L’Organisation des pays exportateurs de pétrole traverse l’une des périodes les plus éprouvantes de son histoire récente. Le 28 avril 2026, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l’OPEP avec effet au 1er mai, le départ le plus lourd de conséquences depuis la création du cartel en 1960. Ce timing a surpris : le principal point de friction entre Abou Dhabi et Riyad portait depuis des années sur les quotas de production, les Émirats affichant l’ambition de porter leur production à 5 millions de barils par jour, une capacité que les quotas de l’organisation bridaient. Libérés de cette contrainte, ils peuvent désormais produire à plein régime, une pression supplémentaire sur la cohésion du cartel.
En toile de fond, le conflit déclenché fin février 2026 entre Israël, les États-Unis et l’Iran a partiellement fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient habituellement près de 20 % des flux mondiaux de pétrole. Une crise qui a bousculé les équilibres de la pétrochimie mondiale et redéfini les routes du brut vers de nouveaux fournisseurs alternatifs.
C’est dans ce contexte, cartel fragilisé, détroit sous tension, marchés en ébullition, que le secrétaire général de l’OPEP, Haitham Al-Ghais, a choisi Saint-Pétersbourg pour délivrer un message de fermeté. Intervenant lors du Forum économique international de la ville, et selon des informations relayées par la plateforme spécialisée Attaqa, il a réaffirmé que la demande mondiale de pétrole restait sur une trajectoire de croissance solide, refusant de céder au pessimisme ambiant.
Une confiance affichée, avec chiffres à l’appui
Pour Al-Ghais, le ralentissement économique observé dans certaines économies ces derniers mois n’a pas entamé la consommation mondiale d’hydrocarbures de manière significative. L’organisation maintient sa prévision de croissance économique mondiale à 3,1 % pour l’année en cours, un socle jugé suffisant pour soutenir les besoins énergétiques globaux.
Sur le plan des volumes, l’OPEP a revu à la baisse ses projections de croissance de la demande pour 2026, les ramenant à 1,17 million de barils par jour contre 1,38 million anticipés précédemment, pour un total mondial de 106,33 millions de barils par jour. En revanche, les perspectives pour 2027 ont été relevées à 1,54 million de barils par jour, portant la consommation mondiale à 107,87 millions de barils. Comme le soulignait déjà Maghreb Émergent en novembre 2025, les grandes institutions peinent encore à s’accorder sur la trajectoire exacte de la demande, un écart qui complique la planification budgétaire des pays producteurs comme l’Algérie.
L’urbanisation, moteur structurel
Au-delà des chiffres conjoncturels, le secrétaire général de l’OPEP a mis en avant les fondamentaux démographiques. Le transfert de près d’un demi-milliard de personnes vers les villes au cours des prochaines décennies alimentera mécaniquement les besoins en électricité, en transport et en services industriels, avec pour corollaire une hausse durable de la consommation d’hydrocarbures. L’organisation maintient ainsi que la demande mondiale d’énergie continuera de progresser jusqu’en 2050, ce qui justifie des investissements massifs et pérennes dans toutes les sources d’énergie.
Le spectre d’Ormuz plane sur les marchés
Ces propos optimistes ont été prononcés dans un climat de vive inquiétude autour du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transite une part cruciale des exportations pétrolières mondiales. La quasi-fermeture du détroit depuis le déclenchement du conflit impliquant l’Iran a bouleversé les flux d’approvisionnement mondiaux.
Pour l’Algérie, ce contexte est à double tranchant. Comme l’analyse Maghreb Émergent, la fermeture du détroit a propulsé le baril de Sahara Blend au-dessus de 82 dollars et les prix du GNL sur le hub européen TTF ont bondi de plus de 50 %. Une situation qui rappelle l’aubaine de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine avait généré des revenus d’exportation frôlant les 60 milliards de dollars pour Sonatrach. Mais les barils algériens, qui partent depuis Arzew et Bethioua sans transiter par Ormuz, positionnent le pays comme fournisseur alternatif de choix, notamment pour la Chine qui a redirigé ses achats après l’effondrement de ses importations en provenance du Golfe.
Al-Ghais a appelé à ne pas laisser les perturbations géopolitiques de court terme dicter les décisions d’investissement dans le secteur énergétique. Réduire ou différer ces investissements au gré des crises, a-t-il averti, risque de provoquer des pénuries d’approvisionnement à moyen terme et de déstabiliser les marchés mondiaux de l’énergie.
Moscou partage l’inquiétude
En marge du forum, le vice-Premier ministre russe Alexander Novak a rencontré le secrétaire général de l’OPEP et a abondé dans son sens sur la gravité de la situation. Il a qualifié la crise actuelle du marché pétrolier mondial d’inédite, estimant que la persistance des tensions au Moyen-Orient pourrait déboucher sur une pénurie réelle d’approvisionnement dans les prochains mois. Il a par ailleurs rappelé que la coalition OPEP+ représente plus de la moitié de la production mondiale de pétrole et environ 40 % des exportations mondiales, lui conférant un levier décisif pour amortir les chocs de marché.
La fermeture d’Ormuz a également relancé les réflexions sur le développement pétrochimique en Algérie, mettant en lumière la dépendance du pays aux importations de produits dérivés du pétrole et l’urgence de valoriser localement les ressources en hydrocarbures plutôt que de les exporter brutes.


