Rapport du FMI : l’équation complexe d’une diversification tirée par l’État

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Image du Fonds monétaire international (FMI), Focus Pays — « Créer les conditions propices à une diversification durable en Algérie » (novembre 2026).
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À l’issue des consultations de 2026 au titre de l’article IV, le Fonds monétaire international (FMI) dresse un bilan contrasté de la trajectoire économique algérienne. D’un côté, l’activité fait preuve d’une robustesse indéniable, portée par les investissements publics et par le dynamisme du secteur hors hydrocarbures. De l’autre, la persistance de déficits budgétaires et extérieur importants fragilise les équilibres macroéconomiques de la nation, imposant des ajustements structurels rigoureux.

Sur le front de la production, la stratégie nationale de diversification commence à porter ses fruits. Le secteur hors hydrocarbures maintient un rythme de croissance soutenu, affichant 4,3 % en 2024 et 2025, avant de passer à 4,0 % en 2026. Des filières stratégiques telles que l’agriculture, l’industrie manufacturière, le secteur minier ainsi que la production de ciment, d’engrais, de fer et d’acier connaissent une expansion notable, soutenue par le déploiement du guichet unique de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et un cadre législatif rénové.

Cependant, l’analyse approfondie des services du FMI révèle que cette croissance demeure essentiellement « axée sur le capital » et « extensive ». Elle s’appuie principalement sur l’accumulation massive de capital physique et le déploiement de grands projets d’infrastructure financés par l’État. En revanche, la productivité totale des facteurs (PTF) — véritable moteur d’une croissance autonome et pérenne à long terme — affiche une contribution négative. L’économie algérienne continue de transformer un niveau élevé d’investissement public en gains de croissance relativement modestes, comme l’atteste le niveau élevé du coefficient marginal de capital.

En outre, les hydrocarbures représentent toujours environ 89 % du total des exportations de marchandises, ce qui maintient une vulnérabilité directe à la volatilité des cours mondiaux de l’énergie. Si les autorités algériennes prévoient une pleine matérialisation des retombées de leurs projets structurants après 2028, le FMI souligne l’urgence de passer à un modèle d’expansion « intensive », davantage axé sur les gains de productivité et sur la compétitivité du secteur privé.

Rétablir la discipline budgétaire : un ajustement impératif

Pour préserver la viabilité des finances publiques, gravement entamée par l’épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR) en 2024 et l’envolée de la dette centrale — estimée à 52,1 % du PIB en 2025 —, l’institution de Washington recommande un plan d’ajustement budgétaire progressif mais déterminé.

Le FMI préconise un effort supplémentaire d’environ 5 % du PIB hors hydrocarbures sur la période 2026–2029 par rapport au scénario de référence. Cet ajustement permettrait de stabiliser la dette brute de l’administration centrale autour de 63 % du PIB à moyen terme, évitant ainsi une dérive vers près de 80 % du PIB à l’horizon 2031.

Pour y parvenir, les recommandations fondamentales s’articulent autour de deux piliers : d’abord, la mobilisation des recettes hors hydrocarbures (rationalisation des dépenses fiscales et des exonérations de TVA, réforme de la fiscalité minière et amélioration du recouvrement de l’impôt), ensuite la rationalisation des dépenses publiques, passant par la hiérarchisation des projets d’investissement, le recentrage des transferts vers les entreprises publiques et la mise en œuvre progressive d’une réforme des subventions énergétiques universalistes, assortie de transferts monétaires ciblés destinés à protéger les ménages les plus vulnérables.

Ancrage monétaire, maîtrise de l’inflation et flexibilité du change

Sur le plan monétaire, l’accélération de l’inflation globale au premier semestre 2026 — atteignant 5,2 % en avril 2026 contre 1,4 % en 2025 — invite à une vigilance accrue. Bien que ce rebond soit en partie imputable à la hausse des prix des denrées alimentaires et de la bijouterie, le FMI préconise un resserrement de la politique monétaire si les pressions inflationnistes s’élargissent. L’institution invite la Banque d’Algérie à instaurer une faible inflation comme ancrage nominal clair, tout en renforçant son indépendance opérationnelle. Elle insiste notamment sur l’impératif de limiter le financement monétaire direct du déficit public à des circonstances strictement exceptionnelles, afin de préserver la crédibilité de la monnaie.

Enfin, la politique de change constitue un levier d’ajustement crucial. Les évaluations du FMI mettent en évidence une surévaluation notable du dinar sur le marché officiel — estimée à environ 30 % par le modèle de compte courant — ainsi qu’une prime élevée sur le marché parallèle, atteignant 80 % début 2026. L’institution préconise d’accroître la flexibilité du taux de change officiel afin de renforcer la capacité d’absorption des chocs extérieurs de l’économie, de stimuler la compétitivité des exportations hors hydrocarbures et de réduire le désalignement de la monnaie nationale. Combinée à un resserrement des politiques macroéconomiques et à un assouplissement de la compression des importations, cette flexibilité contribuera à réduire durablement l’écart avec le marché parallèle.

En conclusion, le FMI estime que l’Algérie se trouve à une croisée des chemins : transformer les investissements physiques réalisés ces dernières années en gains de productivité réels exige d’accélérer les réformes structurelles, d’instaurer une rigueur budgétaire renouvelée et de libérer l’initiative privée.

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