Entretien exclusif – Les exportations agricoles américaines vers l’Algérie ont atteint 444 millions de dollars en 2025, selon Rhiannon Elms

Les exportations agricoles américaines vers l’Algérie ont atteint 444 millions de dollars en 2025, leur plus haut niveau depuis vingt ans, selon l’ambassade des États-Unis, et le soja en représente à lui seul 275 millions. L’ouverture récente du marché algérien aux bovins laitiers, à la génétique bovine et aux ovins destinés à l’abattage prolonge cette relation.

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Rhiannon Elms, attachée agricole de l’ambassade des États-Unis à Alger. (DR)
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Dans cet entretien accordé à Maghreb Émergent, Rhiannon Elms, attachée agricole de l’ambassade des États-Unis, revient sur le projet Baladna à Adrar, pour lequel environ 30 000 vaches laitières américaines pourraient être livrées dès la fin de l’année, et sur les 1 450 systèmes d’irrigation que Valmont Industries devrait fournir à la ferme entre 2026 et 2029. Elle détaille aussi les programmes de formation et de mise en relation des entreprises, présente les bases de données publiques sur les échanges agricoles et aborde la question de la sécurité alimentaire face à la hausse des prix des produits agricoles.

Comment se présente aujourd’hui la coopération agricole entre les États-Unis et l’Algérie ?

L’agriculture américaine nourrit et approvisionne le monde, et nous sommes fiers de mettre cette force au service de notre coopération avec l’Algérie. Depuis les premières années de l’indépendance, les Algériens ont pu compter sur les agriculteurs américains pour leur fournir des produits fiables et de grande qualité. De leur côté, les agriculteurs, éleveurs et producteurs américains ont trouvé en l’Algérie un partenaire de confiance.

Comme l’a souligné le secrétaire d’État Marco Rubio à l’occasion de la fête nationale algérienne, notre relation bilatérale a réalisé des avancées significatives dans le domaine économique. L’agriculture contribue largement à ce progrès. En 2025, les exportations agricoles américaines vers l’Algérie ont atteint 444 millions de dollars, soit leur plus haut niveau depuis 20 ans. Les États-Unis proposent une expertise d’excellence à chaque maillon de la chaîne de valeur agricole :

Depuis plusieurs années, les exportations américaines de soja vers l’Algérie sont en hausse tirées par la demande croissante d’aliments pour animaux à mesure que les secteurs algériens de la volaille et de l’élevage se développent. Les exportations américaines de soja et de produits dérivés ont atteint 275 millions de dollars en 2025, et les chiffres de 2026 devraient battre ce record. Les États-Unis sont également un fournisseur fiable de maïs destiné à l’alimentation animale et de blé dur. Les exportations américaines de maïs et de blé sont en passe de connaître une bonne année en 2026, soutenant l’industrie alimentaire algérienne et ses objectifs de sécurité alimentaire.

Notre coopération est aussi prometteuse dans la transformation et alimentation animale : Les usines algériennes de trituration transforment le soja américain. Elles créent des emplois en Algérie et de la valeur ajoutée pour l’économie nationale, tout en fournissant aux filières de l’élevage et de l’aviculture des aliments riches en nutriments.

Dans le domaine génétique et de l’élevage, Le ministère de l’Agriculture a récemment accepté d’ouvrir le marché aux ovins américains destinés à l’abattage, et nous nous réjouissons à la perspective de poursuivre les discussions pour proposer d’autres produits américains aux Algériens. Cette décision fait suite à celle prise par le ministère d’ouvrir le marché algérien aux bovins laitiers américains et à la génétique bovine américaine.

Par ailleurs, Les entreprises américaines possèdent une expertise technologique reconnue dans la conception et la fabrication de matériel destiné à optimiser les rendements. A titre d’exemple, Valmont Industries contribue au développement d’une agriculture moderne et à grande échelle en Algérie grâce à ses systèmes de pointe d’irrigation par pivot central. L’entreprise devrait fournir 1 450 systèmes d’irrigation Valley à la ferme laitière de Baladna entre 2026 et 2029. Ces équipements permettront d’améliorer l’efficacité de l’irrigation, d’accroitre les rendements et de renforcer la sécurité alimentaire de l’Algérie.

Les entreprises américaines manifestent un vif intérêt pour le marché algérien. Nous voyons de réelles opportunités dans l’irrigation par pivot, les solutions de chaîne du froid et l’agriculture intelligente faisant appel aux nouvelles technologies, alors que l’Algérie cherche à accroître sa production nationale, à améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau, à réduire les pertes après récolte et à renforcer sa sécurité alimentaire.

Existe-t-il des programmes d’appui technique ou de formation destinés aux acteurs algériens du secteur agricole ?

Le partage des connaissances est au cœur de notre partenariat. Les États-Unis sont à la pointe mondiale de l’innovation, de la productivité et de la recherche agricoles, et nous sommes heureux de pouvoir partager cette expérience avec nos partenaires algériens.

