Lobbying aux États-Unis : les dépenses du Maroc dix à vingt fois supérieures à celles de l’Algérie

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K Street, Washington D.C. : Le cœur battant de l'industrie du lobbying américain, où les cabinets de conseil et de relations publiques façonnent la politique étrangère et les alliances stratégiques des États-Unis. (Wikimedia)

L’analyse des données du registre américain des agents étrangers, le Foreign Agents Registration Act, compilées par la plateforme OpenSecrets, met en lumière un écart vertigineux entre les investissements de lobbying du Maroc et ceux de l’Algérie. 

Cette différence ne relève pas d’une simple variation budgétaire mais s’inscrit dans une réalité comptable qui traduit deux doctrines diplomatiques opposées. En 2025, les dépenses de lobbying du Royaume du Maroc ont atteint environ 3,49 millions de dollars, marquant une progression constante après les 3,37 millions de 2024 et les 1,7 million de 2023. Bien que ces montants restent inférieurs au sommet historique de 14 millions de dollars enregistré en 2021, année marquée par la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en échange de la normalisation avec Israël, ils témoignent d’un investissement de croisière massif destiné à verrouiller les acquis diplomatiques.

Une arrivée tardive de l’Algérie

À l’inverse, l’Algérie a longtemps affiché une présence quasi nulle dans les registres officiels de Washington, avec des dépenses n’excédant pas quelques centaines de dollars par an jusqu’en 2022. Ce n’est qu’à partir de 2023 qu’une remontée s’amorce avec 247 000 dollars, bondissant à plus de 750 000 dollars en 2025. Ce sursaut s’explique principalement par l’entrée en vigueur, en septembre 2024, d’un contrat majeur de 720 000 dollars par an avec le cabinet BGR Group. »

En dépit de ce réveil tardif, les dépenses marocaines demeurent, selon les cycles, dix à vingt fois supérieures à celles de l’Algérie, illustrant la persistance d’un déséquilibre financier et relationnel vieux de plusieurs décennies que Rabat a su transformer en un avantage stratégique durable.

Indicateur (Données 2025-2026)MarocAlgérie
Budget annuel moyen~3 490 000 $~660 000$
Acteurs principauxAkin Gump / Yorktown / BrownsteinBGR Group
Type d’influenceInfrastructure permanente et législativeContre-influence et rattrapage tactique
Cible prioritaireInvestissements et Défense (Sahara)Neutralisation des réseaux républicains

Rabat sature l’espace décisionnel étasunien

La démarche marocaine repose sur une conception de la diplomatie où l’influence est traitée comme une infrastructure d’État permanente plutôt que comme une réponse aux crises. Rabat sature l’espace décisionnel américain par une présence multidirectionnelle en s’appuyant sur un écosystème de firmes spécialisées telles que Yorktown Solutions, Akin Gump et Brownstein Hyatt. 

Ces structures ne se contentent pas de diffuser des messages mais façonnent activement l’environnement législatif pour que chaque décision du Congrès, qu’il s’agisse de l’aide au développement ou de la vente de matériel militaire de pointe négociée en 2025, inclut explicitement le Sahara Occidental. 

De son côté, l’Algérie sort progressivement d’une doctrine de souveraineté stricte et de non-alignement qui privilégie historiquement les canaux d’État à État et les instances multilatérales comme l’Union Africaine ou l’ONU. Le recours à des intermédiaires privés à Washington, longtemps perçu comme une pratique étrangère à ses traditions institutionnelles, est devenu une nécessité tactique pour ne plus laisser le champ libre aux activités anti-algériennes de son rival. 

Le choix de BGR Group

Le choix de BGR Group, un cabinet puissamment ancré dans les réseaux républicains, révèle une volonté de neutraliser l’avantage de Rabat auprès de la droite américaine. Cette démarche essentiellement défensive vise à contrecarrer les efforts de certains membres du Congrès cherchant à désigner le Polisario comme organisation terroriste tout en tentant d’établir un canal de communication direct avec les décideurs qui entourent l’actuelle présidence.

Cette dualité confirme que si le Maroc a réussi à transformer Washington en un prolongement de son terrain de jeu domestique, l’Algérie entame seulement une phase de rattrapage complexe pour sortir de son isolement relatif. Alors que le Maroc intègre ses intérêts dans les circuits de financement et de défense américains de manière organique, l’Algérie cherche encore à valider la formule diplomatique selon laquelle “the sky is the limit” pour ses ambitions de contre-influence. 

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