Le 9 septembre 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a réuni le gouvernement pour exiger la mise en service du guichet unique de l’investissement avant la fin du mois. Quatre ans après le décret fondateur de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, le dispositif censé simplifier les démarches des investisseurs étrangers reste, dans les faits, largement sur le papier. Le chef de l’État a donné des « instructions strictes » pour qu’il soit « effectivement opérationnel d’ici la fin du mois de septembre en cours », selon un communiqué de la présidence.
L’économiste Omar Berkouk doute pourtant que ce guichet, une fois opérationnel, pèse beaucoup sur la trajectoire des investissements directs étrangers en Algérie. À ses yeux, l’exécutif s’attaque à un problème qu’il peut résoudre par décret, la coordination entre administrations, et laisse de côté celui qui détermine réellement la décision d’un investisseur, le change.
Un dinar à deux vitesses
La Banque d’Algérie publie chaque semaine ses cotations officielles. Pour la période du 13 au 19 septembre, l’euro s’échangeait entre 152,49 dinars à l’achat et 161,82 dinars à la vente en billets de banque. Le même jour, au Square Port-Saïd à Alger, l’un des principaux points de change informels du pays, la coupure de 100 euros s’échangeait à 27 600 dinars, soit 276 dinars pour un euro. L’écart par rapport au cours officiel dépasse 70 %. Omar Berkouk situe ce décalage dans la durée. Il serait passé d’environ 40% en 2018 à plus de 80% en 2026, selon ses propres estimations.
Ce double taux pèse sur l’investisseur à deux moments. Il apporte ses fonds en devises et doit les convertir au taux officiel, ce qui réduit mécaniquement la valeur réelle de son capital une fois exprimé en dinars. Quand vient le moment de rapatrier ses bénéfices, il repasse par le même taux désavantageux, et il ne peut le faire sans restriction que s’il a financé au moins 25% du coût total du projet en devises, une condition fixée par les textes d’application de la loi sur l’investissement de 2022. Un projet rentable en dinars peut ainsi devenir marginal une fois reconverti en euros ou en dollars. Berkouk observe que ce mécanisme pousse une partie des investisseurs issus de la diaspora à réinvestir sur place plutôt qu’à rapatrier leurs gains.
Un choix que d’autres ont fait différemment
Cette exposition au risque de change explique en partie, selon l’expert financier, pourquoi les investissements étrangers restent concentrés sur les hydrocarbures et l’énergie en Algérie. C’est le seul secteur où l’État garde la main sur les flux de devises, via Sonatrach. Dans l’industrie ou les services, où l’investisseur porte seul ce risque, l’appétit reste limité.
L’Égypte a choisi la voie inverse. En mars 2024, sous programme du FMI, sa banque centrale a laissé flotter la livre égyptienne et unifié le taux officiel avec celui du marché noir, provoquant une dévaluation de près de 40% en une journée. La Banque centrale égyptienne justifiait alors la mesure par la nécessité de « réduire l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché noir ». La même année, l’Égypte a attiré 46,6 milliards de dollars d’IDE, contre 1,53 milliard pour l’Algérie.
Le guichet unique pourra raccourcir des délais administratifs. Il ne change rien au calcul que fait un investisseur en devises face à un dinar dont la valeur réelle et la valeur officielle continuent de s’écarter, ni au choix que d’autres pays de la région ont fait de les rapprocher.