Par exemple, cet été, l’ambassade des États-Unis a accueilli des responsables algériens des secteurs de l’agriculture et de l’industrie dans le cadre d’un séminaire technique d’une semaine consacré à la transformation des oléagineux et à la production d’aliments pour animaux. L’événement fut organisé conjointement par le département américain de l’Agriculture (USDA), le U.S. Soybean Export Council (USSEC), le Soybean Innovation Lab et l’Université du Missouri. Les experts algériens et américains ont échangé leurs bonnes pratiques et exploré les moyens de renforcer les capacités de l’Algérie en matière de transformation des oléagineux et de production d’aliments pour animaux.

Dans le cadre du Programme de leadership pour visiteurs internationaux (IVLP), des experts agricoles algériens se rendent chaque année aux États-Unis afin de découvrir sur le terrain les meilleures pratiques américaines dans des exploitations agricoles, des entreprises agroalimentaires, des instituts de recherche et des universités.

Après l’ouverture du marché algérien aux vaches laitières et au matériel génétique bovin américains, quelles sont les prochaines étapes prévues ?

Un nouveau chapitre s’ouvre dans notre partenariat de longue date, fondé sur un commerce équitable et réciproque, source de prospérité pour nos deux pays. La prochaine étape importante sera la livraison de premières vaches laitières américaines au projet Baladna, à Adrar. Outre le matériel génétique bovin déjà utilisé dans les exploitations agricoles algériennes pour élever des vaches laitières à haut rendement, ces ouvertures de marchés s’inscrivent dans la continuité de plusieurs décennies d’échanges commerciaux de céréales, d’oléagineux et d’autres produits américains sur lesquels comptent déjà les consommateurs et les industries algériens.

Où en est le projet d’importation de vaches laitières américaines dans le cadre du projet Baladna ?

L’accord signé en avril 2026 entre Baladna et des fournisseurs américains de bétail porte sur environ 30 000 vaches laitières provenant de neuf États américains : l’Arizona, la Californie, le Colorado, l’Idaho, l’Indiana, l’Iowa, le Kansas, le Nouveau-Mexique et le Texas.

Grâce à des efforts soutenus, la filière américaine de l’élevage est désormais prête à livrer, dès la fin de l’année, le premier lot de vaches à la ferme laitière de Baladna, dans la wilaya d’Adrar. Ces livraisons permettront aux consommateurs algériens de bénéficier de la génétique bovine américaine de grande qualité et du savoir-faire laitier des États-Unis.

Quels sont les autres projets en cours de réalisation ou programmés entre les deux pays ?

L’Algérie et les États-Unis poursuivent un dialogue sur de nouvelles possibilités de coopération. Des entreprises américaines spécialisées dans la biotechnologie, l’alimentation animale, les équipements et d’autres secteurs explorent les possibilités offertes par le secteur agricole algérien.

Les entreprises américaines disposent de l’expertise, des connaissances et des technologies nécessaires pour répondre aux besoins de l’Algérie et l’aider à atteindre ses objectifs en matière de sécurité alimentaire tout au long de la chaîne de valeur. Nous continuerons à travailler avec nos partenaires algériens pour transformer ces opportunités en projets concrets.

Nous préférons laisser aux entreprises le soin d’annoncer elles-mêmes leurs nouveaux projets, mais nous poursuivrons nos efforts pour faciliter les mises en relation entre entreprises et pour soutenir les négociations.

Quelles technologies américaines sont prioritaires pour le contexte algérien, et comment faciliter leur adoption par les exploitants locaux ?

Les États-Unis proposent un large éventail de technologies agricoles de pointe susceptibles d’aider l’Algérie à augmenter sa production, à améliorer sa productivité, à préserver les ressources en eau et à renforcer sa sécurité alimentaire.

Les domaines prioritaires comprennent l’irrigation de précision et la gestion de l’eau, la mécanisation agricole, l’agriculture intelligente et numérique, les biotechnologies agricoles, l’élevage et la nutrition animale, ainsi que les technologies de chaîne du froid après récolte.

L’ambassade des États-Unis encourage les entreprises algériennes à explorer ces technologies dans le cadre de partenariats commerciaux, d’importations d’équipements, de la fabrication locale, de coentreprises et de la coopération technique avec des fournisseurs américains. Les technologies américaines aident l’Algérie à produire davantage localement. Le Service commercial de l’ambassade américaine met en relation importateurs et distributeurs algériens, entreprises agricoles et fournisseurs américains par plusieurs canaux concrets. Les programmes proposés aux entreprises algériennes et américaines comprennent notamment :

Grâce à ce programme proposé par le Service commercial, des importateurs et représentants d’entreprises algériens peuvent participer à de grands salons professionnels et à des expositions sectorielles aux Etats Unis. Ils ont ainsi l’occasion de rencontrer directement des fabricants américains, de découvrir des technologies innovantes, de comparer différentes solutions, de nouer des relations commerciales et d’explorer des possibilités d’accords de distribution, de partenariats d’investissement et de joint-ventures.

