L’African Energy Chamber reconnaît le potentiel gazier de l’Algérie dans son rapport 2026, mais ses projections suggèrent que l’objectif de 200 milliards de mètres cubes annuels suppose un effort d’investissement encore à venir.
Deux cents milliards de mètres cubes de gaz produits chaque année d’ici cinq ans, dont la moitié destinée à l’export. L’objectif affiché par Sonatrach depuis deux ans est l’un des plus ambitieux du continent africain. L’African Energy Chamber, qui publie chaque année un état des lieux du secteur énergétique en Afrique, vient de sortir son édition 2026. Le rapport reconnaît à l’Algérie un «potentiel de croissance, particulièrement pour le gaz», tout en donnant à lire, en filigrane, l’ampleur du chemin restant à parcourir.
Une base solide, des marges de progression étroites
Le point de départ n’est pas négligeable. En 2024, l’Algérie a produit l’équivalent de 3,3 millions de barils de pétrole par jour, en comptant à la fois le brut et le gaz naturel. Sonatrach assure à elle seule plus de 80 % de la production gazière nationale, une concentration qui dit autant la puissance de la compagnie que la dépendance du pays à ses performances.
Les grands gisements, Hassi Messaoud pour le pétrole, In Amenas et Hassi R’Mel pour le gaz, ont été découverts il y a plusieurs décennies. Ils continuent de produire, mais leur rendement suit la courbe naturelle de tout champ mature. Les nouvelles découvertes, quatorze recensées en 2024, se font principalement à la périphérie des zones déjà exploitées. Deux projets gaziers, Tin Fouye Tabankort Sud et In Amenas II, doivent entrer en production en 2026 et apporteront des volumes supplémentaires. Les analystes de S&P Global, qui alimentent les données du rapport, estiment qu’ils ne modifieront pas fondamentalement le niveau de production total sur la période. Sur cinq ans, leur projection centrale table sur une production maintenue autour de 3 millions de barils équivalent par jour.
Ce chiffre n’est pas un recul. C’est une base à partir de laquelle l’ambition des 200 Bcm suppose un effort d’investissement et d’exploration que le rapport, prudemment, ne valide pas encore.
Un appel d’offres qui rouvre le jeu
La réponse d’Alger passe par une ouverture accrue aux capitaux étrangers. En 2025, l’Algérie a tenu son premier appel d’offres pétrolier et gazier en plus d’une décennie, attribuant cinq des six blocs proposés. Trois d’entre eux ont été structurés selon de nouveaux régimes de partage de production introduits par la loi sur les hydrocarbures de 2019, perçue par les opérateurs comme une amélioration sensible des conditions d’investissement. Un nouveau round est d’ores et déjà prévu pour avril 2026, portant sur sept blocs supplémentaires.
Le rapport place cette dynamique dans un contexte africain plus large. La Libye a lancé son premier appel d’offres en dix-sept ans. Le Nigeria prépare le sien. Des pays comme la Namibie et la Côte d’Ivoire attirent des capitaux grâce à des découvertes offshore récentes. L’Algérie entre dans cette compétition avec un atout réel, des réserves gazières certifiées parmi les plus importantes du continent au troisième rang africain, mais dans un marché où les alternatives se multiplient.
Le torchage, un dossier en cours de traitement
Le rapport note que l’Algérie a brûlé à la torche 7,9 milliards de mètres cubes de gaz en 2024, premier volume du continent. Un chiffre à nuancer : selon la Banque mondiale, l’Algérie a enregistré la deuxième plus forte réduction mondiale du torchage cette même année, avec une baisse de 5 % des volumes brûlés. L’effort est réel, mais le manque à gagner reste considérable, évalué jusqu’à 4 milliards de dollars par an. La pression réglementaire européenne sur les émissions de méthane, qui s’applique désormais aux fournisseurs de l’Union européenne, renforce l’urgence de cette trajectoire.
Un positionnement que la conjoncture renforce
Ce que le rapport ne dit pas explicitement, mais que le contexte de 2026 rend lisible : la fermeture du détroit d’Hormuz en février a rebattu les cartes de l’approvisionnement énergétique mondial. Dans ce tableau reconfiguré, l’Algérie, deuxième fournisseur de gaz de l’Europe reliée au continent par les gazoducs Transmed et Medgaz, occupe une position que peu de pays africains peuvent revendiquer. Madrid et Rome sollicitent davantage de volumes. L’objectif des 200 Bcm est peut-être moins une promesse chiffrée qu’un signal adressé à ces partenaires sur la volonté d’Alger de jouer pleinement ce rôle.
La décision finale d’investissement sur le projet pétrolier Bourarhet Nord, attendue en 2026 pour une mise en production envisagée en 2030, donnera une première indication sur la capacité de Sonatrach à concrétiser ses annonces dans les délais.


