Dans un éditorial institutionnel signé par son Editorial Board — voix collective du Financial Times, qui exprime la position officielle du journal —, le quotidien britannique estime que la guerre en Iran est en train de basculer d’un risque géopolitique sous-estimé à une menace majeure pour l’économie mondiale.
Les marchés, initialement convaincus d’un conflit bref après les frappes américaines et israéliennes du 28 février, ont largement minimisé le risque d’un blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. Or, l’enlisement des hostilités et les attaques réciproques contre des infrastructures énergétiques régionales changent radicalement la donne.
Le scénario d’une fermeture prolongée du détroit ferait peser un choc pétrolier potentiellement plus sévère que ceux liés aux précédents conflits de 1973 ou à la révolution iranienne. Déjà, les prix du brut ont bondi d’environ 50 %, dépassant les 100 dollars le baril, avec des projections pouvant atteindre 150 dollars en cas de blocage durable — un seuil susceptible de précipiter une récession mondiale.
Le gaz est désormais à son tour touché. Les dégâts infligés au complexe de Ras Laffan au Qatar, plus grande installation mondiale de GNL, ont provoqué une flambée des prix en Europe et en Asie. Au-delà de l’énergie, les perturbations concernent aussi des matières critiques comme les engrais, l’hélium ou le soufre, menaçant des secteurs clés allant de l’agriculture aux semi-conducteurs.
Europe et Asie plus exposées
Face à ce choc, les grandes banques centrales — Réserve fédérale américaine, Banque centrale européenne et Banque d’Angleterre — ont choisi l’attentisme. Mais le dilemme est aigu : contenir une inflation énergétique durable sans étouffer une croissance déjà fragilisée. Les risques de correction des marchés financiers et de tensions sur les dettes souveraines augmentent.
L’impact sera inégal selon les régions. L’Europe, fragilisée par sa dépendance énergétique externe, apparaît particulièrement exposée, tout comme plusieurs économies asiatiques fortement tributaires du Moyen-Orient. Les pays en développement pourraient, quant à eux, subir des effets combinés sur les prix alimentaires et les flux financiers.
En conclusion, le Financial Times estime que, même en cas de désescalade rapide, la sécurité du détroit d’Ormuz restera une incertitude structurelle. La militarisation durable du Golfe pourrait redéfinir en profondeur les flux commerciaux, énergétiques et d’investissement à l’échelle mondiale.


