Le fabuleux destin de Boualem Khoukhi, l’Algérien qui a enflammé le Qatar

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Boualem Khoukhi laisse éclater sa joie après avoir inscrit le but égalisateur face à la Suisse (1-1), le 13 juin 2026 au Levi's Stadium de Santa Clara. Le défenseur qatari d'origine algérienne offre au Qatar son tout premier point en Coupe du monde. (DR)

Le temps additionnel s’est affiché ce vendredi après-midi au Levi’s Stadium, et le public de Santa Clara retient son souffle. La Suisse, dominatrice depuis la 17e minute et son penalty signé Breel Embolo, est à quelques secondes d’empocher trois points qui semblent lui revenir de droit. C’est alors qu’Homam Ahmed centre depuis le couloir gauche, et qu’une silhouette s’élève au second poteau, plus haut que tout le monde, pour décocher une tête imparable dans les filets de Gregor Kobel.

Boualem Khoukhi vient d’entrer dans l’Histoire de la Coupe du monde. Le banc qatari envahit immédiatement la pelouse, les joueurs s’étreignent comme s’ils venaient de remporter une finale, et pour cause : ce but permet au Qatar d’effacer la déconvenue de 2022 -trois défaites en trois matches à domicile -et de récolter leur tout premier point dans la compétition planétaire.

Sur les réseaux sociaux, les rumeurs les plus extravagantes se mettent aussitôt à circuler, certains comptes affirmant que le Qatar Investment Authority allait offrir trois millions de dollars et une Rolls-Royce Phantom au buteur du soir. Un pur délire qu’aucune source officielle qatarie n’a confirmé, bien sûr. Mais un délire qui dit bien que le mythe Khoukhi, lui, est bien réel.

De Bou Ismaïl à Al-Arabi : naissance d’un destin

Boualem Khoukhi naît le 9 juillet 1990 à Bou Ismaïl, bourgade côtière de la wilaya de Tipaza, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. C’est à la JSM Chéraga, club de la banlieue ouest de la capitale, qu’il fait ses classes et ses premiers pas en équipe première lors de la saison 2009-2010.

Dans cette formation chéragienne, il côtoie un certain Islam Slimani, meilleur buteur en équipe nationale. Sa première saison est difficile, mais l’arrivée de Farid Zemiti sur le banc lui donne le déclic. Ses prestations attirent l’attention, et plusieurs clubs algériens, dont l’USM El Harrach, auraient manifesté leur intérêt. C’est finalement une offre qatarie qui l’emporte : Al-Shamal lui propose un contrat. Mais à peine débarqué au Qatar, le technicien allemand Uli Stielike, alors entraîneur d’Al-Arabi, flaire le potentiel exceptionnel du jeune milieu algérien et lui propose un essai. Khoukhi convainc immédiatement, signe et s’impose rapidement comme titulaire. Nous sommes en novembre 2009. Il a 19 ans.

Un palmarès doré et une reconversion en patron de défense

Pendant huit saisons à Al-Arabi, Khoukhi forge son football et entame la mue qui fera sa singularité : d’abord milieu récupérateur et relayeur, il glisse progressivement vers la défense centrale, position dans laquelle il va atteindre l’excellence à plus de 35 ans. Son transfert à Al-Sadd en 2017- dans un contexte de salaires impayés à Al-Arabi- marque un tournant décisif. Sous les couleurs du club le plus titré du Qatar, dont il partagera le vestiaire avec Baghdad Bounedjah, il remporte cinq championnats, trois Coupes de l’Émir et deux Coupes de la Ligue.

Avec 127 sélections et 23 buts internationaux, Khoukhi est désormais le cinquième joueur le plus capé de l’histoire du Qatar et l’auteur du but le plus important de l’histoire de sa sélection adoptive. Le nouvel héros de la sélection d’El Annabi a d’autant plus de mérite qu’il est parti de loin. « Si quelqu’un m’avait prédit à l’automne 2008, quand je l’ai croisé dans un match de juniors, que Khoukhi allait faire cette carrière-là, je l’aurais traité de fou », affirme le capitaine des U19 du MCA à l’époque. « Boualem était frêle et un peu rigide dans ses mouvements, mais il compensait avec une technique très sûre et un abattage à grand rayon d’action », se souvient un recruteur qui l’avait remarqué en supervisant Islam Slimani. Sa grande polyvalence et sa justesse dans le dernier geste ont fini de l’installer dans l’élite du football khaliji.

Le choix qui a tout changé

Quand la Fédération qatarie lui propose la naturalisation dès 2011, Khoukhi décline poliment. Il veut jouer pour l’Algérie. Il avait déjà intégré les équipes nationales de jeunes des Verts, les U-23, et la sélection olympique. Mais les portes de l’équipe A ne s’ouvrent pas. La concurrence au milieu de terrain algérien est alors particulièrement relevée- Guedioura, Feghouli, Bentaleb et, plus tard, Bennacer et Boudaoui occupent sa zone de jeu. Khoukhi fait alors un choix pragmatique : accepter la nationalité qatarie pour aider son club à respecter son quota de joueurs étrangers.

Une fois éligible, il est, à 23 ans, convoqué en 2013 par Djamel Belmadi, alors sélectionneur d’Al-Annabi. Il fait ses grands débuts officiels le 25 décembre 2013 face à la Palestine. Ce qu’il a perdu en romanesque algérien- la fierté de porter le maillot vert de son pays- il l’a converti en palmarès, en stabilité et en un but entré dans la légende un certain 13 juin 2026, à San Francisco. Peut-être aussi en un fabuleux butin de gloire si des récompenses individuelles lui arrivaient par-dessus le lot.

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