Le parti de Sánchez contraint de céder sur l’octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis

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Un cap a été franchi pour un texte qui doit encore affronter le vote en séance plénière au Congrès puis l'épreuve du Sénat

Menacé de débordement par Sumar, son allié de gauche au sein de la coalition au pouvoir, le Parti Socialiste (PSOE) de Pedro Sánchez a opéré un changement de ton spectaculaire mardi au Congrès des députés espagnols.

Pour la première fois, il a fait part officiellement de sa volonté de négocier la loi accordant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous administration coloniale. Le gouvernement Sánchez tente ainsi de reprendre le contrôle d’un dossier qui menaçait de l’isoler totalement face à une alliance inédite entre sa gauche, représentée par Sumar, et l’opposition de droite du Parti Populaire.

L’ombre de Pegasus et le poids du silence diplomatique

L’obstination du PSOE à bloquer ce texte pendant plus d’un an est indissociable du virage pro-marocain de mars 2022. Ce changement de doctrine, qui a rompu quarante ans de neutralité espagnole sur le dossier du Sahara occidental, reste dépourvu d’explication officielle cohérente, alimentant les soupçons les plus lourds au sein de la classe politique à Madrid.

Le débat reste hanté par l’affaire Pegasus et le piratage du téléphone de Pedro Sánchez. L’extraction massive de données de son portable, survenue peu avant son ralliement au plan d’autonomie marocain, plane comme une ombre sur la relation bilatérale. Faute de transparence de la part de la Moncloa, l’idée d’une diplomatie sous contrainte s’est installée durablement, transformant chaque dossier lié au Sahara en une épreuve de force entre la souveraineté juridique de l’Espagne et ses impératifs sécuritaires avec Rabat.

Une urgence sociale face à la Realpolitik

Ce revirement survient alors que la frustration de la communauté sahraouie est à son comble. Environ 12 000 Sahraouis vivent actuellement en Espagne dans un vide juridique total, après avoir été les grands exclus de la récente régularisation massive de 500 000 sans-papiers. Pour ces milliers de personnes nées sous drapeau espagnol avant 1976, le refus persistant de l’exécutif de reconnaître leur statut spécifique d’apatrides était vécu comme un abandon brutal au nom de la diplomatie.

Le PSOE ne semble d’ailleurs pas céder par pure philanthropie, mais par une nécessité arithmétique. En coulisses, Sumar et le Parti Populaire ont entamé des discussions directes pour s’accorder sur un texte commun, une alliance transpartisane qui permettrait de voter la loi sans l’aval des socialistes.

Pour éviter ce camouflet historique sur sa propre politique étrangère, le gouvernement accepte enfin d’ouvrir les négociations sur les critères de naturalisation des natifs du Sahara espagnol et de leurs descendants. Si le texte aboutit, il s’agira d’une première brèche législative majeure dans la doctrine Sánchez, qui réaffirme que la responsabilité de l’Espagne envers son ancienne province ne peut être occultée par les silences de la Realpolitik.

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