Maroc : le pouvoir d’achat s’impose dans la bataille des législatives

Mecipsa Amokrane
5 min de lecture
La campagne pour les élections législatives marocaines du 23 septembre s’est ouverte sur fond de fortes attentes sociales.

La campagne pour les élections législatives marocaines du 23 septembre s’est ouverte sur fond de fortes attentes sociales. Pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation et disparités territoriales dominent les discours des partis, alors que la coalition gouvernementale sortante cherche à défendre son bilan et que l’opposition tente de capitaliser sur le mécontentement.

Quelque 15,8 millions d’électeurs sont inscrits pour élire les 395 membres de la Chambre des représentants. Vingt-sept partis sont en lice pour ce scrutin, qui doit déterminer la composition du prochain gouvernement. La campagne officielle se poursuit jusqu’au 22 septembre.

Le pouvoir d’achat au cœur de la campagne

Cinq ans après les dernières législatives, les questions économiques et sociales occupent une place centrale dans les programmes électoraux. Les formations politiques promettent notamment d’améliorer les revenus des ménages, les services publics, l’emploi et l’accès aux soins.

Le Rassemblement national des indépendants (RNI), arrivé en tête en 2021 et à la tête de la coalition sortante, défend son bilan tout en mettant en avant de nouvelles mesures en matière de pouvoir d’achat, de services publics et d’inclusion économique.

Le Parti authenticité et modernité (PAM), pourtant membre de la majorité sortante, cherche de son côté à se distinguer en mettant l’accent sur l’éducation, la santé, l’emploi, la jeunesse et le niveau de vie. Son dirigeant Fouzi Lekjaa a notamment défendu un programme comportant des engagements chiffrés sur ces secteurs.

Cette situation donne une tonalité particulière à la campagne : les principales formations de la majorité doivent à la fois défendre un bilan commun et convaincre les électeurs qu’elles peuvent apporter de nouvelles réponses.

Des fractures sociales qui compliquent le discours électoral

Derrière la bataille des programmes se trouvent des préoccupations sociales persistantes. Les disparités entre territoires, l’accès aux services publics et les difficultés d’une partie de la population à faire face au coût de la vie alimentent les attentes envers les futurs députés et le prochain gouvernement.

La question de la confiance dans les institutions constitue également un enjeu. Des analyses consacrées à la campagne soulignent le risque d’une faible mobilisation électorale, sur fond de défiance à l’égard des partis et de sentiment de distance entre une partie de la population et la représentation politique.

Les séquelles du séisme d’Al Haouz de septembre 2023 restent par ailleurs présentes dans le débat public, certaines victimes continuant de dénoncer des difficultés dans l’accès aux aides et aux indemnisations. La question des écarts de développement entre régions rurales et urbaines reste ainsi étroitement liée aux promesses de « développement social » portées par les partis.

Le défi de l’emploi et de la jeunesse

L’emploi constitue un autre terrain de confrontation. Les partis mettent en avant la création d’emplois, l’intégration économique des jeunes et le soutien aux entreprises, mais ces engagements devront être confrontés à la situation réelle du marché du travail.

Cette question est particulièrement sensible dans un pays où les aspirations d’une partie de la jeunesse dépassent les seules considérations économiques. Les épisodes de mobilisation de jeunes et les débats autour de l’émigration montrent que l’emploi, les services publics et les perspectives d’avenir sont désormais étroitement liés dans le débat social.

Le RNI veut conserver sa position dominante

Le scrutin constitue également un test politique pour le RNI, qui avait remporté les législatives de 2021 avec 102 sièges, devant le PAM avec 86 sièges et l’Istiqlal avec 81 sièges. Ces résultats avaient débouché sur une coalition réunissant précisément ces trois formations autour d’Aziz Akhannouch.

La campagne actuelle présente donc une particularité : RNI, PAM et Istiqlal restent liés par leur participation au gouvernement sortant, tout en se retrouvant concurrents devant les électeurs. Chacun cherche à défendre son propre bilan et à apparaître comme la formation la mieux placée pour peser sur le prochain exécutif.

Des promesses à l’épreuve du réel

À quelques jours du scrutin, la campagne marocaine apparaît ainsi dominée par une multiplication d’engagements sur le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’emploi et les services publics. Plusieurs formations avancent des objectifs chiffrés et des enveloppes financières importantes.

Mais l’enjeu central reste celui de leur faisabilité financière et de leur mise en œuvre. Pour les électeurs, la campagne ne se limite donc pas à comparer les programmes : elle constitue aussi un jugement sur les résultats du quinquennat écoulé.

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