Le marché de l’or en Algérie traverse une zone de turbulence. Depuis le début de l’année, les bijoutiers font face à une instabilité inédite, directement liée aux fluctuations du marché international, accentuées par les tensions géopolitiques et la situation autour de l’Iran.
Sur le terrain, le constat est sans appel. « Le marché de l’or ces derniers temps est en perpétuel mouvement, ce qui devient un problème pour nous », confie un bijoutier. Il décrit un climat d’incertitude permanent : « On est constamment exposé au risque, surtout en période de crise. Le marché n’est pas stable et nous faisons face à de nombreuses difficultés. »
Cette instabilité se répercute directement sur l’approvisionnement. « En période de baisse, j’appelle mes fournisseurs. Ils me disent qu’ils n’ont pas de matière. En réalité, ils ne veulent pas vendre quand les prix chutent », explique-t-il. Une stratégie assumée : les fournisseurs préfèrent attendre une remontée pour éviter de vendre à perte.
Mais cette logique bloque toute la chaîne. Les bijoutiers se retrouvent en première ligne. « Moi-même, ces trois derniers jours, je vends à perte », admet-il. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : « L’or importé est aujourd’hui à 32 000 dinars le gramme. Il y a quelques jours, il était autour de 39 000 dinars. » Résultat : « Je vends parfois des bijoux en dessous de leur prix d’achat. »
Cette volatilité des prix, dictée par la bourse internationale, met le marché sous pression. « Avec ces hauts et ces bas, nous sommes confrontés à ce genre de situation depuis le début de l’année », ajoute-t-il.
Derrière ces variations, le contexte international pèse lourd. Les tensions géopolitiques, notamment autour de l’Iran, provoquent des mouvements brusques sur les cours de l’or. Valeur refuge par excellence, le métal jaune réagit immédiatement aux crises, mais cette fois, les fluctuations rapides déstabilisent les acteurs locaux.
Une demande en baisse qui aggrave la crise
À cette instabilité s’ajoute un autre facteur : la baisse de la demande. « C’est vrai que cette période est connue pour le manque de clientèle pour acheter de l’or », explique un autre bijoutier.
Le calendrier joue contre le marché. « La période du Ramadan puis de l’Aïd, avec des prix qui ont flambé, a vraiment touché notre activité », précise-t-il. La consommation ralentit, et les clients hésitent.
Pourtant, les prix ont récemment chuté sur le marché international. « Depuis plus d’une semaine, les prix de l’or ont baissé de plus de 1 000 dollars l’once », souligne-t-il. Une baisse importante, mais qui ne relance pas le marché local.
« Le marché reste au même niveau. Il n’y a presque plus de demande sur les bijoux, que ce soit en or ou en argent », insiste-t-il. Une situation paradoxale : les prix baissent, mais les ventes ne suivent pas.
Pour les professionnels, la situation devient difficile à tenir. « Avec cette baisse des prix, c’est vraiment insoutenable pour nous si la situation perdure », avertit-il.
Entre volatilité internationale et demande locale en berne, le marché de l’or en Algérie avance désormais à vue. Les bijoutiers espèrent un retour rapide à la stabilité. Sans cela, tout un secteur risque de s’enfoncer davantage.



