Le marché transatlantique Montréal-Alger a basculé discrètement. Air Canada a suspendu sa ligne sur cette destination pour l’été 2026. Un retrait qui change tout. Air Algérie se retrouve désormais seule à assurer une liaison directe entre les deux villes. Aucun concurrent ne vole sans escale sur ce corridor. Les autres compagnies — Air France, Air Transat — proposent des vols via Paris ou d’autres hubs européens. Résultat : la compagnie nationale algérienne dicte les prix. Et elle ne s’en prive pas.
2 415 dollars canadiens : le prix fort de l’Aïd
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour un départ le 24 mai et un retour le 18 juin, le billet Air Algérie sur la ligne Montréal-Alger s’affiche à 2 415 dollars canadiens. D’autres combinaisons de dates autour de la même période atteignent des niveaux identiques, indique le site spécialisé en tourisme Voyager DZ. Seule exception : un départ le 26 mai — jour présumé de l’Aïd — avec retour le 15 juin, proposé à 1 809 dollars. Mais voyager le jour de la fête ne correspond pas à la réalité des familles. Elles veulent arriver avant, pas après.
La pression monte d’ailleurs à mesure que la date approche. Les classes tarifaires les moins chères disparaissent en quelques heures. Les prix grimpent automatiquement. Les familles nombreuses subissent de plein fouet ce mécanisme. Sur les réseaux sociaux, les plaintes se multiplient. Les membres de la diaspora algérienne qualifient ces tarifs de “difficiles à supporter”.
Une demande concentrée sur quelques jours
La mécanique est connue, mais elle s’intensifie chaque année. L’Aïd el-Adha 2026 est attendu autour du 26-27 mai. La quasi-totalité des voyageurs vise donc une fenêtre de départ étroite : entre le 21 et le 25 mai. Cette concentration crée un effet entonnoir. La demande explose sur cinq jours. L’offre, elle, reste limitée à quelques vols hebdomadaires. Les prix suivent la loi de la rareté.
Les agences de voyage montréalaises le confirment : les réservations s’accélèrent depuis début mai. Les familles qui ont tardé paient le prix fort. Celles qui anticipent s’en sortent mieux. Mais la marge de manœuvre rétrécit de semaine en semaine.
Le kérosène : la bombe qui fait tout exploser
Derrière la flambée des billets, une crise énergétique mondiale amplifie le phénomène. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz depuis fin février 2026 ont provoqué une envolée spectaculaire du prix du kérosène. La tonne est passée de 750-831 dollars à 1 800-1 900 dollars en quelques semaines. Un doublement en quelques semaines. Les compagnies aériennes absorbent le choc comme elles peuvent.
Certaines annulent. Transavia supprime 400 vols en mai et juin. Lufthansa efface 20 000 rotations jusqu’en octobre. D’autres augmentent leurs tarifs plutôt que de réduire leur programme. Air France a relevé ses prix deux fois en un mois. Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, va plus loin : si le baril reste à 150 dollars, deux ou trois compagnies européennes pourraient disparaître d’ici l’automne.
Pour la ligne Montréal-Alger, cette crise du carburant tombe au pire moment. Elle justifie en partie les hausses tarifaires d’Air Algérie. Elle explique aussi — du moins en partie — le retrait d’Air Canada, dont les coûts d’exploitation sur ce long-courrier sont devenus difficiles à rentabiliser.


