Deux frappes de missiles iraniens sur le complexe de Ras Laffan les 18 et 19 mars ont mis hors service 17 % de la capacité d’exportation qatarie. Le Qatar fournit un cinquième du gaz naturel liquéfié importé par l’Europe. Le gaz européen a bondi de 35 % en une nuit.
La guerre du pétrole avait commencé le 28 février avec la fermeture du détroit d’Ormuz. La guerre du gaz a commencé le 18 mars avec Ras Laffan. Dans la nuit du mercredi au jeudi, des missiles balistiques iraniens ont frappé à deux reprises le plus grand complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) du monde, situé dans la cité industrielle qatarie de Ras Laffan. Le ministère qatari de la Défense a confirmé des «dommages considérables». QatarEnergy avait déjà suspendu sa production le 2 mars après une première série d’attaques de drones, avant de déclarer la force majeure sur ses contrats gaziers le 4 mars. Les nouvelles frappes portent la capacité d’exportation mise hors service à 17 %.
«Cela ferait s’effondrer les économies du monde»
Le chiffre pèse d’autant plus que le Qatar fournit 12 % du gaz naturel liquéfié importé par l’Europe et 20 % des exportations mondiales de GNL. Sa mise à l’arrêt partielle, combinée au blocage d’Ormuz qui prive les marchés de 20 % du GNL mondial en temps normal, constitue un choc d’offre sans précédent sur le marché gazier. Le prix du gaz européen sur le hub TTF a bondi de près de 20 % en une seule séance, atteignant 65 euros le mégawattheure. Le Brent s’est envolé de plus de 5 %, repassant au-dessus de 113 dollars le baril.
L’Iran a présenté ces frappes comme des représailles à une attaque israélienne contre ses propres installations de South Pars. Le Premier ministre qatari Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani a dénoncé des attaques qui «ont franchi toutes les lignes rouges» et dont les «répercussions sur les approvisionnements énergétiques mondiaux sont majeures». Doha a expulsé deux diplomates iraniens dans la foulée.
Les frappes ne se sont pas limitées au Qatar. Une raffinerie koweïtienne de la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été touchée par un drone, provoquant un incendie. La raffinerie saoudienne de Samref, à Yanbu sur la mer Rouge, a également été visée, précisément sur l’un des rares terminaux d’exportation alternatifs à Ormuz. Les Émirats ont fermé des installations gazières par précaution. Donald Trump a répondu par une menace directe : si l’Iran attaque à nouveau un site gazier qatari, les États-Unis «détruiront massivement l’intégralité du gisement de South Pars».
Le retournement européen
La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon ont publié jeudi un communiqué commun se déclarant «prêts à contribuer» à la sécurisation du détroit d’Ormuz. Macron avait fermement écarté toute opération «de vive force» le 17 mars. Les frappes sur Ras Laffan ont changé le calcul en quarante-huit heures. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a relevé le glissement sans détour : «L’expression de sa préoccupation n’a pas suivi l’attaque d’Israël contre nos installations gazières. Elle suit nos représailles.»
Le ministre qatari de l’Énergie Saad Sherida Al-Kaabi avait prévenu le 6 mars que si la guerre se poursuivait, les producteurs du Golfe pourraient être contraints de déclarer la force majeure, ajoutant que «cela ferait s’effondrer les économies du monde». Le TTF néerlandais a progressé de plus de 66 % sur un mois. Sonatrach, dont le gaz arrive en Europe par pipeline sans transiter ni par Ormuz ni par Ras Laffan, est mécaniquement l’un des bénéficiaires directs de cette flambée.


