Landau à Alger : le numéro deux de la diplomatie US pour négocier énergie et sécurité

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Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint des États-Unis, lors d'une réunion multilatérale. © State Department

Le numéro deux du département d’État, Christopher Landau, arrive à Alger le 27 avril pour une visite centrée sur les partenariats commerciaux et la sécurité régionale. Trois mois après Massad Boulos, et dix jours après qu’il eut nommé publiquement le gaz de schiste et les minéraux critiques comme axes de négociation.

Le 27 janvier 2026, Massad Boulos était à Alger. Conseiller principal du président Donald Trump pour les affaires africaines et arabes, il était reçu par Abdelmadjid Tebboune au palais de la nation, en présence du ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab. La visite avait duré quelques heures. Elle avait surtout produit quelque chose de rare dans les relations algéro-américaines : une déclaration publique de Boulos, à la sortie de l’audience présidentielle, soulignant les «importantes potentialités d’élargissement des relations commerciales entre les deux pays».

Trois mois plus tard, le 27 avril, Christopher Landau atterrit à Alger. Numéro deux du département d’État, ancien ambassadeur au Mexique puis en Allemagne, il vient concrétiser ce que Washington avait laissé entendre depuis la rencontre de septembre 2025 entre Landau et le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, en marge de la 80e Assemblée générale des Nations unies.

Le communiqué du département d’État publié le 24 avril précise que la visite portera sur «l’approfondissement de la relation bilatérale», les «questions de sécurité régionale» et des «accords commerciaux significatifs avec des entreprises américaines». La formule est délibérément large. Ce n’est pas celle d’une visite de courtoisie.

«Des progrès dans les discussions»

Dix jours avant l’arrivée de Landau, le 17 avril, Boulos et Attaf se retrouvaient en marge du Forum diplomatique d’Antalya. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères indiquait que la rencontre avait permis de «passer en revue la dynamique positive marquant les relations algéro-américaines» et les «perspectives prometteuses offertes dans les différents axes du partenariat économique».

Le lendemain, Boulos publiait sur les réseaux sociaux un compte rendu qu’il qualifiait de «fructueux». Il y nommait trois dossiers explicitement : les ressources en gaz non conventionnel de l’Algérie, les «possibilités pour les entreprises américaines de soutenir le secteur des minéraux stratégiques», et le renforcement de la coopération antiterroriste et militaire.

Chevron et ExxonMobil mènent depuis l’été 2025 des négociations avancées avec Sonatrach pour obtenir chacun un périmètre d’exploitation non conventionnelle dans la région saharienne d’In Salah. Selon des sources proches du secteur citées par Maghreb Émergent, c’est l’architecture fiscale applicable aux projets non conventionnels qui bloquait encore la conclusion d’un accord définitif.

Les intérêts américains dans cette visite ne se résument pas à une ligne budgétaire. L’Algérie occupe la troisième place mondiale en termes de réserves récupérables de gaz de schiste, évaluées à environ sept cents mille milliards de pieds cubes selon Alnaft. Leur développement reste bloqué depuis les manifestations de 2015 contre la fracturation hydraulique dans le Sud algérien.

Sur le dossier des minéraux stratégiques, la loi minière révisée permet désormais aux compagnies étrangères de détenir jusqu’à 80 % d’un projet, contre 49 % auparavant, un changement perçu comme un signal d’ouverture adressé aux opérateurs internationaux.

Le Sahel aussi dans la valise de Landau

Le retrait américain du Niger en 2024 a reconfiguré la géographie sécuritaire du Sahel. Washington a perdu l’accès à la base aérienne d’Agadez, principal point d’appui de ses opérations de surveillance et de contre-terrorisme dans la région. Alger, qui partage près de mille kilomètres de frontière avec le Mali, le Niger et la Libye, et dont les services de renseignement militaire restent actifs sur l’ensemble du flanc sud, dispose désormais d’une position que Washington ne peut pas ignorer.

Le communiqué du département d’État cite les «questions de sécurité régionale» parmi les axes de la visite de Landau. Lors de sa venue en janvier, Boulos avait déjà évoqué, à la sortie de son audience avec Tebboune, «les efforts conjoints en faveur du soutien à la paix et à la stabilité, y compris dans la région du Sahel». Le post d’Antalya reprenait le même registre, en y ajoutant la «coopération militaire» comme axe distinct.

La séquence marocaine en regard

Le circuit de Landau ne s’arrête pas à Alger. Du 29 avril au 1er mai, il se rend à Rabat. Le même communiqué mentionne pour l’étape marocaine «l’avancement de la coordination technologique et spatiale» et la «relation de coopération sécuritaire de longue date». Washington entretient avec le Maroc un partenariat de défense formalisé, renforcé par les accords d’Abraham de décembre 2020 et la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Le communiqué ne mentionne pas le Sahara occidental parmi les sujets de l’étape algérienne. Alger soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et a jusqu’ici refusé toute pression américaine sur ce dossier, Washington ayant reconnu la souveraineté marocaine sur le territoire en décembre 2020. À Antalya, les deux parties avaient bien abordé le Sahara occidental selon le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, sans que le contenu de cet échange soit précisé. Ce que la tournée Landau préserve, en tout cas formellement, c’est la séparation entre le dossier territorial et les dossiers économiques.

Depuis Antalya, Boulos avait clos son post par une formule sur «notre objectif commun de sécurité régionale». Le département d’État, une semaine plus tard, employait une formulation presque identique. La répétition du même registre signe que le rapprochement algéro-américain a quitté le stade des déclarations.

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