Le projet de loi de finances (PLF) 2027 retient pour l’an prochain un produit intérieur brut (PIB) nominal de 53 122 milliards de dinars, quand le Fonds monétaire international (FMI) en attend 45 041 milliards. L’écart, de 8 081 milliards de dinars, représente près de 18 % de la projection du Fonds et environ 62 milliards de dollars au taux de 131 dinars pour un dollar retenu par l’économiste Abdelrahmi Bessaha. Dans une note complémentaire à son étude sur le PLF 2027, cet ancien conseiller du FMI demande au ministère des Finances comme aux services du Fonds d’expliquer la divergence, sans présumer que l’une des deux institutions ait raison.
Un écart né en un an
La projection du FMI ne détonne pas avec celles d’Alger d’il y a un an. Le PLF 2026 prévoyait pour 2027 un PIB de 45 018 milliards de dinars, à 23 milliards près le chiffre que le Fonds a publié le 21 septembre. L’écart actuel correspond donc presque exactement à la révision opérée par les autorités entre les deux lois de finances, soit 8 104 milliards de dinars ou 18 %. D’après les rapports de présentation que cite l’économiste, la prévision de PIB pour 2027 est passée de 41 859 milliards de dinars dans le PLF 2025 à 53 122 milliards dans le PLF 2027, soit près de 27 % de plus en deux exercices.
La croissance réelle n’explique guère cette révision, puisque les taux retenus ont à peine bougé, à 4,4 % pour 2025, 4,3 % pour 2026 et 4,2 % pour 2027. Selon la décomposition de l’économiste, près des trois quarts de l’écart avec le FMI existent déjà en 2026. Les volumes en expliquent 7 %, la croissance réelle atteignant 4,2 % dans le PLF contre 3,1 % chez le FMI, et les prix 19 %, l’écart entre les déflateurs du PIB, qui mesurent l’évolution des prix de la production intérieure, approchant 3,1 points.
Le rebasage des comptes nationaux de l’Office national des statistiques (ONS), publié en mars 2024, avait relevé de 12,8 % le PIB de 2022. « Une réévaluation statistique du PIB ne constitue pas une création supplémentaire de richesse », écrit l’économiste, qui salue le travail de l’ONS mais juge l’opération trop ancienne pour expliquer à elle seule un écart apparu en 2026 et en 2027. Les chiffres de 2023, 2024 et 2025 n’ont d’ailleurs pas connu de révisions d’une ampleur comparable. Pour sa part, écrit-il, « malgré l’examen attentif de toutes les données disponibles, nous ne disposons pas, à ce stade, d’une explication suffisamment claire et documentée permettant de réconcilier des projections aussi divergentes du PIB nominal algérien ».
Des questions plutôt que des réponses
La chronologie nourrit une partie des interrogations. Les services du FMI ont séjourné à Alger du 16 au 30 juin, le Fonds a publié ses projections le 21 septembre et le Conseil des ministres a adopté le projet de loi de finances le 4 octobre. « Les données ayant conduit aux révisions nationales étaient-elles disponibles lors des travaux du FMI ? », demande l’économiste, qui s’enquiert aussi d’une éventuelle actualisation des projections du Fonds. En tant que membre, rappelle-t-il, l’Algérie accompagne l’équipe du FMI tout au long de la consultation et peut consigner toute divergence statistique dans le rapport final, dont elle doit autoriser la publication.
L’enjeu dépasse la statistique, car le PIB sert de dénominateur aux principaux ratios budgétaires. Le déficit de 8 631,5 milliards de dinars prévu pour 2027 représente 16,25 % du PIB retenu par le projet. « Une projection plus élevée du PIB peut ainsi réduire mécaniquement le poids apparent des déséquilibres budgétaires, sans modifier les montants effectifs des dépenses, des recettes ou des besoins de financement de l’État », écrit Abdelrahmi Bessaha.
Le texte doit être soumis au vote de l’Assemblée populaire nationale le lundi 16 novembre.



