PPI du premier semestre, finalement arrêté au 26 février. En mars, le dispositif a aussi été ouvert aux importateurs de produits finis destinés à la revente en l’état. La plateforme dédiée a été ouverte du 22 mars au 30 avril.

 La plateforme pour les programmes prévisionnels du S2 2026 a été ouverte le 23 juin. Les opérateurs pouvaient déposer leurs programmes jusqu’au 31 juillet. Début juillet, de nouvelles mesures ont encore modifié la situation de certains PPI. Et le 6 août, le ministère a annoncé un nouvel assouplissement : la validité du visa des PPI destinés à la domiciliation bancaire est passée de 45 à 90 jours. Certains PPI du premier semestre 2026 ont aussi été prolongés jusqu’au 15 septembre.

Pour les entreprises, cette succession de changements crée une difficulté simple : comment planifier une production sur plusieurs mois lorsque les conditions d’importation peuvent évoluer entre-temps ?

Une année après, les industriels disent toujours attendre

Le problème ne concerne pas seulement les importateurs de produits destinés à la revente. Il touche aussi les industriels qui ont besoin de machines, de pièces de rechange et de matières premières pour faire fonctionner leurs unités.

Un opérateur économique décrit les difficultés rencontrées dans son usine. Son entreprise avait déjà engagé ses démarches. Elle dispose aussi d’investisseurs étrangers et comptait développer sa production. Mais une panne a changé la situation. « Mon usine est à l’arrêt à cause d’une machine de 5 000 dollars », explique-t-il. Selon son témoignage, la machine est tombée en panne après la validation du programme du premier semestre. Il a alors demandé à pouvoir l’importer avec ses propres moyens.

« Je leur ai demandé de l’acheter avec mon propre argent, mais ils ne veulent pas », affirme-t-il. Le dossier a ensuite été renvoyé vers le programme du second semestre. Le problème est arrivé au moment où l’entreprise a voulu déposer ses nouvelles prévisions. « On m’a dit d’attendre le S2. Mais quand le S2 est arrivé, il n’y avait pas d’équipement », raconte-t-il.

L’entreprise comptait environ 60 ouvriers. « Aujourd’hui, ils sont au chômage », affirme le responsable. Le même opérateur évoque aussi les entreprises qui viennent de lancer leur activité et celles qui souhaitent ouvrir de nouvelles lignes de production. Pour elles, le problème est encore plus compliqué.

Une entreprise créée au début de l’année peut avoir préparé son usine pendant plusieurs mois. Elle peut avoir ses locaux, ses clients. Mais sans matière première puisqu’il doit avoir des travailleurs pour importer alors qu’il n’a pas encore commencer à produire, ce qui n’est pas logique.

Matières premières : quand le PPI décide de ce dont l’usine a besoin

L’autre difficulté concerne les matières premières. L’industriel explique qu’il prépare ses besoins pour toute une période. Mais une partie des quantités demandées peut ne pas être retenue.

« Je prends ce dont j’aurai besoin durant le semestre et je me retrouve avec la moitié de ce que j’ai demandé », explique-t-il. Une question revient alors : qui connaît mieux les besoins d’une usine, l’administration ou l’industriel qui fait fonctionner cette usine chaque jour ?

C’est l’un des points de tension du dispositif. Pour un industriel, une matière première n’est pas une simple ligne dans un tableau. Elle correspond à une quantité de production, à des commandes et à des travailleurs. Si elle manque, toute la chaîne peut ralentir. Le problème devient encore plus sérieux lorsqu’il s’agit d’une pièce de rechange. Une machine peut coûter des centaines de milliers de dollars. Mais parfois, une petite pièce suffit pour arrêter toute une ligne.

Des échanges par email qui ne remplacent pas le dialogue

Les opérateurs disposent de plateformes numériques et peuvent également adresser leurs demandes par courrier électronique. Mais certains estiment que ces moyens ne permettent pas toujours d’expliquer des situations complexes.

« Il y a des emails qui restent sans réponse », témoigne un opérateur. Il évoque aussi des questions qu’il est difficile de résumer dans un simple courrier électronique.

Une plateforme peut permettre de déposer un document. Un email peut transmettre une demande. Mais ni l’un ni l’autre ne remplacent toujours un échange direct lorsqu’un dossier concerne une panne, une nouvelle ligne de production ou une matière première particulière.

C’est aussi une question d’interactivité. L’opérateur veut savoir pourquoi une quantité a été réduite. Il veut expliquer pourquoi une machine est indispensable. Il veut parfois simplement obtenir une réponse claire sur la procédure à suivre. Or, lorsque les réponses tardent, l’entreprise attend. Et pendant ce temps, les machines restent à l’arrêt, les commandes prennent du retard et les travailleurs peuvent se retrouver sans activité.

Quand l’importation d’une pièce bloque toute une production

L’objectif du PPI est de mieux encadrer les importations. Mais pour l’industrie, la question est aussi celle de la continuité de la production.Une usine ne fonctionne pas seulement avec des machines. Elle a besoin de matières premières, de composants, de pièces de rechange et d’équipements.

Si l’un de ces éléments manque, la production peut s’arrêter. Et si la pièce recherchée n’existe pas sur le marché local, l’entreprise doit l’importer. Elle doit alors attendre la période d’ouverture de la plateforme, déposer son programme, attendre son traitement, puis poursuivre les démarches bancaires.

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