C’est à l’ouverture de la deuxième réunion ministérielle des pays partenaires du SoutH2 Corridor, ce jeudi au Centre international des conférences d’Alger, que le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a annoncé le lancement de l’étude de faisabilité du projet ALTEH2A (Algeria to Europe Hydrogen Alliance), consacré à l’acheminement vers l’Europe de l’hydrogène vert produit en Algérie. Ses premiers résultats sont attendus en 2027. L’étude doit identifier les sites potentiels de production d’hydrogène renouvelable, évaluer le coût du projet, comparer les options de transport et analyser les perspectives du marché européen.
La rencontre réunit l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Elle prolonge la première réunion tenue à Rome le 21 janvier 2025, au terme de laquelle les cinq pays avaient signé une déclaration d’intention politique. Mourad Adjal y figurait alors dans la délégation algérienne en qualité de PDG de Sonelgaz.
Le corridor prévoit une infrastructure de quelque 3 300 kilomètres reliant l’Afrique du Nord aux bassins industriels d’Italie, d’Autriche et d’Allemagne, en s’appuyant largement sur la reconversion de gazoducs existants. Pour Alger, l’enjeu dépasse la seule fonction d’exportateur. La stratégie nationale adoptée en 2023 fixe un objectif de 1,2 million de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2040, dont 75 % destinées à l’export. Le ministre a d’ailleurs plaidé pour adosser le corridor à une véritable base industrielle nationale, avec le développement des industries connexes, le transfert de technologies et de savoir-faire, le renforcement des capacités et le soutien à la recherche.
Coût et rentabilité, les grandes inconnues
En 2025, la présidente de ZHERO, Alessandra Basini, estimait qu’il restait au moins deux ans d’ingénierie et d’autorisations avant la mise en service du lien Algérie-Italie. Or le coût global du projet figure aujourd’hui encore parmi les paramètres que l’étude doit chiffrer.
La question de la rentabilité pèse tout autant. Un rapport publié le 2 juin 2025 classait l’Algérie au deuxième rang africain des coûts de production les plus bas, mais avertissait que le coût réel de l’hydrogène africain destiné à l’export pourrait dépasser nettement les estimations initiales. Sans mesures de dérisquage portées par les pays européens, la production algérienne risquerait de ne pas être rentable à l’exportation.
Sur le terrain, l’outil productif reste au stade pilote, avec une centrale semi-industrielle de 50 MW en cours d’installation à Arzew, selon le dernier rapport de l’OAPEC, qui signalait également la finalisation du cadre légal encadrant la filière.
Pour structurer la suite, Mourad Adjal a annoncé la création d’un secrétariat technique renforcé par l’expertise de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Il a aussi appelé les partenaires à avancer sur l’harmonisation des réglementations, les certifications de conformité, les normes et les garanties d’origine, préalables à tout échange transfrontalier d’hydrogène.
Côté entreprises, le terrain se prépare. Une délégation de onze sociétés allemandes a mené du 21 au 25 septembre une mission de prospection en Algérie et en Tunisie, centrée sur l’hydrogène vert, le Power-to-X et le stockage, la Chambre algéro-allemande citant la reconversion de la conduite TransMed parmi les projets liés au corridor.
Le SoutH2 Corridor, porté par un consortium associant Sonatrach, Sonelgaz, VNG, Snam, SEA Corridor et Verbund Green Hydrogen, a été reconnu par la Commission européenne comme projet d’intérêt commun, ce qui le rend éligible aux financements européens. Ses promoteurs annoncent une capacité de transport pouvant atteindre 4 millions de tonnes par an. Les données attendues en 2027 sur les sites et les coûts conditionneront le passage aux décisions d’investissement, que ni Alger ni ses partenaires n’ont encore annoncées.


