Les chiffres sont dans une note de conjoncture reçue par Maghreb Émergent, datée du 30 mai 2026. Selon les dernières projections de l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de pétrole devrait se contracter de 420 000 barils par jour en 2026, pour s’établir à 104 millions de barils par jour.
Selon les dernières projections de l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de pétrole devrait se contracter de 420 000 barils par jour en 2026, pour s’établir à 104 millions de barils par jour. C’est une révision à la baisse de 1,3 million de barils par rapport aux prévisions établies avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Le point bas est attendu au deuxième trimestre, avec une baisse de 2,45 millions de barils par jour en glissement annuel.
Pour les pays de l’OCDE, la contraction annuelle est estimée à 350 000 barils par jour. La note le précise sans détour : c’est «le plus fort recul absolu depuis 2012».
Le naphta, le GPL, le kérosène
Trois segments concentrent l’essentiel de la destruction. Les matières premières pétrochimiques, naphta, GPL et éthane en tête, représentent à elles seules 700 000 barils par jour de révision baissière par rapport aux niveaux prévus avant le conflit, soit près de la moitié du total mondial. La fermeture du détroit d’Ormuz a interrompu les exportations régionales vers l’Asie et désorganisé les chaînes d’approvisionnement des complexes pétrochimiques.
Le kérosène et le jet fuel constituent le second segment touché, avec une baisse estimée à 210 000 barils par jour, sous l’effet combiné des fermetures d’aéroports, de la réduction des fréquences aériennes et de la hausse des coûts de carburant.
Seule l’essence résiste, pour l’instant. Les livraisons mondiales d’essence et de diesel ont même progressé de 300 000 barils par jour entre février et mars, portées par des achats de précaution des consommateurs et des entreprises anticipant de futures perturbations.
«Le plus fort recul depuis 2012» en Europe
L’Europe recule de 140 000 barils par jour sur l’année. La note le compare explicitement à la crise énergétique de 2022-2023. Les opérateurs pétrochimiques ont réduit leur consommation de naphta face à la flambée des coûts de production. La demande de kérosène reste sous pression à l’approche de la saison estivale. Les carburants routiers résistent mieux, portés par les mesures publiques de soutien et les achats anticipatifs.
L’Asie-OCDE recule de son côté de 640 000 b/j. En Corée du Sud, la demande pétrolière a reculé de plus de 8 % dès mars. Au Japon, la demande de naphta a chuté de 25 % en glissement annuel, les opérateurs pétrochimiques ayant réduit massivement leurs taux d’utilisation.
Ces deux zones, Europe et Asie-OCDE, représentent la quasi-totalité des débouchés des exportations d’hydrocarbures algériennes. Sonatrach livre ses barils et son GNL principalement vers l’Italie, l’Espagne, la France et la Turquie. La contraction de la demande industrielle et pétrochimique dans ces pays n’est pas une projection abstraite : ce sont les clients actuels.
En Chine, un ralentissement qui surprend
La Chine ne compense pas. Sa demande n’a progressé que de 120 000 barils par jour en mars, son rythme le plus faible depuis juillet 2025. Le GPL/éthane recule de 70 000 b/j, le naphta de 100 000 b/j. Le transport aérien intérieur, après une hausse de 19 % en février, est passé en contraction de 3 % en avril. Les prix à la pompe ont progressé d’environ 20 % depuis le début du conflit.
La note anticipe un rebond chinois au second semestre, conditionné à une reprise progressive des flux via le détroit d’Ormuz. Conditionnel, donc incertain.
Ce que cela signifie pour les recettes algériennes
La destruction de demande mondiale agit sur deux variables simultanément. Elle pèse sur les volumes que Sonatrach peut placer auprès de ses clients habituels, et elle tire les prix vers le bas dès que la prime de risque géopolitique commence à se dégonfler. Le Brent, qui s’est maintenu en moyenne à 106 dollars le baril sur mai 2026, est retombé à 92,05 dollars le 29 mai sur fond de rumeurs d’accord irano-américain.
Les recettes d’hydrocarbures financent l’essentiel des dépenses publiques algériennes. La combinaison d’une demande qui se contracte sur les principaux marchés d’exportation et d’un prix qui recède expose le budget à un effet de ciseau que la note ne chiffre pas explicitement pour l’Algérie, mais que les données sectorielles permettent de reconstituer.
L’AIE estime par ailleurs que les tensions sur le marché mondial du GNL pourraient durer, avec un retard d’au moins deux ans dans les nouvelles capacités mondiales de liquéfaction, notamment en raison des dommages aux infrastructures qataries. Sur ce segment précis, Alger reste géographiquement avantagée par rapport aux producteurs du Golfe. Skikda et Arzew exportent sans passer par Ormuz.
Le deuxième trimestre 2026, que l’AIE identifie comme le creux de la destruction de demande, se termine dans un mois.