Les salons concernés peuvent notamment être de grands évènements professionnels consacrés au machinisme agricole, à l’irrigation, à la production animale, à la transformation alimentaire et aux technologies agricoles. La participation à ces événements peut aider les entreprises algériennes à identifier des fournisseurs adaptés à leurs besoins et à évaluer les technologies directement sur place.

L’ambassade utilise également la plateforme Express Leads pour présenter les opportunités de projets en Algérie et informer les entreprises américaines des possibilités de coopération. Cela permet aux entreprises américaines de repérer des opportunités commerciales pertinentes et réfléchir à la manière dont leurs produits, leurs technologies et leur expertise pourraient répondre aux besoins de partenaires algériens. Pour les entreprises algériennes qui développent des projets agricoles, ce canal peut contribuer à faire connaître leurs opportunités auprès de fournisseurs américains et à encourager ces derniers à envisager des partenariats potentiels.

Assistance commerciale directe et sur mesure : Les entreprises algériennes peuvent aussi contacter le Service commercial de l’ambassade des États-Unis pour leur faire part de leurs besoins spécifiques. Le Service peut les aider à identifier des fournisseurs américains adaptés, faciliter les mises en relation et favoriser le développement de partenariats commerciaux. Il organise des rencontres d’affaires avec des acheteurs et partenaires algériens et coordonne un accès ciblé aux principaux acteurs du secteur.

Le dernier rapport du département d’État américain sur le climat des investissements en Algérie a soulevé le problème qui fait l’actualité en Algérie, à savoir la flambée des prix des produits agricoles. Les acteurs américains ont-ils des solutions à proposer à leurs partenaires algériens pour y remédier ?

La sécurité alimentaire est une priorité commune, et les entreprises et les produits américains peuvent contribuer à atteindre cet objectif. Les États-Unis approvisionnent de façon fiable et régulière le marché algérien en blé de grande qualité, notamment en blé dur, ainsi qu’en maïs, en soja, en fruits à coque et en bien d’autres produits. Les producteurs américains sont prêts à approvisionner les minoteries et les fabricants algériens en céréales. Le maïs et le soja américains fournissent aux filières avicole et d’élevage des aliments pour animaux sûrs et riches en protéines. Les fruits à coque américains, entre autres produits, offrent davantage de choix aux consommateurs algériens et contribuent au développement de l’industrie agroalimentaire.

L’objectif de l’Algérie de diversifier son économie rejoint les points forts américains dans le domaine de l’agriculture de pointe. Depuis les années 1960, les États-Unis entretiennent avec l’Algérie des relations commerciales agricoles fondées sur l’équité et la fiabilité, et nous souhaitons renforcer davantage ce partenariat.

Quelles données ou analyses sont publiées sur les échanges agricoles entre les États-Unis et l’Algérie, et comment les acteurs algériens peuvent-ils y accéder ?

Le Service agricole extérieur (Foreign Agricultural Service, FAS) du département américain de l’Agriculture publie les données sur le commerce agricole américain à travers son système GATS (Global Agricultural Trade System). Le GATS s’appuie sur les statistiques officielles du Bureau du recensement des États-Unis (U.S. Census Bureau) concernant les échanges avec chacun des partenaires commerciaux du pays, dont l’Algérie.

Ces données sont accessibles gratuitement à tous sur le site apps.fas.usda.gov/gats. Le FAS publie également des rapports sur le marché et les produits agricoles algéries à travers son réseau GAIN (Global Agricultural Information Network). Ces ressources permettent aux acheteurs d’accéder aux données commerciales et à une information transparente, contribuant ainsi à des échanges commerciaux équitables et transparents.

En quelques mots, comment voyez-vous l’avenir de cette coopération ?

Depuis plus de soixante ans, les agriculteurs américains sont fiers de leur partenariat avec l’Algérie. Notre partenariat repose sur les qualités qui distinguent l’agriculture américaine : transparence, fiabilité, et des produits sûrs et nutritifs répondant à des normes fondées sur des données scientifiques. Nos données commerciales sont publiques, et nos producteurs offrent une qualité constante de produits année après année. Cette prévisibilité permet aux entreprises algériennes de planifier leurs activités en toute confiance et offre aux agriculteurs américains un partenaire fiable de longue date.

Nous entendons poursuivre notre travail avec l’Algérie afin de garantir que les échanges commerciaux restent équitables, réciproques et prévisibles pour les producteurs et les acheteurs des deux pays. Alors que l’Algérie poursuit ses objectifs en matière de sécurité alimentaire et de diversification économique, les États-Unis resteront un partenaire stable et fiable, et nous nous réjouissons à la perspective des soixante prochaines années de coopération qui profiteront à nos deux pays.

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