Dans son entrevue périodique diffusée le 3 octobre, le président Abdelmadjid Tebboune a déroulé un récit économique d’assurance : un PIB de 400 milliards de dollars « envisageable » fin 2026 ou début 2027, une croissance supérieure à 4 % et un objectif de recettes annuelles stables d’au moins 50 milliards de dollars hors hydrocarbures. Un discours qui répond au FMI, dont le rapport du 21 septembre table sur 3,8 % de croissance en 2026.
Le principal point de friction concerne les réserves de change. Le Fonds les voit passer de 51 milliards de dollars en 2025 à 46,5 milliards en 2026, puis à 19,8 milliards en 2031. Le chef de l’État affirme qu’elles resteront à un « niveau acceptable » et exclut tout recours à l’endettement. L’argument porte sur un point, la dette extérieure étant quasi nulle (1,1 % du PIB en 2025 selon le FMI), mais il n’adresse pas l’alerte centrale : un déficit budgétaire de 9,6 % du PIB en 2026, financé en partie par la Banque d’Algérie à hauteur de 5,5 % du PIB.
C’est dans ce cadre qu’il faut lire l’engagement de concrétiser en 2027 les 53 % restants du plan de doublement des salaires, après une hausse cumulée de 47 %. Les crédits seront inscrits au budget de l’an prochain, en une ou deux tranches selon la situation financière. Le président dit lui-même que les hausses devront s’accompagner de recettes supplémentaires pour éviter une poussée inflationniste. La promesse sociale dépend donc de revenus hors hydrocarbures encore à démontrer.
L’optimisme au bout du guichet unique
Les annonces d’investissement appellent la même prudence. Les plus de 20 000 projets enregistrés auprès de l’AAPI représentent plus de 9 000 milliards de dinars, soit environ 67,5 milliards de dollars, mais c’est une valeur déclarée, non des investissements réalisés. Le président cite aussi 300 projets à capitaux étrangers.
Le volet fraude est plus concret. Début septembre, le ministère du Commerce extérieur a signalé que 3 961 opérateurs de zéro à cinq salariés avaient demandé pour 130,32 milliards de dollars d’importations. Tebboune évoque 581 entreprises ayant fourni de fausses informations, certaines à une même adresse à Ouled Fayet, dont les dossiers seront transmis à la justice. Le ministère dit avoir confirmé sur le terrain plusieurs entreprises fictives, mais l’ensemble reste à établir par l’instruction.
Côté social, le président revendique plus de deux millions de logements livrés et 1 200 milliards de centimes d’indemnisations versées aux victimes des incendies. Mais le vrai test sera 2027 : pour imposer sa trajectoire face à celle du FMI, Alger devra publier des chiffres vérifiables sur les exportations hors hydrocarbures, les recettes et les réserves.



