Pedro Sánchez serait accompagné de la troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, ainsi que d’un autre membre de l’exécutif. Selon le média espagnol, cette visite, prévue sur une seule journée, s’inscrit dans un agenda diplomatique particulièrement chargé pour le chef du gouvernement espagnol.
Elle intervient alors que les tensions provoquées par le « giro » de Madrid sur le Sahara occidental semblent désormais largement dissipées. L’Espagne cherche surtout à consolider la normalisation de ses relations avec Alger, quatre ans après la grave crise provoquée par ce revirement.
Le ton a d’ailleurs été donné par le président Abdelmadjid Tebboune à l’occasion de la Foire internationale d’Alger, dont l’Espagne était l’invitée d’honneur. Il avait alors évoqué un « choix à la fois de la raison et du cœur », ajoutant :« Nos deux pays sont très proches. Nous avons constaté que, quelles que soient les incompréhensions qui peuvent survenir, les choses se rétablissent très vite. L’Espagne est une puissance économique et nous tirons beaucoup de choses positives de nos relations avec nos amis espagnols. »
Autant dire que la page de la crise née du changement de position de Madrid sur le Sahara occidental paraît aujourd’hui largement tournée. Le gouvernement de Pedro Sánchez, confronté à une série d’affaires de corruption touchant le PSOE, gère désormais ce dossier principalement en fonction de ses équilibres avec ses partenaires de coalition de gauche.
Une visite à forte portée politique
Le calendrier de ce déplacement revêt une dimension politique, aussi bien sur le plan extérieur qu’intérieur. Quelques jours seulement après la visite de Sánchez à Alger, le Congrès des députés espagnol pourrait être appelé à se prononcer définitivement sur la proposition de loi facilitant l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous l’administration espagnole avant le 11 août 1977 ainsi que, dans certains cas, leurs descendants.
Le texte, porté par Sumar et finalement soutenu, après de fortes réticences, par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), a franchi cette semaine une étape décisive en commission parlementaire. Son adoption, sans modifier la position officielle de Madrid sur le Sahara occidental, constituerait néanmoins une évolution importante de la politique espagnole à l’égard des anciens habitants du Sahara espagnol.
Si Alger peut apprécier la fin de ce blocage du PSOE, longtemps dicté par le souci de ne pas heurter Rabat, cette évolution relève avant tout des équilibres politiques internes de la coalition gouvernementale. Les partis de gauche, notamment Sumar, n’ont jamais cessé de dénoncer le « giro » de Pedro Sánchez. L’ouverture de la nationalité aux Sahraouis apparaît ainsi comme un geste de rééquilibrage destiné à préserver la cohésion de la majorité.
Parmi les amendements retenus figure notamment l’élargissement de la période ouvrant droit à la nationalité. La date de référence a été repoussée du 26 février 1976 au 11 août 1977, correspondant à la fin du délai durant lequel les Sahraouis pouvaient théoriquement opter pour la nationalité espagnole, une possibilité qui n’a jamais pu être exercée en raison de l’occupation du territoire par le Maroc et la Mauritanie.
Le texte prévoit également plusieurs moyens de preuve, notamment la présentation d’une ancienne carte nationale d’identité espagnole, même expirée, ou d’une inscription sur les listes électorales établies par l’ONU en vue du référendum d’autodétermination, qui n’a finalement jamais été organisé.
Le retour progressif du dialogue entre Madrid et Alger
Sur le plan extérieur, cette visite confirmerait le réchauffement des relations bilatérales entre Alger et Madrid après près de trois années de tensions. La crise avait éclaté en 2022 lorsque Pedro Sánchez avait officiellement soutenu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, rompant avec la position de neutralité traditionnellement défendue par l’Espagne.
En réaction, Alger avait rappelé son ambassadeur, suspendu le traité d’amitié avec l’Espagne et gelé une grande partie des échanges commerciaux.
La normalisation engagée en 2024 a permis une reprise des relations économiques, même si les niveaux d’avant-crise n’ont pas encore été retrouvés. Les exportations espagnoles vers l’Algérie, qui atteignaient près de 1,9 milliard d’euros en 2021, étaient tombées à environ 330 millions d’euros en 2023 sous l’effet des restrictions commerciales imposées durant la crise diplomatique.
L’immigration reste un dossier sensible
Au-delà des questions économiques, le dossier migratoire figure désormais parmi les principaux sujets de discussion entre Alger et Madrid. L’Espagne souhaite renforcer sa coopération avec l’Algérie afin de limiter les départs d’embarcations clandestines vers les Baléares. Les médias espagnols, citant des sources sécuritaires, estiment que la coopération algérienne dans la lutte contre les réseaux de passeurs s’était sensiblement affaiblie au plus fort de la crise bilatérale.
La question du retour des migrants en situation irrégulière constitue également un sujet de discussion, Alger n’acceptant, selon les médias espagnols, que très rarement le rapatriement de ses ressortissants.
Un déplacement symbolique
La visite du 20 juillet, si elle est confirmée, constituerait une nouvelle étape dans la reconstruction des relations entre Madrid et Alger. L’Espagne entend préserver ses intérêts énergétiques, économiques et migratoires avec l’Algérie, tout en espérant que les gestes récemment accomplis sur le dossier sahraoui contribueront à consolider ce rapprochement diplomatique.
Cette séquence témoigne en tout cas d’une volonté partagée de tourner définitivement la page de la crise ouverte en 2022 et de renouer avec une relation que les deux capitales considèrent désormais comme stratégique.


