Pétrole : la Chine ne se contente plus d’explorer les gisements algériens…elle achète le brut

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Alger, 25 février 2025. Signature du contrat de partage de production entre Sonatrach et Sinopec International Energy Investment (HK) Holding sur le périmètre de Hassi Berkane Nord. ©Sonatrach

Pendant vingt-quatre ans, la présence chinoise en Algérie s’est limitée à l’exploration et à la production du pétrole. Depuis la fermeture du détroit d’Hormuz, la Chine… achète aussi.

Depuis 2002, la Chine est présente dans le sous-sol algérien via Sinopec, avec des contrats d’association, des contrats de partage de production et des unités de raffinage. Une relation industrielle de long cours, orientée vers l’extraction et la valorisation des réserves sahariennes. Les barils produits à Zarzaïtine ou à Hassi Berkane Nord n’ont jamais été destinés à traverser la Méditerranée puis la mer Rouge vers Tianjin ou Qingdao. Ils rejoignaient le marché mondial via les terminaux algériens, vendus aux clients habituels de Sonatrach, essentiellement européens.

Les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 sur l’Iran ont modifié cette logique. Pas par le biais des contrats Sinopec, qui restent des contrats d’exploration et de production sans clause d’orientation des flux vers la Chine, mais par la contrainte brute du marché : Pékin manque de brut, l’Algérie en produit, et les tankers font le reste.

Les données de suivi des cargaisons

Selon les chiffres compilés par Kpler sur la période janvier-mai 2026, la Chine couvrait 49,4 % de ses besoins totaux en hydrocarbures auprès de fournisseurs du Moyen-Orient en 2025. Depuis la fermeture des routes maritimes, ce socle s’est effondré. Les importations chinoises de brut moyen-oriental ont reculé de 28 % sur les cinq premiers mois de 2026, à 581 millions de barils. Sur les produits raffinés, la rupture est quasi totale : les fournisseurs du Golfe assuraient 41 % des importations chinoises de carburants en 2025, contre moins de 1 % en mai 2026.

La Russie, le Brésil et l’Afrique de l’Ouest absorbent une partie du manque. L’Afrique du Nord se distingue parmi les fournisseurs alternatifs : seule grande région à avoir enregistré une hausse de ses exportations de carburants vers la Chine sur janvier-mai 2026, avec l’Algérie et l’Égypte toutes deux en progression marquée par rapport à la même période en 2025. Ces volumes ne comblent pas le déficit laissé par le Golfe. Ils documentent un changement de direction des flux.

Une relation construite pour produire, pas pour livrer

Sinopec opère sur Zarzaïtine depuis 2002, dans le cadre d’un contrat d’association avec Sonatrach portant sur la récupération et la valorisation des hydrocarbures du gisement, via forage de puits de développement, rénovation du gas lift et amélioration du taux de récupération. En mai 2022, ce partenariat a été renouvelé pour 25 ans avec un investissement de 490 millions de dollars, pour extraire près de 95 millions de barils supplémentaires. Les barils extraits entrent dans le système Sonatrach et sont vendus sur le marché mondial. Sinopec perçoit sa quote-part de production, pas une livraison physique vers la Chine.

Le contrat sur Hassi Berkine, signé le 25 février 2025, est encore plus explicitement orienté vers l’exploration à risque. Sur 9 700 kilomètres carrés entre Ouargla et El Meniaa, pour 850 millions de dollars sur 30 ans, Sinopec finance seul la phase d’exploration initiale. En cas d’exploitation, la production est répartie à hauteur de 70 % pour Sinopec et 30 % pour Sonatrach. Si les forages sont concluants, la production ne sera disponible qu’à l’horizon des années 2030. Le protocole sur Gourara et East Berkine, signé en juillet 2025, suit la même logique, avec des études préliminaires et une décision d’investissement différée.

En novembre 2025, Sonatrach a confié à Sinopec Guangzhou Engineering la construction d’une unité de raffinage à Arzew, pour 738 000 tonnes de capacité annuelle sur 30 mois de travaux. Un contrat de raffinerie.

Depuis 2002, la relation sino-algérienne en matière d’hydrocarbures a reposé sur une logique de présence industrielle et d’accès aux réserves, pas sur un approvisionnement direct de l’économie chinoise. Pékin investissait dans le sous-sol algérien comme elle investit dans des gisements au Soudan, en Angola ou au Kazakhstan : pour sécuriser un accès à la ressource et percevoir une quote-part de production commercialisée sur le marché mondial.

Des achats spot qui ne doivent rien aux contrats Sinopec

Depuis le début de 2026, la Chine achète du brut algérien sur le marché spot, indépendamment des opérations de Sinopec à Zarzaïtine ou à Hassi Berkane Nord. Ce sont des achats réalisés par des sociétés de trading chinoises sur le marché physique, en réponse à une pénurie conjoncturelle, pas les livraisons issues des contrats d’exploration existants. Une relation commerciale de circonstance, pas un partenariat stratégique concerté.

La capacité algérienne à répondre à cette demande reste limitée. La production nationale a atteint 973 000 barils par jour en février 2026, son niveau le plus élevé depuis deux ans et demi, mais la tendance de fond est au déclin : la production totale de liquides est passée de 1,7 million de barils par jour en 2014 à 1,4 million en 2023. Les engagements contractuels envers les clients gaziers européens via Medgaz et Transmed sont prioritaires. La qualité du brut algérien, le Sahara Blend (API 43,2°, teneur en soufre de 0,10 %), parmi les plus légers et les plus doux du marché, attire simultanément plusieurs acheteurs que les volumes disponibles ne permettent pas de satisfaire tous.

L’Algérie se retrouve dans une position que peu de pays producteurs ont connue : trop sollicitée pour ses volumes, pas encore en mesure d’en produire davantage à court terme. Les 17 contrats signés par Sonatrach en un an, pour sept milliards de dollars, témoignent d’une stratégie délibérée pour relancer l’amont. Leurs effets sur les volumes exportables se feront sentir à un horizon de plusieurs années.

Ce que les prochains contrats diront

Les accords Sinopec en cours ne répondent pas à la demande spot de 2026. La crise d’Hormuz crée une pression pour que les prochains contrats entre Pékin et Alger intègrent une dimension d’approvisionnement que les accords actuels ne prévoient pas. Le protocole d’accord de juillet 2025 sur Gourara et East Berkine peut encore évoluer en contrat de partage de production ferme. L’Algeria Bid Round 2026, lancé dans le cadre d’un programme d’investissement de 60 milliards de dollars pour 2025-2029, attire d’autres compagnies chinoises que Sinopec.

Pendant vingt-quatre ans, la Chine a été le partenaire industriel de Sonatrach, produisant pour le marché mondial. Sous la contrainte d’Hormuz, elle achète sur le marché spot pour ses propres raffineries. La durée de cette recomposition dépend d’abord de celle de la crise qui l’a rendue nécessaire.

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