Le groupe de hackers Jabaroot a ainsi rendu publiques les données personnelles de quelque 70 000 agents de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Une compromission en partie authentifiée par le journal El Confidencial auprès d’anciens agents, qui intervient en pleine crise entre Madrid et Rabat autour de Ceuta, alors que les pirates menacent de révéler les noms de ceux qui auraient orchestré l’opération migratoire.
Une fuite d’une ampleur historique
Les documents mis en ligne comprennent des numéros de carte d’identité nationale, des matricules administratifs et des années de recrutement de personnes présentées comme appartenant aux services de renseignement intérieur et à la police marocaine. Une seconde liste, portant sur environ 1 400 profils, intègre également des grades et des données bancaires.
El Confidencial rapporte avoir confirmé auprès d’anciens agents l’appartenance à la DGST de plusieurs figures de premier plan, parmi lesquelles le directeur des ressources humaines, le directeur adjoint du contre-espionnage et le responsable de la Cellule de recherche. Le média estime que ces données, dont le volume total dépasse 70 000 noms selon les estimations relayées en Espagne, auraient été accumulées avant d’être diffusées. Cette brèche constitue l’une des plus graves qu’ait subies l’appareil sécuritaire marocain.
Le « cadeau à l’Europe » et l’ombre de Ceuta
Présentant sa publication comme « le grand cadeau à l’Europe, et spécialement à l’Espagne », Jabaroot affirme que les profils exposés ont été employés dans le cadre d’opérations d’espionnage, d’écoute et de corruption sur le continent. Le groupe cherche surtout à accréditer la thèse selon laquelle les flux migratoires vers l’enclave de Ceuta relèvent d’une stratégie officielle de Rabat.
Cette divulgation coïncide avec la convocation à Madrid du Conseil de sécurité nationale pour examiner la situation dans l’enclave, près d’un mois après l’entrée massive de migrants fin juillet. L’exécutif espagnol suit de près la situation, avec la participation du CNI, de l’état-major de la Défense et des responsables de la sécurité nationale.
Une crise du renseignement
Le volet le plus sensible pourrait toutefois résider dans les annonces de Jabaroot, qui affirme détenir une liste supplémentaire identifiant les coordinateurs de l’opération de Ceuta, ainsi que des copies des ordres transmis aux agents déployés à Fnideq.
Depuis le début du mois d’août, le collectif multiplie les messages politiques- réclamant des excuses, un deuil national et la suspension des législatives marocaines prévues le 23 septembre-tout en ciblant directement Fouad Ali El Himma, conseiller du roi Mohammed VI, et Abdellatif Hammouchi, patron de la DGST et de la DGSN. Des accusations qui font écho aux révélations d’El Confidencial du 12 août sur l’existence d’un cercle restreint au sommet du pouvoir ayant laissé se développer les flux migratoires en guise de représailles politiques.
Comme le souligne Infobae, cet épisode s’inscrit dans un climat de « guerre froide » feutrée entre Madrid et Rabat, où la coopération étroite contre le terrorisme et le trafic de drogue cohabite avec une confrontation persistante dans le domaine du renseignement. Pour l’Espagne, l’accès à une telle base de données représente un enjeu considérable, d’autant que le groupe a également ouvert un nouveau front en évoquant publiquement l’affaire Pegasus et l’espionnage présumé des téléphones de membres de l’exécutif espagnol.
Un an de cyberattaques
Cette publication s’inscrit dans la continuité des actions menées par Jabaroot depuis 2025. Le groupe a successivement visé le personnel des palais royaux, les fichiers de la Sécurité sociale et les dossiers immobiliers de hauts responsables, notamment Nasser Bourita ou Yassine Mansouri.
Alors que l’identité réelle du groupe reste un mystère, la concrétisation des menaces de Jabaroot sur la chaîne de commandement de Ceuta ferait basculer la crise entre Madrid et Rabat d’un conflit essentiellement migratoire et diplomatique vers un terrain beaucoup plus sensible : celui de la sécurité d’État et du renseignement.



