Marché financier algérien : après les réformes, le défi de la profondeur

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Bourse d'Alger

Le marché financier algérien connaît, depuis plusieurs années, une phase importante de modernisation et de transformation. Réformes réglementaires, nouveaux compartiments de marché, développement du financement participatif, capital-investissement, digitalisation, ouverture vers les startups et les PME : de nombreux chantiers structurants ont été engagés afin de poser les bases d’un écosystème financier plus moderne et plus diversifié.

Cette dynamique mérite d’être saluée

Elle traduit une volonté réelle d’adapter progressivement le système financier national aux nouvelles exigences de financement de l’économie, dans un contexte où les besoins de diversification économique, de mobilisation de l’épargne nationale et d’accompagnement de l’investissement deviennent de plus en plus stratégiques.

Mais précisément parce qu’une nouvelle phase semble aujourd’hui s’ouvrir, une question centrale mérite désormais d’être posée : comment transformer cette modernisation réglementaire en véritable profondeur économique du marché ? Car au-delà des avancées institutionnelles et juridiques, le marché financier algérien demeure encore largement sous-dimensionné au regard du potentiel économique national et des besoins de financement de l’économie.

Le nombre de sociétés cotées reste limité, les volumes d’échanges demeurent relativement faibles et la liquidité du marché reste encore insuffisante pour créer une dynamique durable de confiance et d’attractivité.

Cette réalité n’est pas anodine

La liquidité ne constitue pas un simple indicateur technique réservé aux spécialistes de la finance. Elle représente le cœur même de la confiance dans tout marché financier. Aucun marché ne peut durablement attirer l’épargne des ménages, des entreprises ou des investisseurs institutionnels si les intervenants ont le sentiment que la liquidité peut disparaître au moment où ils souhaitent céder leurs titres. Or, la confiance constitue aujourd’hui l’enjeu central.

L’Algérie dispose pourtant d’atouts considérables : une épargne importante encore largement en dehors des circuits financiers, un tissu de PME en croissance, des startups émergentes, un potentiel significatif de diversification économique ainsi qu’une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’investisseurs de plus en plus attentive aux mécanismes modernes de financement.

Le défi n’est donc plus uniquement de construire le cadre réglementaire du marché financier. Il devient désormais celui de son animation économique réelle. Autrement dit, la prochaine étape du développement du marché financier algérien sera probablement moins juridique que économique. La modernisation du cadre réglementaire constitue une étape nécessaire. Mais elle gagnerait probablement à être accompagnée, avec la même intensité, de mécanismes capables de stimuler concrètement la liquidité et l’attractivité du marché.

Cette réflexion mérite aujourd’hui d’être ouverte de manière pragmatique et sereine. Plusieurs pistes concrètes pourraient ainsi être étudiées afin de renforcer progressivement la profondeur et la fluidité du marché financier algérien.

La première consisterait à permettre, dans un cadre strictement encadré et transparent, la mise en place de mécanismes de stabilisation de marché autorisant les sociétés cotées à intervenir sur leurs propres titres afin de réduire certaines situations d’illiquidité excessive.

L’objectif ne serait naturellement ni spéculatif ni destiné à influencer artificiellement les valorisations, mais de préserver un minimum de fluidité du marché et de continuité des échanges, sous le contrôle du régulateur et selon des règles précises de transparence, de plafonnement et de traçabilité des opérations.

La deuxième piste concernerait le développement d’une véritable fonction d’animation de marché au sein des intermédiaires financiers de la place, notamment les IOB bancaires, afin de renforcer leur rôle dans la fluidité des échanges et la présence de contreparties sur le marché. Dans un marché encore en construction, la confiance des investisseurs dépend fortement de leur capacité à acheter mais aussi à céder leurs titres dans des conditions normales de liquidité. Le rôle des acteurs financiers pourrait ainsi évoluer progressivement vers une participation plus active à la dynamique du marché.

Une troisième réflexion mériterait également d’être engagée autour de la reconnaissance des portefeuilles d’actions comme actifs financiers mobilisables dans le système bancaire. Permettre, dans un cadre prudentiel adapté, l’utilisation partielle des portefeuilles boursiers comme garanties de financement contribuerait à transformer progressivement les titres cotés en actifs économiques réellement utilisables, capables de soutenir le financement des entreprises et de renforcer l’attractivité de l’investissement en actions.

La quatrième piste pourrait enfin porter sur une meilleure articulation entre financement bancaire et financement de marché, afin d’encourager progressivement une diversification plus équilibrée des sources de financement de l’économie nationale. L’enjeu n’est évidemment pas d’opposer les banques au marché financier, mais de construire une complémentarité plus dynamique entre les différents mécanismes de financement de l’investissement et de la croissance.

L’enjeu dépasse largement le seul cadre boursier

Il s’agit, en réalité, de savoir quelle architecture financière l’Algérie souhaite construire pour accompagner sa transformation économique durant les prochaines décennies. Aucune grande économie moderne ne peut durablement reposer sur une seule source de financement. La complémentarité entre le système bancaire, le marché financier, le capital-investissement et les nouveaux véhicules de financement constitue désormais une nécessité stratégique.

Le marché financier ne doit donc plus être perçu uniquement comme un espace de cotation ou comme une infrastructure administrative spécialisée. Il représente un outil stratégique de mobilisation de l’épargne nationale, de financement de la croissance, de diversification économique et de confiance dans l’avenir.

Les réformes engagées ont permis de poser des bases importantes. Le défi consiste désormais à faire émerger progressivement un marché vivant, fluide et suffisamment profond pour devenir un véritable levier de financement de l’économie nationale.

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