Les cours du pétrole évoluaient sans direction claire vendredi, les investisseurs restant suspendus à l’évolution de la situation géopolitique au Moyen-Orient, à quelques heures du début des funérailles de l’ex-guide suprême iranien Ali Khamenei, qui doivent entraîner une pause temporaire des négociations entre Washington et Téhéran.
Vers 09H45 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, prenait 0,06% à 71,84 dollars. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en août, lâchait 0,19% à 68,56 dollars.
Ces niveaux confirment le net recul du marché depuis les sommets atteints au printemps, le Brent se traitant désormais à des niveaux plus vus depuis fin février, avant le déclenchement du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran.
Une pause dans les pourparlers de Doha
Le marché reste avant tout concentré sur le volet diplomatique. Les négociateurs américains et iraniens ont réalisé des progrès jugés positifs lors de leurs pourparlers indirects à Doha, sous l’égide de médiateurs qataris et pakistanais. Ces discussions techniques, qui portent notamment sur l’application du protocole d’accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, doivent toutefois marquer une pause le temps des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février lors des frappes israélo-américaines qui ont ouvert le conflit. L’Iran observera trois jours de deuil national, du 4 au 6 juillet.
Selon plusieurs médias, les cérémonies funéraires s’étendront en réalité sur six jours et cinq villes entre l’Iran et l’Irak, avant l’inhumation du défunt guide suprême à Mashhad. Les médiateurs qataris et pakistanais ont toutefois assuré que les discussions reprendraient rapidement une fois le deuil achevé, les points les plus sensibles — le statut du détroit d’Ormuz et le dossier du nucléaire iranien — restant en suspens. Téhéran continue en effet de revendiquer une forme de droit de regard sur la navigation dans ce détroit stratégique, une exigence jugée inacceptable par Washington.
Le trafic se normalise progressivement dans le détroit d’Ormuz
C’est justement la trajectoire de normalisation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz — par lequel transite environ un cinquième des flux mondiaux de brut — qui explique le reflux des prix ces dernières semaines. Les Émirats arabes unis ont rétabli leurs exportations à plus de 3,9 millions de barils par jour, portant le total des flux quotidiens transitant par Ormuz à plus de 10 millions de barils. Cette remontée de l’offre, conjuguée à des ventes ponctuelles de l’Arabie saoudite vers l’Asie et à des déstockages de réserves stratégiques, a contribué à faire réapparaître un excédent sur le marché physique.
Selon Trading Economics, les exportations saoudiennes de brut sont revenues à environ 90% de leur niveau d’avant-guerre, tandis que les Émirats arabes unis achemineraient désormais leurs cargaisons par des itinéraires alternatifs et un oléoduc contournant le détroit. Du côté américain, les données hebdomadaires montrent que les stocks commerciaux de brut sont tombés à leur plus bas niveau depuis mars 2025, après douze semaines consécutives de déstockage — un signal qui, en théorie, aurait dû soutenir les prix, mais qui a été largement contrebalancé par les perspectives d’apaisement géopolitique.
Un marché encore nerveux
La prudence reste toutefois de mise. Téhéran a averti que les pétroliers transitant par Ormuz devaient impérativement emprunter des routes maritimes approuvées par l’Iran, sous peine de représailles.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a par ailleurs rappelé cette semaine que le détroit demeurait, selon lui, placé sous commandement iranien et non sous celui du commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom). Ces déclarations rappellent la fragilité du cessez-le-feu, qui a déjà été mis à mal ces dernières semaines par plusieurs échanges de tirs ponctuels.
Sur le plan des fondamentaux, les analystes restent partagés. Après avoir culminé au-delà de 130 dollars le baril en avril, au plus fort de la crise, le Brent est retombé vers des niveaux proches de ceux d’avant-guerre, ravivant les craintes d’un retour à la configuration excédentaire qui prévalait début 2026, lorsque l’Opep+ engageait un désengagement progressif de ses coupes de production volontaires face à une offre non-Opep en forte croissance, notamment portée par le schiste américain.
Plusieurs bureaux d’études, dont J.P. Morgan, continuent de tabler sur un retour du Brent vers une moyenne proche de 60 dollars sur l’ensemble de 2026 une fois la prime de risque géopolitique totalement dissipée, tandis que d’autres établissements, plus prudents sur la solidité du cessez-le-feu, maintiennent des prévisions sensiblement plus élevées.

