Incendies, peine de mort : le FFS fustige la réponse “tout sécuritaire”

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Le Front des forces socialistes (FFS) monte au créneau contre la réponse des pouvoirs publics aux incendies meurtriers de cet été et contre le projet de rétablissement de la peine de mort pour les auteurs d’incendies volontaires. À l’ouverture de la session du conseil national du parti, ce vendredi à Alger, son premier secrétaire, Youcef Aouchiche, a dénoncé une gestion qu’il juge davantage tournée vers la répression que vers la prévention, avant de livrer une lecture sévère des dernières élections législatives et de fixer le cap pour les prochaines locales.

Revenant d’abord sur les incendies qui ont ravagé plusieurs wilayas, notamment Jijel, Béjaïa et Tizi-Ouzou, Aouchiche a rendu hommage aux victimes et aux familles sinistrées, évoquant « un été particulièrement dur, éprouvant et, par moments, dramatique ». Pour lui, cette tragédie a une nouvelle fois mis en évidence « les fragilités de notre pays et les défaillances structurelles de notre système de gouvernance ».

« Cette tragédie interroge la capacité des pouvoirs publics à appréhender les risques majeurs et met en lumière les défaillances structurelles dans leur gestion », a-t-il lancé, estimant que les incendies ne peuvent être appréhendés uniquement sous l’angle de la réponse à l’urgence.

Le premier secrétaire du FFS estime au contraire que « ce qui fait défaut, c’est une véritable politique publique de prévention, une culture de l’anticipation et, surtout, une gouvernance capable de tirer les leçons des crises au lieu de les gérer dans l’urgence ».

« Le pouvoir cède à ses vieux réflexes autoritaires »

C’est dans ce contexte qu’Aouchiche a abordé la question de la peine de mort, dont les autorités ont annoncé le rétablissement pour les personnes impliquées dans des incendies volontaires. Une perspective à laquelle le FFS s’oppose catégoriquement.

« Au lieu de cela, le pouvoir cède à ses vieux réflexes autoritaires et préfère, encore une fois, la réponse sécuritaire à l’approche préventive et politique », a-t-il dénoncé.

Pour lui, « la volonté annoncée de réviser le Code pénal pour permettre l’application de la peine de mort en est la meilleure illustration ».

La position du parti, assure-t-il, ne souffre aucune ambiguïté : « Que les choses soient claires : le FFS, comme il l’était hier, le reste aujourd’hui et le demeurera demain, est contre la peine de mort et contre le gel du moratoire. »

Aouchiche considère cette orientation comme « une régression à tout point de vue ». Il reconnaît toutefois la nécessité pour l’État de faire preuve de fermeté face aux incendies criminels, tout en mettant en garde contre une législation adoptée sous le coup de l’émotion.

« Face à l’émotion légitime et à l’ampleur de la tragédie, un État doit afficher toute sa fermeté. Mais cette fermeté doit s’accompagner de lucidité et ne doit pas pousser à légiférer sous l’effet de l’émotion sur une question aussi importante », a-t-il soutenu.

Et de rappeler la conception du parti de la peine capitale : « L’abolition de la peine de mort ne signifie pas l’impunité pour les criminels. Elle peut, au contraire, témoigner de la grandeur d’une nation et de son attachement aux valeurs universelles de justice et de dignité humaine. »

Dans son intervention, le premier secrétaire du FFS a également insisté sur un autre enseignement des incendies : la solidarité manifestée spontanément par les citoyens. « Ils ont surtout démontré, par leurs actes, que l’Algérie profonde demeure une Algérie de fraternité, une Algérie de solidarité, une Algérie unie », a-t-il affirmé. « Voilà l’Algérie que nous voulons et que nous défendons », a-t-il ajouté.

Législatives : « un verdict politique »

Après les incendies et la polémique autour de la peine de mort, Aouchiche a consacré une large partie de son intervention à l’évaluation des dernières élections législatives. Et le constat du FFS est sans concession.

Pour le premier secrétaire, l’enjeu dépasse largement les résultats obtenus par les différentes formations politiques. « Au-delà des résultats, ce scrutin met en lumière des réalités autrement plus fondamentales », a-t-il estimé, évoquant « la nature même de notre système politique, le fonctionnement de nos institutions et le lien désormais profondément distendu entre l’État et les citoyens ».

Premier enseignement avancé par le responsable du FFS : l’abstention massive. « Près de huit citoyens sur dix ont choisi de ne pas participer à ce scrutin », a-t-il relevé, estimant que ce chiffre « ne peut être réduit à une simple statistique électorale ».

Pour Aouchiche, l’abstention constitue « un verdict politique ». Elle « exprime l’ampleur de la crise de confiance qui s’est installée entre le peuple et les institutions » et « révèle une fracture profonde entre la société et les mécanismes censés organiser démocratiquement la vie publique ».

