Le groupe JabaROOT menace de divulguer les noms de milliers d’agents des services marocains

Après plus d’un an de fuites visant des institutions et de hauts responsables marocains, le groupe de hackers JabaROOT menace désormais de publier les noms de dizaines de milliers d’agents des services de renseignement. Depuis début août, il utilise également la crise de Ceuta pour mettre directement en cause plusieurs responsables de l’appareil sécuritaire marocain.

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Le mystérieux groupe jabaROOT menace de divulguer les noms des agents des services marocains (photo illustration)
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La crise de Ceuta permettra-t-elle de connaître les noms de tous les agents des services de renseignement marocains ? s’interroge jeudi El Confidencial, en évoquant la nouvelle menace de JabaROOT, un groupe de hackers qui perturbe depuis plus d’un an les institutions et les plus hauts responsables du royaume.

Pour donner du crédit à sa revendication, JabaROOT a publié mardi soir sur sa chaîne Telegram un échantillon d’une base contenant les noms et dates de naissance d’une vingtaine d’officiers de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dirigée par Abdellatif Hammouchi, également patron de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Le groupe affirme détenir une autre base contenant environ 70.000 noms et menace de la rendre publique.

La menace intervient après une série de fuites qui ont progressivement installé JabaROOT dans le paysage de la cybersécurité marocaine. Selon El Confidencial, les documents et bases de données publiés par le groupe sur Telegram se sont révélés authentiques. Son activité ne relève donc plus seulement de la revendication d’attaques : plusieurs de ses publications ont effectivement exposé des données issues d’institutions marocaines.

Une année de fuites

Depuis avril 2025, JabaROOT a publié des informations provenant de plusieurs organismes et concernant des responsables de premier plan. Parmi les données diffusées figurent notamment une liste de 3 400 employés des palais royaux, ainsi qu’une base concernant environ deux millions de personnes affiliées à la Sécurité sociale.

Le groupe a également diffusé des documents concernant le patrimoine immobilier de Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de Yassin Mansouri, directeur de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), et de Mohamed Raji, présenté comme le chef adjoint du service des écoutes téléphoniques de la DGST.

Ces fuites ont également eu des conséquences au sein du dispositif marocain de sécurité informatique. El Confidencial rapporte qu’en septembre, le général Mostafa Rabil, qui dirigeait alors la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information, a été limogé et remplacé par le général Abdellah Boutrig.

La nouvelle menace représente toutefois un changement d’échelle et de cible. Après avoir diffusé des données administratives et des informations concernant des responsables publics, JabaROOT affirme désormais avoir accès à des données permettant d’identifier directement des personnels des services de renseignement.

Ceuta comme nouveau terrain d’affrontement

Depuis le début du mois d’août, les publications de JabaROOT se sont greffées sur la crise de Ceuta. Le groupe met directement en cause plusieurs responsables de l’appareil sécuritaire marocain dans la gestion des événements liés à l’enclave espagnole et affirme disposer d’informations sur leurs activités et leurs communications.

En visant des responsables de la sécurité marocaine au moment où les relations entre Rabat et Madrid sont de nouveau sous tension autour de la gestion des flux migratoires, JabaROOT inscrit ainsi ses publications dans un dossier à forte portée politique et diplomatique.

Le RAMED, une autre base potentiellement massive

La menace visant les services de renseignement intervient parallèlement à de nouvelles révélations sur les données administratives dont JabaROOT affirmerait disposer. Le média espagnol Estrella Digital cite de son côté des sources de « haute fiabilité » qui lui ont confirmé que JabaROOT détenait la base complète de l’ancien régime d’assistance médicale RAMED, avec des données correspondant potentiellement à 17 millions de personnes. Le média affirme également avoir examiné des documents attribués au groupe contenant notamment des noms, numéros d’identité, dates de naissance et des références à la DGSN et à la DGST.

Le RAMED a été remplacé le 1er décembre 2022 par l’AMO-Tadamon, dans le cadre de la généralisation de l’assurance maladie obligatoire. La réforme a notamment impliqué le transfert de la base de données vers la CNSS. Les chiffres disponibles avant cette migration étaient variables : des documents antérieurs faisaient état d’environ 13 millions de personnes, tandis que la CNSS aurait reçu 10,83 millions de dossiers en décembre 2022. Le chiffre de 17 millions avancé par Estrella Digital pourrait, selon le média, correspondre à une base historique plus large.

L’élément nouveau et le plus sensible est ailleurs : après avoir ciblé des bases administratives, des entreprises publiques et des responsables de premier plan, JabaROOT menace désormais de rendre publiques les identités de dizaines de milliers de membres de l’appareil sécuritaire marocain. Si la base de 70 000 noms revendiquée par le groupe était authentifiée, elle constituerait une fuite d’une ampleur sans précédent parmi celles qui lui sont attribuées. À ce stade, seule une partie limitée des données a été rendue publique et l’existence de l’ensemble de la base reste à confirmer.

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