L’Espagne finalise la régularisation de 500 000 migrants, dont près de 18 000 Algériens

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Pedro Sanchez assume d'aller à contre-courant du reste de l'Europe et des droites espagnoles

L’Espagne de Pedro Sánchez s’apprête, malgré l’opposition virulente de la droite et de l’extrême droite, à valider l’une des régularisations les plus importantes de son histoire récente.

Le gouvernement de Pedro Sánchez doit approuver mardi, en Conseil des ministres, un décret permettant de légaliser la situation de près de 500 000 migrants déjà présents sur le territoire. Le Conseil d’État a donné son feu vert en fin de semaine, confirmant la validité du recours à une réforme du règlement de la loi sur les étrangers, tout en demandant des précisions techniques sur les contrôles d’antécédents judiciaires. Ces ajustements ont été intégrés dans la version finale.

Par voie réglementaire

Le choix de passer par voie réglementaire est stratégique. Il permet au gouvernement d’éviter un débat parlementaire où la droite conservatrice du Parti populaire (PP) et l’extrême droite de Vox auraient tenté de bloquer la mesure. Privées de cette voie, les deux formations ont annoncé qu’elles porteraient la bataille devant les tribunaux.

Le PP prépare un recours devant la juridiction administrative, estimant que la régularisation relève du domaine législatif. Vox entend saisir le Tribunal constitutionnel en invoquant une atteinte à la sécurité publique et au principe d’égalité. Ces recours ne suspendront pas automatiquement l’application du décret, ce qui permettra aux préfectures de commencer à traiter les demandes dès sa publication. Le gouvernement estime que l’avis favorable du Conseil d’État renforce la solidité juridique du dispositif.

Une sortie de la marge pour les travailleurs

La réforme exige une présence minimale de cinq mois sur le territoire avant la fin de l’année 2025, ainsi qu’un casier judiciaire vierge. Les préfectures d’Almería, d’Alicante, de Murcie, de Valence ou encore de Valladolid, où la présence maghrébine est importante, se préparent à un afflux massif de dossiers. Les modalités pratiques, notamment les délais et les documents requis, seront précisées après la publication officielle du texte.

Selon les estimations publiées par la fondation espagnole FUNCAS dans sa Nota de Coyuntura Social de janvier 2026,près de 18 000 Algériens pourraient être concernés. Beaucoup travaillent déjà dans des secteurs où l’économie informelle reste dominante, comme l’agriculture, la restauration, le bâtiment ou les services. La régularisation leur offrirait un accès au contrat de travail formel, à la sécurité sociale et à une stabilité administrative attendue depuis des années.

La réforme suscite également des tensions au niveau européen. Des sources anonymes au sein de la Commission européenne ont signalé que Bruxelles voit d’un mauvais œil une opération d’une telle ampleur. Officiellement, la Commission n’a pourtant aucune compétence pour s’y opposer, la régularisation relevant du droit interne des États membres. Mais l’initiative espagnole s’écarte du climat politique dominant dans l’Union, marqué par le durcissement du futur Pacte sur la migration et l’asile.

Pedro Sánchez assume d’être à contre‑courant

Dans une tribune publiée début février dans le New York Times, Pedro Sánchez défend la migration comme une nécessité économique et démographique pour des sociétés vieillissantes confrontées à une pénurie de main‑d’œuvre. Il présente la régularisation comme un acte de réalisme visant à intégrer des travailleurs déjà présents, à réduire l’exploitation dans l’économie informelle et à élargir l’assiette fiscale.

Cette position est soutenue par le patronat et les principales organisations syndicales espagnoles.
Contrairement au discours de l’opposition, cette régularisation ne constitue pas une rupture. L’Espagne a déjà procédé à plusieurs opérations d’ampleur sous des gouvernements de droite comme de gauche, notamment en 1991, 1996, 2000 et 2005. La mesure annoncée par le gouvernement Sánchez s’inscrit dans cette continuité, même si le contexte politique actuel est plus polarisé.

En cherchant à acter la réforme avant la fin du mois de juin, l’exécutif veut sécuriser le texte face aux recours annoncés et envoyer un signal clair : l’Espagne choisit d’intégrer les travailleurs déjà installés plutôt que de maintenir une clandestinité structurelle. Pour les milliers d’Algériens concernés, ce décret pourrait mettre fin à une longue période d’incertitude et ouvrir la voie à une stabilisation durable de leur présence en Espagne.

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