À l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang, célébrée chaque année le 14 juin, une session de formation destinée aux journalistes organisé samedi 13 juin à l’hôtel AZ de Kouba, à Alger. Cette rencontre, animée par le professeur Oussama Frigaa, chef du service du Centre d’hémobiologie et de transfusion sanguine du CHU Mustapha, visait à renforcer la sensibilisation autour du don du sang et à rappeler le rôle essentiel des médias dans la diffusion d’informations fiables sur cette pratique qui sauve des vies.
L’événement a réuni des journalistes de plusieurs médias nationaux autour d’échanges consacrés à la situation du don du sang en Algérie, aux défis du secteur et aux nouvelles perspectives de modernisation engagées dans ce domaine.
L’Algérie au-dessus de la moyenne africaine, mais des efforts restent nécessaires
Durant son intervention, le professeur Oussama Frigaa a insisté sur l’importance du don du sang régulier pour garantir la disponibilité des produits sanguins dans les établissements de santé. « Un médecin peut travailler pendant des années sans parvenir à sauver certaines vies. Un donneur de sang, lui, peut sauver plusieurs personnes grâce à un geste simple », a-t-il déclaré.
Selon lui, de nombreuses situations d’urgence sont directement liées à la disponibilité du sang au moment où les patients en ont besoin. Le spécialiste a indiqué que l’Algérie enregistre environ 15 donneurs pour 1 000 habitants. Un niveau supérieur à la moyenne africaine, estimée à environ 5 donneurs pour 1 000 habitants.
Pour autant, il estime que le travail de sensibilisation doit se poursuivre. « Le sang ne se fabrique pas. Il dépend exclusivement des donneurs. Chaque donneur est un maillon essentiel de la chaîne des soins », a-t-il affirmé. Les besoins concernent plusieurs spécialités médicales, notamment la chirurgie, les urgences, l’oncologie et la prise en charge des maladies chroniques. « Les donneurs réguliers restent le pilier de l’autosuffisance nationale en produits sanguins », a-t-il ajouté.
270 centres de collecte : l’OMS recommande davantage de centralisation
Le professeur Frigaa a également abordé la question de l’organisation du système de collecte du sang en Algérie. Il a rappelé que le pays dispose actuellement d’environ 270 centres de prélèvement répartis sur le territoire national. Selon lui, ce chiffre demeure particulièrement élevé comparé à plusieurs pays développés. « En Angleterre, en Espagne, en France ou en Allemagne, le nombre de centres est beaucoup plus réduit. Même le Maroc et la Tunisie disposent de moins de dix centres chacun », a-t-il expliqué.
Pour le spécialiste, cette dispersion pose la question du contrôle et du suivi de la qualité. « Est-il possible de contrôler efficacement 270 centres ? C’est une question importante », a-t-il souligné.
Il a rappelé que l’Organisation mondiale de la santé encourage aujourd’hui davantage de centralisation afin de renforcer la surveillance, la traçabilité et la sécurité des produits sanguins. Concernant le processus de don, il a insisté sur les mesures de sécurité appliquées avant chaque prélèvement.
« La sécurité commence avant même le prélèvement. Les réponses sincères aux questionnaires sont essentielles. Lorsqu’un centre décide de ne pas accepter un donneur, il ne s’agit pas d’un refus mais d’une mesure de prévention », a-t-il expliqué.
Vers une révolution numérique du don du sang
La modernisation du système de collecte a également occupé une place importante lors de cette rencontre. Le professeur Oussama Frigaa a présenté plusieurs initiatives numériques déjà engagées au niveau du Centre de transfusion sanguine du CHU Mustapha. Parmi elles, figure un système de prise de rendez-vous en ligne permettant aux donneurs de réserver leur créneau avant de se présenter au centre.
Cette solution vise à réduire les délais d’attente et à simplifier les démarches. Le donneur peut ainsi répondre à plusieurs questions préalables à distance avant son arrivée sur place.
Le responsable a également dévoilé plusieurs projets en préparation. L’un d’eux prévoit l’installation de codes QR dans différents espaces publics, notamment au niveau du métro d’Alger. Ces dispositifs permettront aux citoyens d’accéder directement aux plateformes de prise de rendez-vous et aux informations relatives au don du sang. Le spécialiste a rappelé que le don du sang constitue avant tout un geste de solidarité qui permet de sauver des vies, tout en offrant au donneur un suivi médical et des analyses de routine réalisées lors du processus.
L’après-midi, les participants ont poursuivi cette journée de sensibilisation par une visite du Centre de transfusion sanguine du CHU Mustapha Bacha. Cette immersion sur le terrain a permis aux journalistes de découvrir le parcours du donneur, les différentes étapes du prélèvement ainsi que les dispositifs mis en place pour garantir la sécurité et la qualité des produits sanguins destinés aux patients.


