Brent à 87 dollars : le marché a décidé que la guerre était finie

Depuis son pic à 126 dollars en mars, le baril a perdu un tiers de sa valeur malgré quatre mois de conflit ouvert. Réserves stratégiques, demande en berne, cartel fracturé : les amortisseurs ont tenu. Pour l'instant.

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Des barils de pétrole brut. Les réserves stratégiques mondiales ont joué un rôle décisif dans la stabilisation des cours depuis la fermeture du détroit d'Ormuz en février 2026. (Illustration)

Le 8 mars 2026, le Brent frôlait 120 dollars avant de replonger en quarante-huit heures sous les 93 dollars. La raison de ce premier recul tenait en quelques mots de Trump dans une interview à Axios : la guerre avec l’Iran touchait à sa fin, «pratiquement rien ne restait à cibler». Le détroit d’Ormuz venait pourtant de sortir des marchés en trois jours, ramenant à cinq le nombre de transits quotidiens de pétroliers là où le centre britannique UKMTO en enregistrait 138 avant le 28 février. Dimanche 14 juin, le Brent s’échangeait à 87,33 dollars, en repli de 3,37 % sur la séance. Quatre mois de guerre, et le baril vaut 30 % de moins qu’à son pic. Ce paradoxe a trois explications.

Les réserves stratégiques ont absorbé le choc

Dès le 11 mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) approuvait la plus grande libération de réserves d’urgence de son histoire, avec 400 millions de barils mis sur le marché par ses États membres. Les États-Unis ont mobilisé 172 millions de barils de leur Réserve stratégique de pétrole (SPR) dans le cadre de cet effort coordonné. Les stocks de brut américains sont néanmoins tombés à 791 millions de barils au cours de la semaine se terminant le 29 mai, leur plus bas niveau depuis février 2024, après huit semaines consécutives de baisse.

Ce filet de sécurité a fonctionné, mais il s’épuise. Fatih Birol, directeur de l’AIE, alertait début mai lors de la réunion des responsables financiers du G7 à Paris que les stocks commerciaux se résorbaient rapidement et que le monde ne disposait plus que de quelques semaines de réserves. Selon les données préliminaires de l’agence, les stocks mondiaux ont diminué de 129 millions de barils en mars, puis encore de 117 millions de barils en avril. La fermeture d’Ormuz et ses alternatives

Un cartel fracturé, une offre qui cherche à sortir

La deuxième raison de la modération des prix tient à la désintégration accélérée de la discipline collective de l’OPEP. Le 1er mai 2026, les Émirats arabes unis ont officiellement quitté l’organisation après 59 ans d’adhésion, supprimant tous leurs plafonds de production et s’appuyant sur leur oléoduc stratégique Habshan-Fujairah (ADCOP), d’une capacité de 2 millions de barils par jour, pour exporter sans passer par le détroit d’Ormuz. Abu Dhabi invoque sa «propre vision stratégique et économique à long terme» et la volonté de «répondre aux besoins urgents du marché». Abou Dhabi vise désormais 5 millions de barils par jour de capacité de production d’ici 2027.

L’OPEP+ restante a de son côté approuvé 600 000 barils par jour de quotas supplémentaires en quatre réunions consécutives depuis avril. Des barils théoriques : la production effective de l’alliance s’est effondrée à 33,19 millions de barils quotidiens en avril, contre 42,77 millions en février, faute de pouvoir exporter depuis le Golfe.

Mais les marchés anticipent le retour de ce volume dès la réouverture du passage, et vendent aujourd’hui en conséquence. Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy et ancien responsable de l’OPEP, «quand ce détroit rouvrira, le marché pourrait basculer très rapidement de la peur de la pénurie vers la crainte d’un excédent.»

Trump comme régulateur involontaire

La troisième explication est politique. Les prix du pétrole «se sont stabilisés dans une fourchette relativement étroite au cours des deux dernières semaines, car chaque violation du cessez-le-feu n’a, à ce jour, pas entraîné d’escalade grave des hostilités», selon David Morrison, analyste chez Trade Nation. Chaque fois que Trump a évoqué un accord, les cours ont reculé. Chaque frappe relançait une hausse éphémère. Le recul de 3 % du baril le 4 juin illustre cette prééminence du facteur politique sur les fondamentaux : tant que la perspective d’un accord l’emporte sur celle d’une reprise des hostilités, la prime de guerre continue de se dégonfler.

Dimanche matin, après que Trump a annulé de nouvelles frappes prévues et évoqué la «date et le lieu» d’une signature avec Téhéran, le Brent a glissé sous 88 dollars. L’agence de presse iranienne officielle maintient pourtant que Téhéran ne renoncera pas au contrôle du détroit et campera sur son droit à l’enrichissement nucléaire. Les analystes du groupe Data Assets and Alpha de JPMorgan avertissent que les facteurs qui ont limité la flambée des prix pourraient ne pas suffire si la perturbation se prolonge.

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