Le géant mondial des cartes graphiques d’ordinateurs Nvidia et Microsoft vont annoncer conjointement, ce lundi 1er juin, le lancement des puces N1 et N1X, les premiers processeurs principaux de Nvidia conçus pour faire tourner Windows. L’annonce aura lieu lors du Computex de Taipei, où Jensen Huang, patron de Nvidia, tiendra son keynote annuel devant les grands fabricants de PC.
Jusqu’ici, Nvidia se limitait aux cartes graphiques- des composants qui accélèrent l’affichage et le calcul, mais qui ne pilotent pas la machine. Avec les N1 et N1X, l’entreprise fournit pour la première fois le processeur central du PC, en concurrence directe avec les trois leaders mondiaux Intel, AMD et Qualcomm.
Ce que Nvidia lance exactement
Les puces s’appellent N1 et N1X. Ce sont des SoC , des systèmes sur puce qui intègrent en un seul composant le CPU (le processeur central), le GPU (la puce graphique) et l’accélération IA. L’architecture est Arm, la même que celle utilisée par Apple dans ses MacBook depuis 2020. Le GPU intégré du N1X embarquerait 6 144 cœurs CUDA, soit une puissance graphique comparable à une RTX 5070, une carte dédiée vendue séparément entre 600 et 800 dollars.
Pour les utilisateurs, le gain annoncé est double : des machines plus légères, avec une meilleure autonomie, capables de faire tourner des modèles d’IA en local sans connexion cloud. Pour Microsoft, c’est enfin une réponse crédible à Apple Silicon sur le terrain Windows.
Le prix de lancement attendu se situe au-dessus de 1 400 dollars, selon les analystes. Pas un produit grand public dans l’immédiat.
Pourquoi c’est important économiquement
Le marché mondial des PC pèse 274 milliards de dollars en 2026, selon IDC. Les volumes reculent de 284 millions d’unités en 2025 à environ 252 millions cette année, pénalisés par la pénurie de mémoire et la hausse des prix des composants. Mais la valeur moyenne par machine monte. C’est le segment premium qui résiste, et c’est précisément là que Nvidia se positionne.
Gartner projette que les PC dits « IA » représenteront 55% du marché total en 2026, soit 143 millions d’unités. L’architecture Arm est créditée de 30% de parts de marché. Nvidia veut mordre dans cette portion et elle arrive avec un écosystème logiciel que Qualcomm, son concurrent direct sur Windows Arm, n’a pas : CUDA, TensorRT, des années de relations avec les développeurs IA et les studios de jeux.
Les perdants désignés
Intel est le plus exposé. L’architecture x86 qu’il partage avec AMD est attaquée sur deux fronts simultanément : l’efficacité énergétique (perdue face à Arm depuis le M1 d’Apple en 2020) et maintenant la crédibilité IA (perdue face à l’écosystème Nvidia). Intel défend une part de marché, mais aussi une identité de plateforme construite sur trente ans.
Qualcomm est dans une position paradoxale. La société a ouvert la voie à Windows Arm avec sa gamme Snapdragon X et son chiffre d’affaires sur ce segment devrait passer de 2,3 milliards de dollars en 2024 à 9,6 milliards en 2028. Nvidia débarque exactement quand le marché commence à décoller, avec une marque plus forte et un portefeuille logiciel plus profond.
AMD est moins exposé à court terme, mais ses puces Ryzen mobile efficaces et ses graphiques Radeon intégrés font face à un concurrent qui a précisément construit sa réputation sur les GPU.
Ce qui peut freiner le lancement
La compatibilité logicielle reste le problème non résolu de Windows Arm. Les vieilles applications x86, certains jeux PC, des outils professionnels : tout ne fonctionne pas nativement et nécessite une couche d’émulation. Microsoft a progressé sur ce point depuis deux ans, mais le problème n’est pas réglé. Qualcomm en a fait les frais malgré des puces compétitives.
Il y a aussi la question de la fabrication. Nvidia n’a aucune expérience de la production de CPU pour le grand public à grande échelle. Les premiers mois seront un test industriel autant qu’un test commercial.
Ce que ça signifie pour 2026
Le marché PC ne bascule pas du jour au lendemain. Ce qui change dès cette semaine, c’est la carte des acteurs : Intel et AMD ne sont plus les seuls à définir ce que Windows peut faire. Nvidia entre dans la pièce, avec un argument solide pour les créateurs, les développeurs IA et les professionnels mobiles. Pour les autres à savoir les budgets serrés, les usages standards, les entreprises attachées à la compatibilité x86, rien ne change encore.


