Ce que les traders surveillent en priorité n’est pas le missile iranien. C’est la prochaine phrase de Donald Trump. Mercredi, le président américain annonce que le cessez-le-feu est caduc et promet de frapper « fort ». Le Brent s’envole de plus de 5 %, à 78,02 dollars le baril. Le WTI gagne 4,4 %, à 73,52 dollars. Quelques heures plus tard, revenu du sommet de l’Otan à Ankara, le même Trump assure ne pas croire à une reprise de la guerre totale. Les cours refluent aussitôt de leurs plus hauts. Une journée entière de risque géopolitique valorisée, puis à moitié effacée, sur la foi d’une déclaration devant la presse.
Le précédent le plus démonstratif remonte à mars. Le baril avait alors perdu près de trente dollars en quarante-huit heures alors qu’Ormuz restait fermé à 95 % du trafic pétrolier. Aucun baril supplémentaire n’était arrivé sur le marché. Seule une interview à Axios avait changé. En juin, quand le marché avait décidé que la guerre était finie à 87 dollars, il ne s’appuyait sur aucune modification des flux physiques.
Cours du baril de Brent, février à juillet 2026, en dollars.
Chaque point rouge signale une déclaration ou une décision de Donald Trump ayant précédé un mouvement de plus de 3 % en séance. Les valeurs du 8 mars et du 30 avril sont des sommets intra-journaliers. Sources : Reuters, CNBC, Trading Economics.
Impulsion ou instrument
L’objection est immédiate. Le déclencheur du 8 juillet n’est pas un message sur Truth Social. C’est la révocation par le Trésor américain, mardi soir, de la dérogation autorisant la vente de brut iranien jusqu’au 21 août. Décision écrite, datée, effective au 17 juillet. Elle retire des barils du marché. La hausse s’explique par les fondamentaux, sans qu’il soit besoin d’invoquer la psychologie présidentielle.
Sauf que cette sanction annule un mémorandum signé par la même administration vingt jours plus tôt, le 17 juin, sans qu’aucun fait nouveau majeur ne soit intervenu, hormis trois navires attaqués mardi dans le détroit. L’imprévisibilité ne se loge pas seulement dans les mots. Elle est passée dans l’acte administratif. Plusieurs analystes défendent depuis 2018 que cette instabilité constitue un levier de négociation délibéré plutôt qu’un trait de caractère. La distinction importe peu aux marchés. Calculée ou subie, l’incertitude produit la même prime de risque.
Les faits militaires, eux, s’accumulent. Le Commandement central américain a revendiqué mercredi des frappes sur plus de quatre-vingts objectifs, défenses antiaériennes, radars côtiers, capacités de missiles antinavires et une soixantaine d’embarcations des Gardiens de la révolution. Dans la nuit du 8 au 9 juillet, une seconde vague a porté sur quatre-vingt-dix cibles.
Téhéran affirme avoir riposté contre les bases américaines d’Arifjan et d’Ali Al-Salem au Koweït, de Juffair et Sheikh Isa au Bahreïn. Le ministère iranien de la Santé fait état de quatorze morts et soixante-dix-huit blessés. Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, dénonce une violation flagrante du mémorandum, dont l’ambiguïté sur le statut du détroit, voie internationale pour Washington, eaux partiellement territoriales pour Téhéran, portait en elle la rechute actuelle.


