Emploi, coût de la vie, revenus, logement et accès aux services publics figurent parmi les attentes auxquelles les formations politiques cherchent à répondre, tandis que la participation des jeunes et la confiance dans les institutions constituent des enjeux majeurs du scrutin.
Le vote intervient également après plusieurs épisodes de mobilisation de la jeunesse et dans un contexte de mécontentement social. Sans permettre de généraliser les positions exprimées par certains citoyens, les témoignages recueillis ces dernières semaines par plusieurs médias internationaux montrent une distance importante entre une partie de la jeunesse et les partis politiques.
Le boycott, entre position politique et désengagement électoral
Le boycott est l’une des expressions de cette défiance. Le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihsane a annoncé, début septembre, son boycott du scrutin et a appelé les citoyens à faire de même. Dans sa déclaration, le mouvement estime que les élections organisées dans leur forme actuelle n’ont pas permis, selon lui, d’ouvrir la voie à davantage de démocratie et de justice.
Cet appel politique au boycott ne doit toutefois pas être confondu avec l’abstention potentielle dans son ensemble. Ne pas participer au scrutin peut également traduire une distance à l’égard des partis, un manque d’intérêt pour la compétition électorale ou le sentiment que le vote ne suffit pas à modifier suffisamment les conditions de vie.
Les données disponibles donnent une indication sur cette difficulté de mobilisation. Quelque 15,8 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales pour le scrutin du 23 septembre. Les 18-24 ans ne représentent que 4 % des inscrits, contre 29 % pour les personnes âgées de 60 ans et plus.
Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’abstention future. Ils montrent néanmoins que les jeunes adultes sont nettement sous-représentés parmi les électeurs inscrits.
Des jeunes présents dans le débat, mais éloignés des partis
Cette distance ne signifie pas nécessairement un désintérêt pour les questions politiques. Une enquête d’Afrobarometer publiée en mars 2026 montre qu’un peu plus d’un tiers seulement des Marocains âgés de 18 à 35 ans déclarent faire confiance au Parlement, au chef du gouvernement ou aux partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.
L’enquête relève également une perception accrue des problèmes de corruption chez les jeunes à l’égard de certains responsables et d’institutions politiques. Afrobaromètre établit par ailleurs un lien entre cette méfiance et des difficultés socioéconomiques telles que le chômage, le sous-emploi et les inégalités d’accès aux opportunités.
Des reportages réalisés par Reuters et l’Associated Press à l’approche du scrutin illustrent cette distance à travers les témoignages de jeunes Marocains. Certains expriment leur scepticisme envers les partis et leurs promesses, tandis que d’autres continuent de considérer le vote comme un moyen possible d’agir sur des sujets tels que l’emploi, l’éducation ou les services publics.
Cette nuance est importante : le phénomène observé est moins celui d’une jeunesse unanimement hostile au vote que celui d’un rapport plus distancié aux formes traditionnelles de participation politique.
Le pouvoir d’achat reste une préoccupation
Derrière cette défiance se trouvent aussi des préoccupations très concrètes liées au niveau de vie. Les données officielles montrent que l’inflation a connu plusieurs évolutions en 2026. Après des hausses au début de l’année, l’indice des prix à la consommation a notamment reculé de 1 % en juillet sur un mois, sous l’effet d’une baisse de 1,9 % des prix des produits alimentaires et de 0,3 % des produits non alimentaires.
Ces variations mensuelles ne signifient toutefois pas que les prix sont revenus aux niveaux antérieurs aux épisodes inflationnistes précédents. C’est ce décalage entre le ralentissement de l’inflation et le niveau des prix déjà atteint qui nourrit les préoccupations quant au pouvoir d’achat.
Le Haut-Commissariat au plan indique par ailleurs que la confiance des ménages a diminué au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent, même si elle s’est améliorée sur un an.
Dans ce contexte, les promesses relatives aux salaires, à l’emploi, aux aides sociales ou à l’accès aux services essentiels revêtent une importance particulière dans la campagne.
Le chômage, principal point de tension pour les jeunes
La situation du marché du travail constitue un autre élément central du mécontentement. Selon le HCP, le Maroc a créé 193 000 emplois en 2025 et le taux de chômage est passé de 13,3 % à 13 %. Mais cette moyenne masque d’importantes disparités. Le chômage a atteint 37,2 % chez les 15-24 ans et 19,1 % chez les diplômés. Le sous-emploi a également progressé, passant de 10,1 % à 10,9 % de la population active.
Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi la question de l’emploi occupe une place particulière parmi les attentes de la jeunesse. Le Maroc poursuit parallèlement sa transformation industrielle et ses investissements dans les infrastructures, mais les bénéfices de cette dynamique sont perçus comme inégalement répartis par une partie de la population. Plusieurs médias ont notamment recueilli des témoignages de jeunes faisant état de difficultés à trouver un emploi et à accéder à un logement ou à certains services publics.
Il ne s’agit pas pour autant d’opposer mécaniquement la croissance économique et le mécontentement social. Les données du HCP montrent clairement une création nette d’emplois en 2025. La question posée par une partie des citoyens est plutôt celle de la capacité de cette croissance à générer suffisamment d’opportunités et à améliorer concrètement leur situation.
Entre attente de changement et scepticisme
C’est dans cet espace entre les résultats économiques, les difficultés quotidiennes et la défiance politique que se joue une partie de la campagne.
Les partis cherchent à reconquérir un électorat jeune en mettant en avant l’emploi, le logement et les politiques sociales. Mais les données disponibles montrent que la question ne porte pas uniquement sur les programmes. Elle concerne aussi la confiance dans la capacité des institutions et des élus à transformer les engagements électoraux en résultats.
Le gouvernement marocain reconnaît lui-même que le renforcement de la confiance institutionnelle constitue l’un des enjeux du scrutin. Dans une analyse rendue publique, l’universitaire Mohamed Zakaria Aboudahab souligne notamment l’importance de l’emploi, de la protection sociale, de la santé, de l’éducation et du pouvoir d’achat, ainsi que la nécessité de renforcer le lien entre les jeunes et l’action publique.

