Après une période de relative stabilité à des niveaux élevés, la monnaie unique européenne enregistre un léger recul sur le marché parallèle des devises en Algérie. Une baisse surprenante à cette période de l’année, généralement marquée par une forte tension sur les liquidités en devises.
Ce mardi 15 septembre 2026, l’euro enregistre une baisse face au dinar algérien sur le marché noir. Le billet de 100 euros a perdu 100 dinars par rapport à sa cotation de la veille. Sur les principales places informelles du pays, à l’image du Square Port-Saïd à Alger, la coupure de 100 euros s’échange désormais à 27 600 dinars à la vente, tandis qu’à l’achat, le cours s’établit à 27 400 dinars.
Une baisse atypique pour un mois de septembre
Cette baisse ponctuelle interpelle les observateurs, car le mois de septembre est historiquement propice à une appréciation des devises fortes sur le marché informel. Habituellement, cette période de rentrée se caractérise par une nette contraction de l’offre en billets verts et en euros.
Durant la saison estivale, l’afflux massif de ressortissants de la diaspora algérienne établis en Europe réinjecte d’importantes quantités de cash sur le marché local. Ces liquidités permettent d’absorber une grande partie de la demande interne. Or, avec l’achèvement des vacances et le retour progressif des émigrés vers leurs pays de résidence, cette source d’approvisionnement s’amenuise considérablement. En temps normal, ce tarissement de l’offre, combiné au maintien d’une forte demande pour les voyages d’affaires, les soins de santé ou la préparation de la rentrée universitaire à l’étranger, pousse mécaniquement les cours de l’euro vers le haut.
Un repli motivé par une triple incertitude
Pourtant, la tendance s’est inversée ce mardi. Contacté par Maghreb Émergent, un cambiste opérant sur ce marché explique ce repli inhabituel par une combinaison de trois facteurs majeurs qui sont venus paralyser temporairement la demande.
En premier lieu, un climat d’inquiétude prévaut au sein des réseaux d’importation. Les opérateurs du commerce du cabas, totalement dépendants du marché parallèle pour financer leurs achats à l’étranger, redoutent un durcissement imminent des contrôles et des conditions d’exercice de leur activité. Cette incertitude pousse de nombreux commerçants à suspendre temporairement leurs opérations ainsi que leurs acquisitions de devises.
À cela s’ajoute l’impact direct des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La reprise des attaques des rebelles Houthis contre l’Arabie saoudite sème la panique chez les agences de voyages spécialisées dans l’organisation des séjours de Omra. La crainte d’annulations massives de départs et de réservations hôtelières réduit immédiatement les besoins en devises des voyagistes et des candidats à la Omra.
Enfin, la sphère des affaires subit le contrecoup des développements diplomatiques récents. La décision des hautes autorités du pays de rompre les relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis incite les hommes d’affaires et les habitués des circuits commerciaux vers le Golfe à la plus grande retenue. Dans l’attente d’une meilleure visibilité, la plupart préfèrent geler leurs transactions informelles.
Si la conjoncture politique et réglementaire actuelle freine l’achat de devises à court terme, la rareté structurelle de l’offre liée au départ de la diaspora pourrait rapidement reprendre le dessus dès que la visibilité sera rétablie pour les opérateurs économiques.


