Algérie : réformes, dinar, réserves de change…un ancien du FMI recadre le débat

Dix jours après la publication de l'évaluation annuelle du FMI sur l'Algérie, la projection d'une chute des réserves de change à 19,8 milliards de dollars en 2031 domine les commentaires. Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller au Fonds, rappelle que ce chiffre émane des services de l'institution, et non de son Conseil ou du gouvernement. Selon lui, la consultation au titre de l'article IV ne retire rien à la souveraineté économique du pays.

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Le conseil d'administration du FMI a conclu le 11 septembre les consultations de 2026 au titre de l'article IV avec l'Algérie. Illustration : (crédit / Maghreb Emergent)

Abdelrahmi Bessaha connaît bien la maison. Ancien conseiller au Fonds monétaire international, il en a pratiqué les rouages et sait lire ce qui se cache derrière un communiqué de Washington. Cette expérience donne un poids particulier à son regard sur l’évaluation de l’Algérie publiée le 21 septembre, qui a suscité un flot de commentaires. Un chiffre en est ressorti, celui des réserves officielles de change, estimées à 51 milliards de dollars fin 2025 et projetées à 19,8 milliards en 2031, soit un recul de 61 %.

D’un titre à l’autre, cette projection a pris des allures de sentence, parfois même d’ordre donné à Alger. Elle n’engage pourtant que les services du Fonds. Dans une note consacrée à la consultation au titre de l’article IV, l’économiste remet chaque acteur à sa place et rappelle que les choix de politique économique restent l’affaire des autorités du pays.

L’article IV des Statuts du Fonds organise la surveillance de ses 191 pays membres, dont l’Algérie, adhérente depuis le 26 septembre 1963. Le rendez-vous est en principe annuel et concerne tous les États, qu’ils sollicitent un financement ou non. Bessaha y voit « un exercice ordinaire de surveillance économique », sans lien avec les programmes d’assistance que négocie un pays confronté à une crise de la balance des paiements. La nuance pèse lourd à Alger. L’accord de 1994 avec le Fonds et le rééchelonnement de la dette qui l’accompagnait y restent synonymes de choix économiques dictés de l’extérieur. La procédure qui vient de s’achever n’a rien de comparable.

Cette année, la mission conduite par Charalambos Tsangarides a séjourné à Alger du 16 au 30 juin. Ses économistes ont rencontré le gouvernement et la Banque d’Algérie, mais aussi des chefs d’entreprise et des universitaires, de quoi confronter les statistiques officielles à la réalité du terrain. L’essentiel du travail reste technique. Il s’agit de bâtir un cadre où la croissance prévue reste compatible avec les recettes budgétaires attendues, les importations et le niveau des réserves.

« Le cadre macroéconomique ne constitue donc pas une simple juxtaposition de prévisions », insiste l’ancien conseiller. C’est de ce cadre que sont tirés les chiffres de 2031. Rendues publiques le 6 juillet, les conclusions préliminaires de la mission plaidaient déjà pour un ajustement budgétaire important.

Des rôles souvent confondus

Le malentendu vient d’une lecture qui mêle trois positions pourtant distinctes, celle des services du FMI, celle des autorités nationales et celle du Conseil d’administration. Ce dernier réunit 25 administrateurs élus et ne se confond pas avec le Conseil des gouverneurs, où siège chaque État membre. Il a conclu la consultation algérienne le 11 septembre en approuvant les grands axes de l’évaluation des services. Mais son appréciation, prévient Bessaha, « doit être distinguée de l’analyse initialement formulée par les services du FMI ».

Les autorités suivent l’ensemble du processus sans être tenues d’en accepter les conclusions. Le change est sans doute le terrain le plus sensible, car le Conseil plaide pour un dinar plus flexible afin de réduire la prime du marché parallèle. « Ces divergences font partie intégrante du dialogue et doivent être présentées de manière transparente dans les documents soumis au Conseil d’administration », souligne Bessaha. C’est l’administrateur représentant l’Algérie qui les porte, et sa déclaration accompagne, selon lui, le rapport publié le 21 septembre. Sur d’autres dossiers, les positions se rejoignent. Le Conseil a ainsi félicité Alger pour la rapidité de son retrait de la liste grise du GAFI, obtenu en juin.

La publication de ces documents reste soumise au consentement des autorités, comme celle du communiqué de fin de mission. Le Fonds peut aussi, à leur demande, apporter une assistance technique. La Banque d’Algérie a ainsi présenté en février un modèle de projection macroéconomique développé avec son appui.

Le prochain examen est attendu dans douze mois, et d’ici là rien n’oblige Alger à suivre la feuille de route du Fonds. Les autorités « peuvent accepter certaines recommandations du FMI, en écarter d’autres ou retenir un calendrier différent pour leur mise en œuvre », écrit Bessaha. Mais les États membres, précise-t-il, « doivent en assumer les conséquences ». Si les réserves suivent la courbe tracée à Washington, le FMI ne pourra donc pas en être tenu pour responsable.

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