Gaz : l’Égypte bloque la vente d’actifs de BP à un groupe lié à Israël

Le gouvernement égyptien a fait savoir à BP qu'il rejetterait la vente d'une partie de ses actifs gaziers à Energean, détenue à 60 % environ par des sociétés d'Israël, rapporte Mada Masr. En cause : la sécurité nationale et les faibles capacités de l'acheteur en eaux profondes, alors que la production égyptienne de gaz est au plus bas depuis dix ans.

Maghreb Emergent
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Le navire de forage Valaris DS-12, affrété par BP pour ses campagnes en eaux profondes au large de l'Égypte. (DR)

Le message a été transmis jeudi dernier au Caire par le ministre du Pétrole, Karim Badawi, au vice-président exécutif de BP, Gordon Birrell, selon deux sources citées sous couvert d’anonymat par le média Mada Masr, dont l’une est interne à la compagnie. Fin août, Reuters avait révélé des négociations exclusives entre les deux groupes.

L’enjeu est lourd. BP assure environ 60 % de la production gazière égyptienne. Les actifs en vente comprennent la concession de West Nile Delta, détenue à 82,7 % et opérée par BP avec Harbour Energy, et 50 % de celle de Temsah, partagée avec Eni, où le gisement de Denise a été récemment testé. BP s’est par ailleurs engagé l’an dernier auprès d’Egas à forer cinq puits en eaux profondes dans le West Nile Delta.

Un repreneur ancré en Israël

Fondée en Grèce, cotée à Londres et à Tel-Aviv, Energean a fait d’Israël son premier marché : elle y exploite les champs de Karish et Karish North, dédiés à la consommation israélienne, et développe le projet Katlan. Présente en Égypte depuis le rachat des actifs d’Edison fin 2020, dont Abu Qir, elle reste peu aguerrie à l’offshore profond, domaine où BP surpasse même Eni, selon un ancien responsable de l’Egyptian General Petroleum Corporation (EGPC). Au Parlement, des députés ont mis en doute sa solidité financière et sa capacité à financer les programmes de forage imposés.

Le dernier mot revient à l’État. Tout transfert de concession exige l’aval de l’EGPC, qui dispose de droits de préemption. BP pourrait annoncer l’opération dès mercredi, une manœuvre de pression selon l’une des sources, puisque la mise en vente gèlerait certains investissements, notamment à Temsah. Signe de la tension, le ministre a annulé à la dernière minute un déplacement à Londres prévu mi-septembre pour discuter du dossier.

Deux sociétés émiraties, Dragon Oil et XRG (ADNOC), étaient aussi candidates, mais pour Temsah seulement. ADNOC, déjà associée à BP dans la coentreprise Arcius depuis 2024, verrait d’un mauvais œil l’opération. Si la vente au groupe contrôlé par des capitaux d’Israël échoue, BP n’aura d’autre choix, selon sa source interne, que de céder à n’importe quel prix.

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