Au stand de l’Union européenne, présente pour la première fois au NAPEC en tant que bloc, selon son ambassadeur, Maghreb Émergent a posé mardi la question des garanties. Le corridor d’hydrogène vert est aujourd’hui présenté comme la voie qui doit acheminer l’hydrogène algérien vers l’Europe. L’Union est-elle prête à s’engager par des contrats d’achat à long terme et de transfert de technologie, pour que l’Algérie puisse bâtir une véritable industrie locale ? « Tout à fait pertinente », a jugé le diplomate… avant de ramener le débat sur le terrain industriel.
Le projet en question, le SoutH2 Corridor, doit relier l’Algérie et la Tunisie à l’Italie, à l’Autriche et à l’Allemagne sur environ 3 300 kilomètres. M. Mellado affirme que 65 à 70 % de l’infrastructure existe déjà et peut être réutilisée. Porté par un consortium réunissant Sonatrach, Sonelgaz, VNG, Snam, SEA Corridor et Verbund Green Hydrogen, il a été reconnu par la Commission européenne comme projet d’intérêt commun, ce qui le rend éligible aux financements européens. Côté algérien, le ministre de l’Énergie, Mourad Adjal, a lancé le 1er octobre à Alger l’étude de faisabilité d’ALTEH2A, le volet de production, dont les premiers résultats sont attendus en 2027.
Des débouchés qui restent à l’état d’intérêts déclarés
Pour l’ambassadeur, la production ne fait pas tout. Produire de l’hydrogène vert suppose « toute une chaîne industrielle » et un écosystème autour, a-t-il expliqué. Le développement des énergies renouvelables doit d’abord reposer sur des usages locaux, ce qui donnerait à l’industrie algérienne un avantage de compétitivité et pourrait libérer du gaz pour d’autres usages. L’exportation vient ensuite, comme « atout additionnel ».
Mais qui achètera? Sur ce point, l’Union développe une plateforme destinée aux futurs clients, notamment des industriels européens qui manifestent déjà leur intérêt. Mais le projet se situe encore, de l’aveu de l’ambassadeur, « dans la phase préparatoire ». Les études en cours, financées en partie directement par l’Union, doivent établir le coût réel et la faisabilité.
L’ambassadeur a d’ailleurs relativisé le besoin européen d’importer. L’Europe compte produire au moins la moitié de son hydrogène vert et pourrait même en produire la totalité, a-t-il ajouté, mais il est économiquement plus intéressant de le faire produire ailleurs. Il a cité l’Égypte et la Jordanie parmi les pays avec lesquels l’Union travaille déjà dans ce domaine. Le propos tranche avec celui de son prédécesseur, Thomas Eckert, qui estimait en 2024 que la production européenne ne suffirait pas à satisfaire la demande.
Financement et technologie, sans calendrier
Sur l’autre volet de la question, celui des investissements et du transfert de technologies, l’ambassadeur a mis en avant la recherche européenne, tout en admettant que l’Union ne parvient pas toujours à la convertir en usages commerciaux. Il a proposé de financer les projets par la Banque européenne d’investissement et par les institutions financières des États membres, avec des formules « gagnant-gagnant » respectueuses de la souveraineté nationale. Quant au programme Global Gateway, qui offre des prêts et des financements internationaux, il n’est « même pas encore sur la table » pour l’Algérie, a-t-il reconnu. Les discussions portent pour l’instant sur les moyens de financer les projets en Algérie.
Le constat rejoint celui que Maghreb Émergent faisait à l’ouverture du salon, à savoir que le mémorandum sur l’hydrogène vert, signé à Oran en octobre 2024 par Sonatrach, Sonelgaz et quatre groupes européens, ne figurait pas dans le communiqué de cette édition.


