Le 25 octobre 2024, à Paris, le GAFI a inscrit l’Algérie sur sa liste des juridictions sous surveillance renforcée. Les pays membres avaient constaté que le dispositif algérien de lutte contre le blanchiment nécessitait une mise à niveau. Le pays se retrouvait, pour la deuxième fois de son histoire, dans une position que ses dirigeants avaient passé des années à éviter. L’Algérie y avait déjà été inscrite en 2011, avant d’en sortir en 2016 au terme d’un premier cycle de réformes.
Ce retour sur la liste était d’autant plus coûteux que la Commission européenne s’était alignée sur la classification du GAFI en juin 2025, ajoutant l’Algérie à sa propre liste de pays à haut risque. Double signal négatif, double surcoût opérationnel pour les banques algériennes et leurs correspondants étrangers.
Dix-neuf mois de rattrapage
Depuis octobre 2024, les autorités algériennes ont produit un effort réglementaire peu commun, du moins dans les formes. La loi 23-01 du 7 février 2023, modifiant la loi fondatrice 05-01 de 2005, a constitué le socle de la refonte, complétée en 2025 par la loi 25-048. La Banque d’Algérie a édicté les règlements 24-03 en 2024 et 25-14 en 2025, imposant aux institutions financières une vigilance accrue sur la connaissance du client et la surveillance des transactions. Une évaluation nationale des risques a été finalisée en 2024, ciblant en priorité l’immobilier, les actifs virtuels et le secteur bancaire, trois secteurs identifiés comme failles dès décembre 2025.
Le tout a été couronné, fin avril, par un geste d’affichage tardif mais symboliquement chargé. L’instruction n°04-2026, signée le 30 avril par le gouverneur Mohammed Lamine Lebbou, a fixé pour la première fois une procédure unifiée de connaissance client pour l’ensemble des banques, établissements financiers et services financiers d’Algérie Poste. Chaque banque de la place appliquait jusqu’alors sa propre lecture du règlement 24-03. Le vide a duré dix-neuf mois. Il a fallu l’approche de la plénière pour le combler.
Mexico, puis Alger
Le Groupe d’action financière a estimé, lors de sa plénière de février 2026 à Mexico, que l’Algérie avait «substantiellement achevé» son plan d’action, ouvrant ainsi la voie à une visite sur site. C’est la même procédure qui avait précédé le retrait de l’Afrique du Sud en octobre 2025. La mission d’évaluation s’est rendue à Alger les 14 et 15 avril. Le 2 mai, recevant les médias nationaux, Abdelmadjid Tebboune a confirmé l’orientation : le GAFI «s’est dit satisfait des progrès réalisés par l’Algérie», avec la perspective d’une sortie après la finalisation des procédures nécessaires.
Le président de la Chambre régionale des notaires du Centre, Nadjem Reggani, ne cachait pas sa satisfaction avant la visite d’avril. «On a effectué tout ce qu’ils ont demandé, et même au-delà», avait-il déclaré. Formule un peu trop assurée pour le registre habituel d’un acteur en attente de verdict.
Ce que le GAFI surveille encore
Quatre chantiers restaient en suspens selon la déclaration d’octobre 2025 : l’amélioration du contrôle fondé sur les risques dans les secteurs à haut risque, avec des sanctions efficaces et proportionnées ; le dispositif opérationnel sur les bénéficiaires effectifs ; le renforcement des déclarations d’opérations suspectes ; la surveillance des organisations à but non lucratif.
Ces quatre items ne relèvent pas du simple toilettage textuel. Le bénéficiaire effectif, en particulier, touche à la transparence du capital des entreprises algériennes, un terrain où la pratique reste très éloignée de ce que les textes promettent désormais. Si les évaluateurs constatent que les réformes ne sont pas seulement adoptées sur le papier mais effectivement appliquées au quotidien, l’Algérie pourrait quitter la liste grise dès la prochaine plénière. La condition, formulée en creux, dit ce qu’elle dit.
Le précédent Monaco
La Principauté offre un point de comparaison instructif. Arrivée elle aussi à la dernière étape du processus, Monaco devait voir juin 2026 acter sa sortie. Elle y est toujours. Le GAFI a jugé insuffisante la matière sur les sanctions administratives et pénales. La Principauté attendra la plénière d’octobre, voire de février 2027.
Le cas monégasque rappelle une règle que les autorités algériennes connaissent depuis leur premier passage sur la liste. Le GAFI tient trois plénières par an, en février, juin et octobre. Lorsqu’un calendrier est annoncé, il est toujours délicat de vouloir l’anticiper.


