Le mois de septembre 2026 ne ressemble pas aux mois précédents sur le marché noir des devises en Algérie. Alors que cette période de l’année est généralement marquée par une forte pression sur l’euro et des hausses parfois spectaculaires, la monnaie européenne évolue cette année dans une relative stabilité.
Depuis le début du mois, les cotations enregistrent certes quelques mouvements à la hausse, mais ils restent limités. Le billet de 100 euros se situe actuellement entre 27 700 et 27 750 dinars à la vente, après plusieurs séances marquées par des variations de seulement quelques dizaines de dinars.
Cette évolution tranche avec les fortes hausses enregistrées au cours des deux dernières années. En septembre 2024, l’euro avait franchi plusieurs seuils historiques sur le marché parallèle. Le 27 septembre, le billet de 100 euros s’échangeait notamment entre 24 900 et 25 000 dinars à la vente, contre environ 24 100 dinars au début du mois. Un cambiste expliquait alors cette progression par un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande, la demande étant largement supérieure aux disponibilités.
La situation avait également été très tendue en septembre 2025. Le 18 septembre, le billet de 100 euros avait atteint 26 600 dinars à la vente, après une progression de 100 dinars en seulement 24 heures. La demande était alors soutenue notamment par la reprise des importations de véhicules, les voyages pour l’Omra et les départs d’étudiants à l’étranger.
Quelques jours plus tard, le 30 septembre 2025, l’euro avait encore franchi un nouveau seuil historique, à 26 650 dinars pour 100 euros à la vente. Septembre 2026 présente donc un visage sensiblement différent.
Une offre de devises plus abondante
Pour un cambiste actif dans la région de Béjaïa depuis plus de quinze ans, la première explication tient à l’offre. Selon lui, l’offre d’euros a été plus importante cette année que lors des précédentes saisons estivales. Le nombre de membres de la diaspora algérienne ayant rejoint le pays durant les vacances d’été aurait été particulièrement élevé.
Or, ces arrivées constituent traditionnellement une importante source de devises pour le marché parallèle. Une partie des euros introduits dans le pays par les membres de la diaspora alimente ensuite les transactions du marché informel.
Cette abondance relative de l’offre a donc permis d’absorber une partie de la demande observée en septembre. Elle a surtout empêché, jusqu’à présent, l’apparition d’un déséquilibre suffisamment important pour provoquer une nouvelle flambée de l’euro.
Une demande légèrement moins forte
Le deuxième facteur évoqué par le cambiste porte sur la demande. Selon cette source, elle aurait légèrement diminué cette année, notamment en raison du contexte géopolitique au Moyen-Orient. Les tensions et les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite ont notamment affecté le contexte des déplacements vers le royaume.
Des attaques de missiles et de drones ont été signalées en septembre dans plusieurs zones d’Arabie saoudite, notamment à Riyad et dans le sud-ouest du pays. Une attaque de drone a également été signalée à proximité de La Mecque, selon les autorités saoudiennes, tandis que les Houthis ont contesté certaines accusations visant leurs cibles.
Dans ce contexte, le cambiste estime que les déplacements liés à l’Omra ont été moins nombreux, ce qui aurait réduit une partie de la demande de devises sur le marché parallèle. Les dépenses liées à ces voyages constituent en effet l’un des besoins susceptibles d’alimenter la demande de devises sur le circuit informel lorsque les montants recherchés dépassent les capacités du circuit bancaire.
L’évolution observée depuis le début du mois conduit ainsi à une situation inhabituelle. Alors que septembre est traditionnellement considéré comme une période de tension pour l’euro sur le marché parallèle, septembre 2026 n’a pas, jusqu’à présent, reproduit les flambées enregistrées en 2024 et 2025.
L’équation apparaît cette fois plus équilibrée : une offre de devises jugée plus abondante après la saison estivale et une demande légèrement moins soutenue permettent au marché de rester relativement stable.
Cela ne signifie toutefois pas que la tendance est définitivement établie pour les prochains mois. Le marché parallèle reste particulièrement sensible aux variations de l’offre et de la demande. Un changement des besoins liés aux voyages, aux importations ou aux opérations financées en devises pourrait encore modifier les cotations.
Pour l’heure, septembre 2026 constitue surtout une exception par rapport au scénario habituel de rentrée, avec un euro qui évolue entre 27 700 et 27 750 dinars pour 100 euros, sans flambée comparable à celles observées au cours des deux précédents mois de septembre.