Son diagnostic va plus loin : « Lorsqu’une écrasante majorité de citoyens décide de ne pas participer à un scrutin censé traduire la souveraineté populaire, ce n’est pas seulement une élection qui échoue. C’est le lien politique lui-même qui se fragilise. »

Il y voit également une remise en cause de « la crédibilité des institutions représentatives » et de « la promesse démocratique ».

Pour le FFS, cette situation n’a pourtant rien d’inattendu. « À force de gouverner contre la politique, on finit par produire une société qui se détourne de la politique », a lancé Aouchiche.

Il a dénoncé, dans ce sens, « une gouvernance fondée sur la fermeture politique, la réduction des espaces de liberté, la marginalisation des forces politiques, l’affaiblissement des corps intermédiaires et l’approche tout sécuritaire de la gestion de la vie publique ».

Le responsable du FFS a également rejeté l’idée selon laquelle l’ouverture politique constituerait une menace pour la stabilité. « Nous considérons que l’engagement politique n’est pas un facteur d’instabilité. Il est l’un des principaux remparts contre les crises », a-t-il affirmé.

« Le pluralisme ne fragilise pas l’État. Il fonde sa légitimité. Les libertés publiques ne menacent pas les institutions. Elles leur donnent leur crédibilité », a-t-il encore soutenu.

Les locales comme « reconquête citoyenne »

Si l’évaluation définitive de la performance du parti aux législatives doit, selon lui, intervenir lors de la prochaine conférence nationale d’évaluation, le FFS entend déjà se tourner vers la prochaine échéance électorale : les élections locales prévues le 28 novembre.

« Pour l’heure, notre effort doit être orienté vers la préparation des élections locales », a déclaré Aouchiche. Le parti entend en faire « celles de la reconquête citoyenne ».

L’objectif affiché est de « consolider nos positions, de préserver nos fiefs, de renforcer notre implantation et d’élargir notre présence à l’échelle nationale ».

Mais le premier secrétaire du FFS a également mis en garde le pouvoir contre toute intervention dans la confection des listes. « Nous appelons le pouvoir à ne pas rééditer le scénario des dernières législatives en procédant à des purges ou à des interventions arbitraires dans les listes », a-t-il déclaré.

Une telle pratique, selon lui, « ne ferait qu’accentuer l’abstention, renforcer le désenchantement citoyen et approfondir la crise de confiance envers les institutions ».

Au-delà du rendez-vous électoral, Aouchiche plaide pour une réforme en profondeur de la gouvernance locale. Le FFS réclame notamment une révision des codes de la commune et de la wilaya et une véritable décentralisation.

« Il faut donner aux élus locaux de véritables prérogatives, des ressources financières suffisantes et une capacité réelle de décision », a-t-il insisté. « L’administration doit accompagner l’élu ; elle ne doit pas se substituer à lui. »

Une conception résumée en une formule : « Ce qui peut être décidé au plus près du citoyen ne doit pas être décidé loin de lui. »

« La société doit renouer avec le politique »

Au-delà des prochaines élections, le discours d’Aouchiche se veut un plaidoyer pour une réhabilitation de l’action politique, dans un contexte qu’il décrit comme marqué par « la désaffection politique, la crise de confiance et la tentation autoritaire ».

Il a appelé les militants du FFS à « renouer avec celles et ceux qui se sont éloignés de la politique » et à « aller à la rencontre de la société, non pas uniquement à l’approche des élections, mais dans la durée ».

« Nous devons reconstruire la confiance par le travail politique », a-t-il insisté.

Le responsable du FFS veut ainsi faire des prochaines locales bien plus qu’un simple rendez-vous électoral : « Nous devons faire de cette échéance non pas simplement un rendez-vous électoral, mais un moment de reconquête politique et citoyenne. »

Dans cette perspective, il a réaffirmé le rôle que son parti entend jouer dans l’espace politique national : « Notre parti doit demeurer un espace de résistance démocratique, de débat, d’engagement et d’espérance. »

En conclusion, Aouchiche a résumé son appel à une réhabilitation de la politique en opposant celle-ci à ses formes les plus décriées : « Notre société doit renouer avec le politique. Elle a besoin de plus de politique. Pas de politique politicienne. Pas de politique spectacle. Pas de politique de communication. De la vraie politique. »

Une politique, a-t-il détaillé, « qui débat », « qui propose », « qui rend des comptes », « qui associe les citoyens », « qui accepte la contradiction », « qui fait vivre le pluralisme » et « qui construit la confiance ».

« C’est cette politique que nous devons défendre. Et c’est cette politique que le FFS doit continuer à incarner », a-t-il conclu.

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