Pétrole : le Brent recule de 111 à 107 dollars sur fond de trêve en discussion à Islamabad

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Le brent a son plus haut niveau depuis plusieures semaines

Le baril de Brent a amorcé la semaine en forte baisse en Asie, effaçant en quelques heures les gains du week-end, après qu’Axios a rapporté que Washington, Téhéran et des médiateurs régionaux négocient les termes d’une possible trêve de quarante-cinq jours.

Le détroit d’Ormuz était encore fermé à 95 % du trafic pétrolier lundi matin lorsque les marchés asiatiques ont ouvert. Et pourtant le baril reculait.

Le Brent de la mer du Nord, pour livraison en juin, avait ouvert le week-end au-dessus de 111 dollars, porté par la montée des tensions après que Donald Trump eut promis de frapper les infrastructures civiles iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas le détroit avant le lundi 6 avril à 20 heures, heure de Washington. En l’espace de quelques heures de négociation asiatique, le contrat cédait près de 3 dollars.

Le repli s’est accéléré après un rapport d’Axios indiquant que les États-Unis, l’Iran et des médiateurs régionaux discutaient des termes d’une possible trêve de quarante-cinq jours, susceptible d’ouvrir la voie à une résolution permanente du conflit. Le Brent est retombé sous 108 dollars, tandis que le WTI américain perdait environ 2 % à 109 dollars le baril.

«Des chances faibles dans les 48 heures»

Le Pakistan participe à cet effort de médiation régionale aux côtés d’autres intermédiaires. Le cadre envisagé prévoit une approche en deux phases : une première trêve de quarante-cinq jours pendant laquelle des négociations pour un règlement durable se poursuivraient, avec possibilité de prolongation, suivie d’un accord global. Les questions centrales incluent la réouverture du détroit d’Ormuz et le sort de l’uranium hautement enrichi iranien. Les médiateurs explorent également des mesures de confiance intermédiaires.

Mais les officiels familiers des discussions ont prévenu que la probabilité d’un accord partiel dans les quarante-huit heures restait faible. Un avertissement que le marché a entendu, préférant vendre la rumeur plutôt qu’attendre la confirmation.

La prudence est de mise, tant la séquence des dernières semaines a conditionné les opérateurs à une déception cyclique. Fin mars, la présentation d’un plan américain en quinze points avait fait chuter le Brent de son pic de 119,50 dollars à environ 105 dollars. Téhéran avait ensuite officiellement rejeté la proposition, faisant remonter le Brent au-dessus de 108 dollars et provoquant une vague de ventes sur les marchés boursiers mondiaux.

Un effort de médiation sous tension

Islamabad, qui s’est imposé comme l’intermédiaire principal depuis la réunion quadrilatérale du 30 mars rassemblant les ministres des Affaires étrangères du Pakistan, d’Égypte, de Turquie et d’Arabie saoudite, avance sur un terrain instable. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, avait formellement «offert d’accueillir et de faciliter des négociations significatives entre les parties concernées». La communication entre Washington et Téhéran reste pour l’heure limitée à des messages transmis par des intermédiaires.

«Le Pakistan est le seul pays qui ait un accès direct à la fois au leadership américain et au leadership iranien», estime le journaliste pakistanais Fahd Husain. Mais Maleeha Lodhi, ancienne représentante permanente d’Islamabad aux Nations unies, soulève un obstacle de taille : «L’éléphant dans la pièce, c’est Israël, qui est la queue qui remue le chien. Israël peut faire capoter un accord même si les États-Unis et l’Iran parviennent à une entente pour suspendre les combats.»

Téhéran maintient par ailleurs des exigences jugées inacceptables par Washington. L’Iran conditionne tout accord à des réparations de guerre, au retrait américain de ses bases au Moyen-Orient et à des garanties contre de futures attaques. La Turquie et l’Égypte continuent d’explorer des sites alternatifs pour d’éventuelles discussions, notamment Doha et Istanbul, après qu’Islamabad a été écarté comme lieu de négociation directe.

La volatilité comme seule certitude

Homin Lin, stratégiste macroéconomique senior chez Lombard Odier, résume la situation des opérateurs : «La question est de savoir si un dénouement plus favorable peut être atteint sans un autre cycle d’escalade susceptible de réduire les perspectives d’un conflit de moindre intensité à moyen terme. Tant que persiste l’attente anxieuse d’une clarification sur l’issue iranienne, les marchés demeureront probablement volatils.»

Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates, avait résumé le mécanisme de correction : «Si les Iraniens et les États-Unis parvenaient à un accord sur un cessez-le-feu temporaire, on assisterait à une chute des prix du pétrole brut. Mais le marché espère surtout la réouverture du détroit d’Ormuz.» Or le trafic y demeure quasiment à l’arrêt.

Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avait qualifié la crise de pire choc énergétique de l’histoire, estimant que douze millions de barils par jour avaient été retirés du marché, soit plus du double des pertes cumulées des deux chocs pétroliers des années 1970.

Pour l’Algérie, la séance du 6 avril illustre l’équation que Sonatrach gère depuis fin février. La correction brutale du Brent rappelle la vulnérabilité des recettes budgétaires à la volatilité des cours, même si Sonatrach se retrouve structurellement dans la position du fournisseur alternatif dont l’Europe a besoin, ses exportations par gazoduc vers l’Italie et l’Espagne restant hors de toute dépendance au détroit. Nos analyses sur l’inversion WTI-Brent et sur l’impact du choc pétrolier sur les comptes algériens ont détaillé cette mécanique.

L’OPEP+ a par ailleurs averti, à l’issue de sa réunion de week-end, que les dommages infligés à l’infrastructure énergétique du Golfe pourraient peser durablement sur l’approvisionnement mondial, même après une éventuelle cessation des hostilités. La décision d’ajouter 206 000 barils par jour en mai, analysée par Maghreb Émergent, reste essentiellement symbolique tant qu’Ormuz demeure fermé.

L’ultimatum de Trump expire à 20 heures ce soir, heure de Washington. Le marché attend.

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